Sept un chef-d’œuvre ! Tristan Garcia nous fait perdre la tête avec son roman !

Écrivain et philosophe, Tristan Garcia est l’invité du festival des Assises Internationales du Roman 2016 qui se déroulera du 23 au 29 mai. Une rencontre est organisée avec lui le 26 mai à 15h à la médiathèque François Mitterrand de Saint-Priest, et il sera présent le même jour pour la table ronde aux Subsistances avec Vincent Delecroix et Hélène Frappat, en partenariat avec Philosophie Magazine sur les jeunes romanciers philosophes.

Maître de conférences à l’Université Lyon 3, Tristan Garcia est l’auteur de nombreux romans mêlant philosophie et littérature. Sa dernière œuvre est 7, un recueil de nouvelles de prime abord qui se révèle finalement être un roman dont les intrigues sont bien ficelées.

Un roman à la structure atypique

En effet, 7 n’est pas un roman ordinaire, qui a un début, un milieu et une fin. Il est constitué de sept nouvelles, que l’auteur qualifie de romans, sept histoires, qui ont toutes leurs personnages, leur intrigue et leur époque ! Au début de chaque roman, une épigraphe le rend encore plus énigmatique, alors que nous n’avons pas encore commencé à lire. Si dans un roman, le lecteur se retrouve dans la tête de la plus belle femme du monde, dans un autre il se retrouve dans celle d’un dealer de drogue parisien. Ce système est très déroutant pour le lecteur, mais aussi particulièrement fascinant. Ces deux personnages n’ont rien en commun, et pourtant si leurs expériences sont contées dans 7, c’est que d’une façon ou d’une autre ils sont liés. Ce roman est très difficile à critiquer, donc, parce que ce sont sept romans, sept vies qui nous sont contées, à tel point qu’on a presque l’impression de perdre l’esprit parfois, à l’instar des personnages que nous suivons. Parce que oui, si les nouvelles ont toutes un point commun, c’est qu’elles oscillent toutes entre fantastique et folie.

Une narration qui donne un ressenti particulier au lecteur

7-de-Tristan-GarciaLe narrateur peut conter l’histoire à la première ou à la troisième personne, mais il est toujours interne au personnage principal de la nouvelle. Ainsi, le lecteur n’a pas l’impression d’accompagner le personnage dans ses aventures, il est en quelque sorte prisonnier du personnage, il ne peut agir sur les événements, il les subit. De plus, nous ne connaissons pratiquement jamais le nom du personnage que nous suivons, même si nous lui sommes très proches (nous avons accès à ses pensées), il reste un total inconnu, provoquant une sorte de malaise pour le lecteur. Du coup, quand une jeune fille, une sorte de Dorian Gray à la Oscar Wilde, est abandonnée par son tableau et décrépit, le lecteur ressent son enfermement et la folie qui s’installe. Lui aussi est en proie au doute, il ne sait plus si la jeune modèle imagine tout cela ; si dans « La révolution permanente », l’héroïne a bien accès en tant que fantôme à une réalité parallèle où ses désirs se seraient réalisés, ou si ce sont les hallucinations d’une femme qui regrette les choix qu’elle a faits dans sa vie. Avec ce type de narration, Tristan Garcia traite de nombreux sujets : la limite floue entre le fantastique et la folie, mais aussi les croyances, les rêves, le besoin de retourner en arrière, de vivre à nouveau certains moments de nos vies que nous aurions faits différemment, ainsi que le désir de changer les choses et donc de donner un sens à notre vie éphémère.

Les personnages des romans de 7 sont hantés par le désir de faire quelque chose d’important de leur vie, que ce soit redevenir une grande star de la chanson pour le protagoniste de « Les rouleaux de bois », ou l’attente désespérée d’un messie qui prouvera à tous que ceux qui croient ont raison dans « L’existence des extraterrestres ». Ces nouvelles sont parfois difficiles à entamer, notamment à cause du style de narration qui fait qu’il y a très peu de dialogues, le lecteur suit l’enchaînement des pensées du personnage, même quand celui-ci nous conte son histoire. La construction méthodique des romans, pour ménager suspense et mystère, n’est pas perçue par le lecteur qui a vraiment l’impression d’être dans la tête de quelqu’un d’autre. Toutefois, une fois l’intrigue principale comprise, nous avons un désir incroyable de connaître le dénouement, un peu comme on aimerait pouvoir prédire notre avenir. Et même si vous cogitez sans cesse pour comprendre comment ces sept histoires sont liées, et pour deviner la fin de chaque roman, le dénouement nous laisse toujours stupéfaits !

Une expérience originale

7Il n’est pas possible de conclure une critique sur 7 sans parler de la septième histoire qui s’appelle à juste titre (pour de multiples raisons) « La septième ». Ce septième roman est en vérité le conte de sept vies différentes, il est plus long et plus énigmatique, il est celui qui apportera le dénouement final : pourquoi tous ces romans très différents, qui n’ont a priori rien en commun ?

La dernière histoire du roman 7 nous conte l’histoire d’un jeune garçon de notre époque persuadé qu’il est immortel et qu’il a déjà vécu plusieurs vies. Folie ou fantastique ? Pour nous le prouver, il commence le récit saisissant de ses six premières vies, comment il a essayé de changer le monde dans lequel nous vivons, fait des découvertes scientifiques inouïes, et à chaque fois qu’il mourrait, il renaissait. Dans son corps de bébé, son esprit était toujours celui d’un adulte de cent puis deux cents ans. La répétition du phénomène naissance-enfant-adulte-vieillard devient fastidieuse pour le lecteur qui doit absolument passer par toutes les étapes avec le jeune garçon, et non aller directement aux actions et aux dénouements de ses vies. Le lecteur ressent ainsi la fatigue du protagoniste, ses espoirs et ses craintes disparaître avec le temps, puisque tout recommence, à l’infini. Comme lui, le lecteur a l’impression de ne jamais avoir droit au repos, puisqu’il vit tout le temps. À travers cette dernière nouvelle, Tristan Garcia nous fait ressentir ce que c’est d’être immortel, une expérience longue, trop longue, dans laquelle il faut tout recommencer, qui remet en question notre vision de la vie, notre morale et notre bonheur, de quoi nous faire relativiser sur notre seule et unique vie, puisque nous, nous vivons dans l’instant.

Ainsi dans les romans de 7, Tristan Garcia nous offre une étude philosophique et psychologique de l’être humain moderne, sa morale et ses interdits, entre fiction et société, mais dans des situations originales dont les dénouements ne cessent de surprendre ! Un livre à lire donc, ne serait-ce que pour la curiosité de l’expérience.

« Il faut rendre raison » Martin Fortier, épigraphe du sixième roman de 7.

Korra

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