L’ubiquité monstrueuse seule en scène…

Antonio Nunes Da Silva de La Ronce compagnie est de retour à Avignon pour le festival OFF du 5 au 28 juillet 2019 à 17h30 (relâche le mercredi) pour interpréter seul  les personnages de Robert-Louis Stevenson. Oserez-vous partir à la rencontre de Dr Jekyll et Mr. Hyde dans une mise en scène ingénieuse au Théâtre des Italiens ?

Une porte vers la folie

© La Ronce Compagnie

Pour conserver un rythme intense à son solo, Antonio Nunes Da Silva change de costume sous nos yeux, aussi la métamorphose entre un Dr Jekyll et un Mr. Hyde doit pouvoir s’effectuer rapidement mais sans qu’on le voie… il faut qu’elle soit suggérée afin que nous soyons dans le même état que le notaire Utterson qui découvre petit à petit que son ami le Dr Jekyll n’est autre que le monstre M. Hyde ! Pour passer de l’un à l’autre, il a eu l’idée d’utiliser un plateau tournant avec deux portes et un espace derrière un rideau. Une porte ne sert qu’à l’entrée et la sortie de Jekyll tandis que l’autre n’est empruntée que par Hyde. L’espace derrière la porte est parfois visible pour montrer les tourments de Hyde ou pour montrer les moments où Jekyll perd le contrôle sur la bête qui sommeille en lui… Ces portes sont celles qui protègent Hyde et Jekyll du monde extérieur, ainsi Utterson ne peut presque jamais entrer dans la maison et beaucoup de scènes se déroulent sur le pas de ces portes.
Pour les autres lieux, un objet suffit : un bureau pour le cabinet du docteur Lanyon, une table pour la demeure de Richard Enfield et un fauteuil accompagné d’un petit secrétaire pour la maison du notaire, le tout agrémenté d’un jeu de lumière efficace pour chaque fois créer une ambiance différente alors que tout est toujours présent sur scène.
Le comédien ne se contente pas de raconter une histoire, il donne vie à chaque personnage et les incarne en enfilant des costumes bien distincts et en modulant sa voix. Parfois, pour les dialogues, il ne met pas complètement le costume mais grâce à l’intonation que l’on reconnaît, on comprend immédiatement qui est le personnage. Une relation de complicité s’installe entre le public qui sait qui est Hyde et le comédien qui réussit à lui faire croire à cette histoire. Le bon Utterson est la dupe de tout le monde et le public regarde amusé la décomposition de cet homme au fur et à mesure qu’il perce la véritable identité du monstre.

Une performance démente

© La Ronce Compagnie
© La Ronce Compagnie

Antonio Nunes Da Silva réalise une performance exceptionnelle en passant d’un personnage à l’autre avec aisance et prouve son talent en nous faisant croire à la présence des personnes, simplement par son jeu et non pas seulement grâce à des accessoires.
S’ils l’aident à se déguiser, les costumes et la scénographie, réalisée par la coordinatrice artistique Dominique Versavel, ne suffisent pas à nous emporter dans l’histoire, il faut toute la virtuosité du comédien pour séduire nos oreilles. En plus la disposition scénique est très intéressante puisque le plateau qui soutient les deux portes est tournant et donne au comédien le temps de se changer entre deux rôles. Cette rotation de l’espace commun de Jekyll et Hyde marque la folie et nous prépare à la domination de l’Infâme. La roue du destin et sa machine infernale sont enclenchées, la tragédie d’Henry Jekyll est en marche et rien ne pourra plus arrêter sa descente aux enfers. Pour bien nous signifier que le docteur perd le contrôle, le comédien sous les traits de Hyde conserve le manteau de Jekyll alors qu’au début, lorsque le monstre apparaissait, il distinguait bien les deux personnages en changeant de tenue… Cette dualité est aussi mise en lumière lorsqu’il se retrouve aux prises avec son double maléfique et qu’il tente de lutter contre sa main qui lui veut du mal…

Cette adaptation théâtrale du roman de Robert-Louis Stevenson est une grande réussite grâce à la palette de jeu et de mimiques d’Antonio Nunes Da Silva et une scénographie particulièrement astucieuse et efficace.

Jérémy Engler

Une pensée sur “L’ubiquité monstrueuse seule en scène…

  • 7 août 2018 à 15 h 12 min
    Permalink

    Merci pour ce bel article. Antonio Nunes Da Silva

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *