Sherlock Holmes, quel détective sous le masque ?

Le personnage de Sherlock Holmes, créé par Sir Arthur Conan Doyle, fascine encore et toujours tant par son génie que par ses problèmes de drogue. Au théâtre de la Renaissance d’Oullins du 25 au 27 novembre, le Théâtre du Kronope adepte des masques s’attaque lui aussi au célèbre détective en reprenant l’une des intrigues les plus célèbres, Le chien des Baskerville. Après le film très fidèle à l’histoire originale de Terence Fisher avec le regretté Christopher Lee, l’épisode de la série Sherlock avec Benedickt Cumberbatch où l’histoire est grandement modernisée et assez éloignée du récit d’origine, la troupe masquée nous propose une nouvelle adaptation originale qui flirte avec la démence.

Quand l’image du détective l’emporte sur l’intrigue

spectacle_17640L’histoire du Chien des Baskerville repose avant tout sur le rapport qu’entretient chaque personnage avec la légende. Plus on croit en la légende, plus on en a peur et plus on se la représente concrète. Tout signe, même hasardeux, se retrouve lié à la légende, tout est vu à travers le prisme de la légende. C’est cette psychose que le britannique décrit admirablement dans son texte et qui est à l’origine de la mise en scène très inquiétante de Guy Simon.

À l’origine, le texte raconte comment Sherlock Holmes envoie Watson enquêter sur le mystère du Chien des Baskerville afin que lui puisse observer les faits et gestes de chacun incognito. Malgré le manque d’indices et les difficultés rencontrées par le détective londonien, l’enquête est résolue grâce à son esprit d’analyse.
Étienne Simon, l’auteur du texte théâtral, a pris le parti de pousser à son paroxysme l’atmosphère inquiétante en exacerbant la démence et le rapport à la drogue de l’enquêteur du 221b Baker Street. Ainsi, l’image de génie au bord de la folie, à cause de son inadaptation au monde qui l’entoure, prédomine sur l’intrigue et la rend plus – voire trop – complexe. On dépasse le cadre de l’enquête pour s’intéresser à la relation entre Sherlock Holmes et son ami Watson. Sherlock Holmes, devenu fou, est interné dans un hôpital psychiatrique et Watson tente de l’aider en le poussant à enquêter avec lui sur l’affaire des Baskerville. Mortimer, ami de la famille Baskerville, et étant celui qui propose l’enquête, il était facile de placer Sherlock dans l’hôpital géré par ce dernier et de mener l’enquête simultanément. Si la résolution de l’enquête est assez fidèle à l’histoire originale, l’ajout de la folie de Sherlock Holmes nous paraît quelque peu superflu. La pièce est victime de l’image de drogué que véhicule le héros anglais. En voulant le mettre face à ses démons, on perd quelque peu le fil de l’intrigue principale et on se demande si cela est nécessaire, d’autant que la fin particulièrement déstabilisante nous plonge à la limite entre la réalité et l’onirisme. D’ailleurs, la fin est plutôt bonne et joue admirablement avec nos nerfs nous faisant sortir du théâtre la tête pleine d’interrogations.

© Philippe Hanula
© Philippe Hanula

Des masqués des imposteurs

Comme le dit Étienne Simon, le masque permet aux comédiens de jouer plusieurs personnages et de souligner des caractéristiques. La plupart des masques de la pièce sont porteurs de comique ou de folie. Le seul personnage qui ne porte pas de masque est Sherlock Holmes. Tous les personnages de cette intrigue joue un rôle, même Watson qui tente d’imiter Holmes pour résoudre l’enquête. Le seul qui ne joue pas de rôle est le détective, il vit à fond et sa folie et son génie, il n’a rien besoin de cacher et c’est à lui que revient la charge de démasquer les coupables.

© Philippe Hanula
© Philippe Hanula

Tout est fait pour brouiller les pistes. Les ombres des personnages qui s’étirent changent notre perception, le décor mouvant, dont les portes et les trappes s’ouvrent et disparaissent, nous plonge dans un univers inquiétant. Les rappels de l’hôpital au milieu de l’enquête encombrent l’intrigue et on a du mal à en saisir le sens, jusqu’au dénouement. Constamment à la limite de la réalité et du rêve, le spectateur est décontenancé devant ce spectacle dont les effets sonores et visuels participent à la perte des repères. Le malaise s’installe et ce n’est pas pour rien qu’une jeune enfant a poussé un cri d’effroi à un moment de la pièce. Perdu entre rêve et réalité, le spectateur devient lui aussi enquêteur. À la sortie du théâtre, il tente de rassembler les pièces du puzzle, de compiler tous les indices, pour lui aussi résoudre le mystère qui entoure le personnage de Sherlock Holmes.

L’installation scénique est réellement bluffante et l’atmosphère inquiétante nous saisit aux tripes. Toutefois, à trop vouloir décontenancer le spectateur, le risque de le perdre définitivement s’intensifie…

Jérémy Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *