Simone de Beauvoir se raconte elle-même au théâtre

Au Petit Louvre, pendant le festival Off d’Avignon, du 7 au 30 juillet 2016, on pouvait (re)découvrir la vie de Simone de Beauvoir jouée – ou racontée – par Brigitte Baldou dans le spectacle Simone de Beauvoir, on ne naît pas femme, on le devient.

Comment devenir femme ?

© BM Palazon
© BM Palazon

Telle est la question à laquelle est supposée répondre ce spectacle. Si le texte est inspiré de nombreux passages de Deuxième sexe ou de Mémoires d’une jeune fille rangée, il n’en reste pas moins inédit et écrit pour l’occasion. En grande admiratrice de Simone de Beauvoir et de son combat pour l’émancipation intellectuelle des femmes, et pour les femmes en général, Brigitte Baldou, décide de lui rendre hommage. Son seul en scène, dirigé par Raymond Acquaviva et mis en scène par François Bourcier, dont le titre reprend l’une des phrases les plus connues de la philosophe : « on ne naît pas femme, on le devient » sonne comme un engagement féministe.

C’est donc une Simone de Beauvoir toute fringante qui nous apparaît sur scène et nous raconte sa vie chronologiquement, étape par étape, de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence. La force de ce spectacle est de montrer comment une enfant devient femme sans plus jamais faire référence au titre. On n’assiste pas à une exposition philosophique de la notion de femme, à chacun de se faire son avis là-dessus. On nous présente l’évolution et les prises de position qui vont faire d’une jeune bourgeoise déchue une femme à part entière.

Si découvrir l’histoire de Simone de Beauvoir peut être intéressant, car elle a une vision de la vie particulièrement étonnante, on se demande quel est l’intérêt de simplement mettre en scène une Simone de Beauvoir qui nous raconte sa vie. À travers ce récit, on découvre sa vie, son point de vue sur l’amour et le détail de ses relations avec ses élèves, sa bisexualité est affirmée, son rapport à Sartre est particulièrement mis en avant tout comme sa relation avec l’américain Nelson Algren mais tout ça, on peut le lire sur Wikipédia.

Seule en scène, fausse bonne idée !

Si l’idée d’un seul en scène est intéressante pour montrer qu’une femme peut se débrouiller seule et est dans le thème du spectacle, on tombe vraiment dans le simple récit d’une vie par celle qui l’a vécue et peu dans le jeu. La mise en scène est somme toute très simple, et si le but était de montrer que Simone de Beauvoir était une femme qui aimait la fête, le vin, la cigarette et la débauche, alors l’objectif est rempli. Représenter sur scène Sartre par un siège avec un manteau est plutôt une bonne idée mais encore une fois, peut-être que pour dynamiser un peu le texte et la mise en scène, un deuxième acteur aurait été intéressant. Quand bien même il n’aurait servi que de faire valoir et aurait eu un petit rôle, une présence physique aurait peut-être soulagée la comédienne, donné plus de vie au spectacle et évité de se retrouver plusieurs fois avec une scène vide. Pour incarner les différents âges ou états d’esprits de Simone de Beauvoir, Brigitte Baldou change de tenue hors scène et seule une musique d’avant ou d’après-guerre meuble ce temps mort… En comparaison avec les nombreux seuls en scène d’Avignon où les comédiens n’ont soit pas besoin de costumes pour faire passer leur message, soit sont capables de changer de costumes sur scène, cette performance est un peu décevante et on s’ennuie quelque peu malgré la musique agréable. D’ailleurs, le fait que la comédienne mange plusieurs fois son texte, au point que quand elle intervertit deux mots dans une énumération, plutôt que d’inverser simplement l’ordre des mots, elle bute sur le terme et recommence sa phrase dans le bon ordre, ne nous permet pas d’entrer pleinement dans ce spectacle qui avait pourtant un certain potentiel. Faire raconter sa vie par Simone de Beauvoir en usant uniquement des surnoms qu’elle utilisait pour nommer sa sœur Hélène, Poupette, ou son amie Elisabeth, Zaza, permet de donner vie à Simone de Beauvoir et de la représenter sur scène. Simone de Beauvoir prend clairement forme sous nos yeux mais ne parvient pas à nous emmener avec elle dans sa vie.

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Si on se représente bien Simone de Beauvoir sur scène, on entre difficilement dans ce spectacle qui manque un peu de rythme mais qui ne tombe pas dans l’écueil de devenir un spectacle seulement féministe et fermement engagé dans la défense des femmes. Le féminisme n’est pas une doctrine qu’on nous dispense et qui nous explique ce qui fait qu’une femme est pleinement elle-même, ici, il est la façon de vivre de Simone de Beauvoir et on le ressent et le comprend d’autant mieux.

 

Jérémy Engler

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