So happy together, so happy avec Bigre de Pierre Guillois

So happy together, chanson récurrente du spectacle, est à l’image de la pièce, pleine de joie et de rythme. Un moment de bonheur partagée pour ce théâtre burlesque nouvelle génération présenté au Théâtre de la Croix-Rousse.

Une histoire à dormir debout

Le concept de Bigre nous séduit immédiatement. Sur scène, une grande maison, regroupant trois appartements. Le premier, ultra-design est habité par un homme à la pointe de la technologie, geek toujours propre sur lui. Le second est son parfait opposé, tout aussi petit, mais bien plus chaleureux. Dans ce petit bazar vit un homme étrange, un peu rêveur. Le dernier est celui d’une femme, toujours bien décorée, tout comme son habitante, élégante et raffinée.
Trois appartements bien distincts, mais qui finissent par se rejoindre, se croiser tout du moins par le biais de ses habitants. Au fur et à mesure de la pièce, ces trois inconnus, profondément seuls et ancrés dans leurs habitudes au début de la pièce, vont se rencontrer, se découvrir, s’aimer, se détester aussi. S’en suit alors une histoire, des moments de vie qui nous sont présentés, heureux le plus souvent, mais pas que.
Ces personnage sont tous haut en couleurs, et portés par des acteurs brillants. On craque forcément face au comique naturel d’Olivier Martin-Salvan, face à la tendresse de Pierre Guillois. Parce que le burlesque, muet de surcroît, est un art périlleux, il fallait des acteurs à la hauteur de cela, avec une « humanité débordante » et parce qu’« on ne fait pas de comique sans empathie… »

Un comique à toute épreuve

Avec Bigre, on rit, du début au salut final. Mais ici, pas de dialogues, ni même de mots ! Les acteurs bredouillent, chantent dans d’autres langues, rient, mais ne prononcent jamais un seul mot. Le rire ne vient donc pas d’un texte merveilleusement bien écrit, mais plutôt d’une gestuelle merveilleusement bien pensée ! Chaque personnage a sa démarche, son attitude. Ils n’ont pas besoin de mots ou de paroles pour que le public s’imagine qui ils sont.
Un comique qui passe donc en premier par les personnages. Par leurs actions tout d’abord, en enchaînant gaffes sur gaffes, en mettant le feu par exemple, ou en cassant divers objets. Puis, par leur gestuelle aussi. Un véritable travail de mime a été fait, à la limite du clownesque. Le regard quand une mouche se fait insistante, ou l’incompréhension face à de la nourriture qui disparaît sont naturellement drôles. La danse est également au rendez-vous, avec une magnifique scène lors d’une soirée entre les trois protagonistes…. et les toilettes. Un comique de gestes certes classique, mais efficace !

© Pascal Pérennec
© Pascal Pérennec

Le comique passe également par le décor ! Tout au long du spectacle, des objets divers et variés sortent d’un peu partout, nous surprenant toujours. La scénographie permet des liens entre les appartements, et cela crée forcément des situations plus que cocasses. Tout est juste, millimétré à la perfection. Une grande ingéniosité pour ce décor, véritable terrain de jeux pour des personnages souvent maladroits, mais toujours attachants.
N’oublions pas le comique de situation, lui aussi évidemment, très utilisé ! Quand trois personnages en totale opposition se rencontrent, cela crée forcément des scènes surprenantes. La femme devient tour à tour masseuse, coiffeuse, infirmière, mais dans tous les cas, toujours ratée… Et puis, avant d’être amis, ces personnages sont des voisins, et les murs sont parfois fins, on peut alors tout s’imaginer… Pour eux, car le public voit tout, et se délectent des moindres malentendus qui s’installent sur le plateau.

Un peu de lourdeur malgré tout

Le comique utilisé est donc visuel, et si cela marche un certain temps, on tombe vite dans des clichés en dessous la ceinture, un peu trop enfantins parfois, trop farcesques. On aurait aimé un peu plus de poésie, souvent présente dans le théâtre burlesque, et hélas absente ici. On apprécie particulièrement la scène de la tempête avec vent, très belle et pour le coup poétique, mais on retombe malheureusement vite dans la lourdeur. Puis, l’histoire de la rencontre entre ses trois personnages est tellement intéressante qu’on aurait aimé la voir se développer un peu plus, la voir s’ approfondir, afin de mettre plus en valeur ce comique un peu redondant sur les bords.

Malgré ce petit défaut, on passe un bon moment en compagnie de ces personnages loufoques, on rit et on danse avec eux. Un spectacle qui dans tous les cas nous fait rire et sourire, et qu’on apprécie pour sa scénographie particulièrement ingénieuse. A découvrir jusqu’au 29 novembre au théâtre de la croix-rousse !

Marie-Lou Monnot

3 pensées sur “So happy together, so happy avec Bigre de Pierre Guillois

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