Soirée film – Le hérisson, de Mona Achache

Quand une cameraman en herbe décide de se suicider le jour de ses douze ans, quand la concierge de son immeuble est fan de Tolstoï, quand son nouveau voisin est imbattable au jeu de go, on peut raisonnablement penser que la vie n’est pas toujours ce que l’on croit. Dans Le Hérisson, adapté du roman de Muriel Barbery, Mona Achache nous livre une histoire tendre et originale. Si vous aviez raté sa sortie le 3 juillet 2009, et si vous êtes chez vous ce soir, il est grand temps de le visionner ! C’est sur Chérie 25, à 21h05. Et puis, sinon, ce sera toujours en replay et sur Netflix. Et n’oubliez pas le popcorn !(Image mise en avant : © Pathé Distribution)

© Pathé Distribution

Piquant à l’extérieur…

« La destination finale, c’est le bocal à poisson. Un monde où les adultes passent leur temps à se cogner comme des mouches à la même vitre. Mais ce qui est certain, c’est que dans le bocal, j’irai pas. ». Paloma, onze ans, décide de se suicider le jour de ses douze ans pour échapper au monde hypocrite et absurde dans lequel elle vit. En attendant que les jours passent, elle filme son quotidien, les va-et-vient de son immeuble bourgeois, l’absurdité et la médiocrité de la vie des autres. Comme un journal intime, son caméscope capture des instants de vie ou ses propres pensées. Elle pose un regard lucide sur le petit monde qui l’entoure, entre sa mère qui parle aux plantes, son père qui ne pense qu’au travail et sa grande sœur « obsédée par le désir d’être moins névrotique que sa mère, et plus brillante que son père ». Une grande partie du film est faite de ses prises de vues : nous sommes invités à épouser sa perspective. Cette adaptation de L’élégance du hérisson propose ainsi une véritable narration à la première personne. Cette introspection a souvent lieu à l’intérieur de l’immeuble, dans des couleurs sombres, comme une exploration des recoins de l’être humain et de la société bourgeoise. Sombre, mais pas désespérant. On se laisse séduire par ce film qui ne tombe jamais dans le pathétique, et qui se révèle d’une douceur bienvenue au milieu des ombres. Évidemment, dans ce monde de riches, on croise un clochard, une femme de ménage, la concierge de l’immeuble… L’autre versant qui sert de contraste à cette bourgeoisie décryptée. Mais le film va bien au-delà de cette critique, il aborde les thèmes de la mort, l’amour, l’amitié, de la vie, de son sens… Car les apparences sont trompeuses : les bourgeois sont névrosés et leur culture n’est qu’un pauvre vernis ; Paloma n’est pas si suicidaire que ça ; Renée Michel, l’archétype de la gardienne négligée et bourrue, cache un secret… Avec l’arrivée du nouveau propriétaire japonais, Monsieur Ozu, l’ordre établi de ce tranquille immeuble parisien va être chamboulé. Paloma joue au jeu de go avec Monsieur Ozu, qui invite la concierge au restaurant, alors que cette dernière avait offert un chocolat chaud à Paloma dans l’après-midi… Étonnant, non ? Si l’extérieur est piquant, l’intérieur de chacun se révèle au fur et à mesure de ces rencontres improbables. 

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… mais terriblement élégant !

Intérieurs velours, tendres, curieux. Intérieurs débordants, joyeux et délicats. Derrière les façades sociales, des richesses insoupçonnées se tapissent. Renée Michel cache une bibliothèque au cœur de sa loge de concierge banale, tandis que la chambre de Paloma est une caverne d’Ali Baba qui regorge de fantaisies. Si les choses ou les êtres sont insignifiants, c’est peut être parce qu’on ne regarde pas d’assez près, pas assez bien. Mais pour ceux qui, comme Paloma, Renée Michel ou Monsieur Ozu, savent être curieux, l’amitié est au rendez-vous. Dans un monde clos sur lui-même, ils ouvrent des perspectives et invitent au partage. Au-delà du deuil, de l’exclusion sociale, de la solitude, de l’absurdité, ils trouvent des manières d’être pleinement vivant. Ils ne ressemblent à personne, et c’est peut-être pour cela qu’ils vont pouvoir se rencontrer vraiment. Craintifs comme des hérissons, ils vont s’apprivoiser et se dévoiler. La vie n’est peut-être pas toute tracée, elle peut alors nous bousculer et se révéler pleine de surprises. Et Paloma de s’interroger : «  s’il existait la possibilité de devenir ce qu’on n’est pas encore, est-ce que j’aurais su faire de ma vie autre chose que ce à quoi on me destinait ? ». Le film est un bijou brut. Que dire ? C’est doux-amer, tendre et lucide, poétique, étonnant, léger et insolite. Regarder ce film, c’est un peu comme lire le livre. Grâce au jeu et au talent des acteurs, à l’équilibre entre silence et musique, aux choix de réalisation, le rythme et la texture du roman original sont respectés et sublimés. On a retenu la leçon : «  Pour suivre les étoiles, ne pas finir comme un poisson dans un bocal. ». Voyez par vous-mêmes !

Article rédigé par Elisabeth Coumel
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