Soljenitsyne plus qu’un penseur politique : un écrivain et un philosophe

A l’occasion du centenaire de la naissance de Alexandre Soljenitsyne le Collège Supérieur avait décidé de lui consacrer 3 mois ; de d’octobre à décembre 2018 ; finalement il jouera les prolongations et l’auteur de L’Archipel du Goulag  restera à l’honneur jusqu’en février 2019 au travers d’une exposition, de conférences exceptionnelles, d’un atelier de lecture, d’une projection et de représentations.

L’exposition « L’archipel du Goulag », un séisme littéraire, prêtée par le musée .. et dirigée par Grégoire Lopoukhine , petit-fils de Nikita Struve (premier éditeur de Soljenitsyne en France) nous présente toutes les répercussions des œuvres de Soljenitsyne.

Un système totalitaire faisant preuve d’une barbarie monstrueuse

Soljenitsyne a été de 1918 à 1945 un communiste convaincu, jusqu’à son arrestation due à sa correspondance avec un ami, une correspondance dans laquelle il ne critiquait pas le régime mais seulement les compétences guerrières de Staline.

C’est à la suite de 8 ans d’ emprisonnement, durant lesquels il fut envoyé au goulag, dans une prison du KGB et ensuite dans un camp en Sibérie, que ses yeux s’ouvrirent sur la sombre réalité du régime soviétique. Tous étaient au courant des barbaries commises mais personne n’en parlait. Les détenus des camps de travaux forcés soviétiques étaient même transportés au coté des autres voyageurs dans les trains. Les conséquences de la banalité du mal, d’une obéissance totale à Staline ?

Au moment de cette prise de conscience Soljenitsyne commence à écrire. Sa première publication ; en 1962, Une Journée d’Ivan Denissovitch est autorisée par Nikita Khrouchtchev et retrace le récit d’un détenu ordinaire du Goulag.

De nombreuses lettres de témoignage lui parviennent suite à cette publication, ce qui lui permet d’avoir un vrai support documentaire pour écrire son œuvre la plus immense : L’archipel du Goulag. L’ouvrage est conçu dans la clandestinité et avec l’aide essentielle de 115 « invisibles ». Cette œuvre, dans laquelle de nombreux détenus prennent la parole pour dénoncer des actes d’une atrocité inimaginable, a l’effet d’une bombe aux nombreuses conséquences. Le livre est un succès en librairie, mais peu de gens lisent véritablement Soljenitsyne avant de prendre parti : beaucoup le soutiennent, d’autres vont jusqu’à publier des livres entiers pour montrer leur désaccord. En France, l’écrivain est la cible d’une véritable campagne de calomnies.

Son prix Nobel de littérature reçu en 1972 est très critiqué, si bien qu’il ne pourra aller le chercher ni à Stockholm ni à Moscou.

Pourquoi tant de poids pour une œuvre qui, comme beaucoup d’autre, dénonce les Goulags ?

« La beauté sauvera le monde » exprime Soljenitsyne

La ligne directrice de Soljenitsyne n’est pas sa vie en tant que détenu mais elle est le récit de tous les détenus. Toutes les personnes ayant souffert du régime peuvent donc se reconnaître dans l’ œuvre de Soljenitsyne mais cela n’a été possible que grâce à ses talents d’écrivain. C’est par sa beauté que son œuvre aura un tel impact ! Un roman d’espionnage plein de poésie, d’ironie et de brutalité, et surtout une œuvre accessible au grand public par la prouesse de l’écriture. Soljenitsyne, avant d’être un partisan ou un politicien, est un immense écrivain.

A travers de son exposition, ses conférences et rencontres le Collège Supérieur tente de nous faire explorer le « vivre sans mentir » de Soljenitsyne qui est plus qu’un projet politique, il s’agit d’une véritable philosophie.

Ce n’est pas dans le mensonge, en faisant abstraction des actes monstrueux commis sous Staline et ses successeurs que le peuple russe retrouvera la paix. Il lui faut rétablir la vérité et l’accepter.

Mais nous autres occidentaux devrions aussi écouter les critiques émises par Soljenitsyne après son passage à l’ouest. Ceux qui avaient soutenu Soljenitsyne parce qu’il s’opposait au communisme ne s’attendaient pas à le voir critiquer les valeurs ou plutôt le manque de valeur du monde libre. Mais l’écrivain n’est pas homme à cacher ou même nuancer la vérité et ses vérités furent mal jugées.

Rejeté une première fois par les communistes, Soljenitsyne fut ensuite rejeté par les libéraux et il n’est plus beaucoup lu aujourd’hui. Il était temps que le Collège Supérieur nous incite à lire ou relire Soljenitsyne.

Léonie Schroeder

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