Solonely à deux !

Vendredi 29 avril 2016, au théâtre Théo Argence de Saint-Priest, se produisait la compagnie lyonnaise Arcosm avec le spectacle Solonely. Deux artistes complémentaires, pour un spectacle « écrit à quatre mains » – comme aiment le dire Thomas Guerry et Camille Rocailleux – réalisent une performance époustouflante qui aboutit à la rupture de leur solitude commune.

© J.C Bruet
© J.C Bruet

Tout est musique, tout est dense

La scénographie est telle que chaque objet produit un son, un rythme, qui devient tout ou partie de la mélodie. L’un des murs extérieurs de la scène est à double cloison, un côté est vierge et permet au musicien de le griffer, de le frapper pour en faire un instrument de musique tandis que l’autre côté est plein d’instruments de percussions et ressemble à une batterie murale. Si ces percussions, le piano, le xylophone mural, au fond de la scène, et le thérémine (instrument de musique électronique) sont bel et bien des instruments, tout le reste du décor et les accessoires deviennent de véritables instruments, que ce soit le téléphone, la pompe pour gonfler un ballon, le ballon, la table, le trampoline, etc. Même déconstruit, tout l’espace scénique reste un immense instrument de musique dans lequel évoluent les deux personnages. Si l’un danse du début à la fin, le musicien devient petit à petit danseur, comme si la musique créée autour de lui rapprochait ces deux âmes qui réussissent à se parler et à se comprendre grâce à la danse. Ce spectacle fait de la danse et de la musique les plus beaux moyens de rapprocher deux âmes égarées.

© J.C Bruet
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Seuls et séparés, vraiment ?

Pour marquer leur solitude respective, la scène est coupée en deux par un mur, chacun évolue d’un côté de la scène. Ce mur symbolise l’obstacle qui les coupe des autres et pourtant, c’est celui-là même qui les rapproche. Le mur est souple, et déformable. La séparation bien qu’évidente s’effrite petit à petit car l’un comme l’autre entendent et ressentent ce que vit l’autre. L’aile gauche de la scène appartient à Camille Rocailleux dont la musique tantôt douce, tantôt violente, rythme les mouvements de Thomas Guerry qui danse sur ces mélodies à droite de la scène. Bien que seuls et appartenant chacun à un univers distinct, les deux personnages influent l’un sur l’autre. Si ce n’est la musique qui guide les pas du danseur, ce sont les évènements que ce dernier vit qui vont influencer le musicien dans sa composition. Même reclus, même seul, on ne peut ne pas être influencé par le monde qui nous entoure.

Le mur qui marque leur éloignement est aussi ce qui les rapproche puisqu’une table leur est commune. Elle traverse le mur et si on la tire d’un côté, alors elle rétrécit de l’autre, nous donnant ainsi à voir un gag vu et revu dans le mime. Tandis que l’un veut s’appuyer sur un endroit de la table, l’autre veut la tirer ailleurs et s’en suit une petite lutte pour savoir qui aura le plus grand espace. Mais ce « gag » clownesque devient ici la première prise de conscience de la présence physique de l’autre. Aucun des deux ne veut transiger, car ils sont prisonniers de leur solitude et ignorent le compromis. Seulement cette interaction avec l’autre devient le point de départ de l’entreprise d’abattement du mur.

© J.C Bruet
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La réunion dans le chaos

Le mur brisé, le décor éclate ! Les deux appartements deviennent un vaste champ de ruines qu’ils doivent partager. Si l’un semble heureux de découvrir son « voisin », l’autre a plus de mal avec cette cohabitation. Petit à petit, les deux vont apprendre à s’apprivoiser, à se comprendre, à se compléter, à sortir de cette solitude… Le combat dansé entre les deux laisse progressivement place à l’union de ses corps qui ne cherchent plus l’opposition mais à se combiner, à exister l’un pour l’autre, l’un par rapport à l’autre.

Jérémy Engler

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