Le Sorceleur Tome 1 : le dernier vœu – il était une fois, un coup de cœur

Le Sorceleur est une saga de Dark-Fantasy écrite par le Polonais Andrzej Sapkowski, et aujourd’hui éditée par Milady. Le tome 1, le dernier vœu, est un recueil de six nouvelles, reliées par une trame, qui portent toutes sur le personnage de Geralt de Riv. Ce dernier est un « sorceleur » : un mutant parmi les humains, créé pour pacifier la menace que représentent les monstres qui peuplent ce monde.*

Un premier triptyque qui nous raconte un univers

Les trois premières nouvelles du recueil vont créer l’univers de la saga en choisissant de rapprocher l’univers du Sorceleur avec celui du conte. La première nouvelle, Le Sorceleur, est initialement écrite pour un concours organisé par un magazine polonais. La nouvelle finira troisième, chose qui semble étrange quand on sait qu’aujourd’hui, le sorceleur a l’ampleur d’un Star Wars ou d’un Seigneur des Anneaux en Pologne. La première nouvelle installe l’univers, le personnage principal de Geralt explique qu’il est rejeté à cause de ses mutations, mais surtout, reste dans l’univers du conte. Si beaucoup de détails précis fixent l’univers, la première histoire reste celle d’un homme rejeté, engagé par un roi pour sauver sa fille, une princesse, et lui se voir accorder sa main. La deuxième nouvelle, Un grain de vérité, est un clin d’œil à peine dissimulé à La belle et la bête, qui offre une morale : « un amour sincère peut rompre tous les charmes ». La troisième nouvelle, Le moindre mal, impose un dilemme moral au sorceleur, qui doit choisir entre tuer Renfri (dont les origines sont semblables à celles de Blanche-Neige) et la laisser tuer par vengeance.
Et on est rapidement submergé par ces trois nouvelles : la complexité de l’univers nous est rendue familière par les formes du conte, ce qui rend l’initiation du lecteur très facile. Le monde du sorceleur a des similitudes avec notre monde, avec nos légendes, et ces similitudes créent des liens entre cet imaginaire et notre monde.
Ces nouvelles, en outre, permettent au lecteur de comprendre le personnage de Geralt de Riv, monstre aux yeux des humains, humain aux yeux des monstres, qui travaille pour l’argent, mais avec un sens de l’honneur très affuté ; un être qui choisit, tant qu’il le peut, la voie de la neutralité.
Tout cela est finement amené : la noirceur de l’univers, son manichéisme absent, tout cela est adouci par les formes familières d’un imaginaire qui est en chacun de nous.

Un deuxième triptyque qui nous raconte ses personnages

JaskierUne question de prix est une nouvelle qui mentionne Ciri, princesse du royaume de Cintra, qui sera le paiement du sorceleur ; ce dernier réclamera à son client « ce qu’il possède déjà sans le savoir » ; ici, la fille qu’attend sa femme. La nouvelle aborde l’idée de destin, notion avec laquelle Geralt entretiendra des rapports ambigus. La nouvelle suivante, Le bout du monde, introduira le personnage de Jaskier, un des rares amis du sorceleur, troubadour volage qui finit toujours par se mettre dans des situations délicates. Enfin, Le dernier vœu conclut la liste des nouvelles, mettant en scène le personnage de Yennefer, l’intérêt amoureux de Geralt, avec laquelle il se lie – en le voulant ou non ? – alors que les sorceleurs sont normalement dépourvus de sentiments.

Les trois dernières nouvelles s’intéressent plus profondément au héros et à son entourage, moins à l’univers : il présente la fille adoptive de Geralt, celle dont il est épris, et son fidèle stéréot… pardon, son fidèle ami, qui occupe le rôle d’acolyte à plus-value humoristique. Tout cela dans une ambiance médiévale, où les esprits de la nature peuvent laisser place aux légendes orientales, incarnées par un Djinn dans le dernier vœu.

Le Sorceleur : simple, mais jamais simpliste

Et voilà pourquoi je conseille le sorceleur : je suis un grand amateur de culture populaire, mais l’univers de Tolkien ne m’a jamais vraiment attiré, pour s’y impliquer, il faut accepter d’ingurgiter un océan d’informations, d’époques, de lieux, de noms… Je suis aussi très peu réceptif au fantastique « américain » comme Le trône de fer ou Wicked : l’univers qui se construit est grandiloquent, se piège parfois lui-même dans quelque incohérence, et la violence du propos ne semble jamais légitime.
Le sorceleur n’a pas ces défauts : son univers se présente rapidement, et devient familier et accessible par sa structure qui reprend la forme de contes dans ses premiers récits. La violence est omniprésente, et fait écho à des situations vraisemblables, pour ne pas dire réelles : le racisme est ancré dans la population humaine, qui voit d’un mauvais œil nains, elfes, et autres étrangetés. Le héros est rejeté par le plus grand nombre, la voie de la neutralité lui attirera l’opprobre de tous, et ses alliés se compteront sur les doigts d’une main.
Geralt est un personnage en quête de lui-même, un être qui désire une vie simple, avec une femme, un enfant (qu’il ne peut pas avoir – les sorceleurs étant stériles), et un métier qui ne constitue pas un engagement moral – un simple gagne-pain.

Geralt et Yennefer

Il y a huit ouvrages sur Geralt : deux recueils de nouvelles, et six romans. Mais cela ne s’est pas arrêté là : en Pologne, il y a eu des bandes dessinées, une série autour du personnage. Et en 2007, le studio CD Projekt Red débutera une trilogie de jeux autour du sorceleur – une sorte de suite directe qu’Andrzej Sapkowski a approuvé, même s’il précise que le scénario des jeux ne fait pas partie du canon de l’histoire.
Alors je vous conseille vivement de lire le premier tome de cette saga, de sombrer doucement dans un univers peuplé de légendes de tous horizons, peuplé de dragons, stryges ou autres dopplers, si loin de nous par ses étrangetés, mais pourtant si proche par ses problématiques.

Jordan Decorbez

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