Des Sosies plus complexes qu’il n’y paraît

Du 7 au 30 juillet 2017, dans le cadre du Festival Off d’Avignon, Le Nouveau Ring accueille la Compagnie Teknaï, avec un spectacle très différent de celui présenté l’an dernier. Sosies, mis en scène par Quentin Defait, est bien plus drôle et cocasse que ne l’était Les Vibrants mais n’en conserve pas moins le traitement de la question de l’identité.

Un spectacle de sosies

Sandrine Coste, qui se définit comme étant le sosie de Céline Dion, à qui elle ne ressemble pas, car elle a « les traits beaucoup plus fins », souhaite organiser un spectacle autour de sa passion pour Céline Dion et en hommage à son frère mort. Pour ce faire, elle réunit Franck Lopes qui se définit comme étant vaguement le sosie de Francis Cabrel et de Jérôme Planchet qui pense être la réincarnation vivante de Michel Berger même s’il ne lui ressemble pas du tout selon Franck. Ici, être sosie ne signifie pas « ressembler à », mais « avoir l’attitude de ».

Donc Sandrine, jouée par Juliette Coulon, prend les choses en main et essaie de fédérer le groupe autour de son projet. On les voit donc à l’occasion de réunions de préparation, apprendre à se connaître. On découvre les personnalités de chacun et leur psychologie. Leur interaction est assez drôle, Jérôme Planchet, interprété par Thomas Poitevin, se révèle être quelqu’un de très sensible qui n’a pas du tout confiance en lui, mais qui grâce à sa proximité avec Michel Berger réussit à avancer. Son manque de confiance et sa naïveté font de lui un personnage porteur de comique, notamment lorsque le bourru Franck Lopes, incarné par Gaëtan Peau, s’exprime de manière un petit peu trop crue… Franck Lopes est la vraie caution humoristique du spectacle, grâce à sa condescendance et son regard critique sur son activité de sosie. Tous étant des sosies de chanteur, ils en viennent évidemment à chanter et franchement, ils chantent plutôt bien et les chorégraphies sont très drôles. Lorsque Jérôme Planchet chante « Le paradis blanc » tandis que les deux autres miment une partie de tennis en criant comme le cri de baleine qu’on entend au début de la chanson à chaque coup de raquette. Sandrine Coste interprète la chanson « Alive » avec vitalité dans une chorégraphie très dominatrice pour marquer son emprise alors que Franck Lopes propose une version très revisitée de « encore et encore ». La chanson de Céline Dion « Je sais pas » est le prétexte à un quiproquo, tandis que « Je veux chanter pour ceux » devient le reflet de l’engagement humanitaire de Jérôme. Quant à « La Corrida » de Francis Cabrel, elle devient le prétexte à une véritable corrida sur scène… Finalement, sans jamais voir le show dont rêve Sandrine, on en découvre l’armature et le spectacle qu’on voit pourrait en fait être ce fameux spectacle hommage dont elle rêve. Le texte de Quentin Defait et Juliette Coulon est vraiment bien agencé et alterne les moments drôles, les réflexions sur l’identité des personnages qu’on découvre petit à petit bien plus complexe qu’il n’y paraît…

Sosies ou un véritable travail sur soi

Les personnages en se confrontant aux autres sont amenés à évoluer et à se remettre en question. Le rapport de force entre les uns et les autres évolue petit à petit et nous découvrons les problèmes qui se cachent derrière chacun d’entre eux. Mais la force de ce spectacle est qu’on ne tombe ni dans le pathos ni dans la thérapie de groupe. Si chacun évolue au contact de l’autre, ils ne vident jamais leur sac, leurs problèmes personnels restant chez eux. Ce sont des petites vidéos projetées derrière eux qui nous montrent qui sont vraiment les personnages, les drames qu’ils traversent ou ont traversés. Les personnages ne commentent jamais ces vidéos, elles ne sont que pour nous et c’est nous qui faisons le lien entre leur comportement et les événements qu’ils ont vécus. C’est nous qui comprenons la détresse qui se cache derrière ces personnages à première vue exubérants et un peu ridicules. Tous vivent ou ont vécu des drames que leur vie de sosie aide à oublier et finalement ce qui nous faisait rire au début prend une tout autre signification et petit à petit, on éprouve un réel attachement et une vraie sympathie pour eux.

Le spectacle réussit à créer une ambiance électrique, loufoque, tout en distillant les clés d’un véritable drame dont les enjeux ne nous seront révélés que très progressivement avec une extrême justesse sans jamais tomber dans le pathétique.

 

Jérémy Engler

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