Sound Of Music, une comédie musicale humanitaire et décalée !

Dans le cadre de la 17ème Biennale de la Danse, le théâtre de la Croix-Rousse de Lyon accueillait une pièce tout droit sortie des musicals américains ; Sound Of Music. Conçue et dirigée par Yan Duyvendak, cette pièce d’environ une heure nous confronte aux crises mondiales sous des chorégraphies et des musiques des plus colorées. Cette comédie musicale surprenante sera également jouée ce vendredi 16 et samedi 17 septembre 2016 à 18h30.

Un projet noble et engagé

Yan Duyvendak a eu une démarche pour le moins intéressante : celle de mélanger la comédie musicale influencée par la culture américaine et l’engagement pour sauver notre Planète. Cette pièce semble du coup apparaître comme un moment dénonciateur des crises humaines (ce fossé social entre les miséreux et les milliardaires outranciers) mais aussi sociales (la surpopulation), écologiques (fontes des glaciers) mais aussi cette crise du pouvoir. La crise du pouvoir consiste à mettre en évidence l’émergence de certains projets (comme les îles artificiels pour personnes aisées à Dubai). Cette « multi-crise » est assez finement mise en avant par le caractère agressif de la pièce, lui donnant un aspect « urgence humanitaire ».

Cette troupe de 12 comédiens-chanteurs, rejoints par des danseurs invités du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon, n’a pu laisser le public de marbre car celui-ci est partagé entre la surprise (des chorégraphies, des costumes) et l’engagement (par le texte, les interprétations vocales). Il semble important d’acclamer la performance des artistes, que ce soit au niveau de la danse ou des performances vocales. Les danses donnent une certaine fluidité à la pièce. On pourrait comparer ces chorégraphies à une poésie synchronisée qui peut se révéler saccadée laissant apparaître une dureté assez proche finalement du fond de ce projet. Les jeux sur le nombre de danseurs, sur les entrées-sorties successives, sur les synchronisations mécaniques et sur la diversité des danses proposées permettent aux spectateurs de pouvoir apprécier un beau spectacle de danse.

La performance vocale est également impressionnante car les chants sont techniquement assez difficiles à interpréter, d’autant plus en plein mouvement ! Il faut tout de même apprécier les voix fortes, puissantes, dignes des comédies musicales américaines de Broadway que l’on retrouve dans certains musicals et autres séries musicales américaines (comme Glee par exemple).

© Théâtre de la Croix-Rousse
© Sébastien Monachon

Des choix intéressants mais à double tranchant

La réalisation d’un projet implique obligatoirement de faire des choix. Dans le cadre de Sound of Music, si les choix de chorégraphies, d’acteurs et de fond sont plutôt intéressants, le public n’en reste pas moins perplexe concernant deux autres caractéristiques artistiques : la musique et les transitions.
Lorsque l’on décide de faire un spectacle engagé avec un réel fond dans le texte, il faut faire attention au style musical choisi car si l’idée de créer un décalage est intéressante visuellement, elle provoque un sentiment mitigé car ce décalage fait oublier au public le sens du texte. Cet équilibre est d’autant plus instable lorsqu’on essaie de créer un métissage à partir d’un contraste, de deux univers fondamentalement opposés car cela suppose de créer un décalage (qui peut être très intéressant si mené jusqu’au bout). Les transitions reflètent un peu ce décalage forcé. Lors du déroulement de la pièce et par l’absence d’une histoire narrative, les transitions sont presque inexistantes ou seulement marquées par une pause entre deux morceaux. On a parfois l’impression que le chant est là pour prouver les capacités vocales de la troupe et non plus mettre en valeur le fond engagé de la pièce.  Le public sort avec l’impression d’un combat entre le fond qui lui est très dur et parfois même directement moralisateur, et la forme qui est elle est colorée, pailletée, édulcorée par les sourires des interprètes. De plus l’agressivité de la bande-son ne met pas toujours le spectateur à l’aise, toutefois pas pour les « bonnes » raisons car ce sentiment est surtout associé au volume de la bande-son qu’à l’écriture de celle-ci (les fréquences basses étant à utiliser avec parcimonie).

En fait, lorsque l’on assiste à Sound Of Music, on assiste à une réelle performance avec une troupe intéressante mettant en avant des artistes charismatiques qui portent la pièce. Malgré tout, il semble manquer un élément qui aurait pu permettre un réel métissage entre ce paraître léger, éclatant, scintillant et ce texte dénonciateur des crises de notre société.

Camille Pialoux


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