Spirou un personnage aux multiples facettes et auteurs

Découvrez la BD Spirou : avec Fournier, Velhman, Yoann, Schwartz. L’occasion pour nous de revenir sur cette série à succès et de vous parler de son évolution.
La publication de cette série franco-belge, débute en 1938. Elle est considérée comme un classique au même titre qu’Astérix ou Tintin. Elle met en scène le personnage de Spirou accompagné de son écureuil Spip et Fantasio, son ami reporter. Au fil des albums, ils affrontent des gangsters divers et variés, des dictateurs et savants peu scrupuleux dans des aventures mélangeant humour, science-fiction et fantastique. Les personnages de ces bandes dessinées franco-belges appartiennent à leur éditeur, Dupuis, et non à un auteur ou dessinateur en particulier ce qui explique pourquoi plusieurs auteurs engagés par l’éditeur ont contribué à la création des différents albums : Rob-Vel (1938-1943), Jijé (1943-1946), Franquin (1946-1969), Fournier (1969-1980), Nic et Cauvin (1980-1983), Tome et Janry (1984-1998), Morvan et Munuera (2004-2007), Yoann et Vehlmann depuis 2008.
53 albums dans la série principale « Les aventures de Spirou et Fantasio », 4 hors-séries et 7 albums de la série « Spirou de » sont publiés à ce jour.

Vous pourrez rencontrer Fabien Vehlmann à l’occasion du Lyon BD Festival les 4 et 5 juin 2016 !

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Le faiseur d’or, album n°20, de Jean-Claude Fournier assisté de Franquin pour certains personnages

Cet album est le premier des 9 qu’a produit Fournier et pour lui rendre hommage, depuis le 3 juin et jusqu’au 21 juin, le centre culturel d’Ecully accueille une exposition proposant plusieurs planches originales de Spirou.

Première histoire : Le faiseur d’or

Le comte de Champignac participe à une émission scientifique télévisée et annonce qu’il connaît l’emplacement du livre à faire de l’or de Nicolas Flamel. Spirou stupéfait des propos du comte, pense aux conséquences de ces révélations. Fantasio flaire un super sujet pour un reportage. Ils décident de se rendre à Champignac accompagné de Spip et du Marsipulami dès le lendemain. Une fois arrivés, ils découvrent Zorglub, l’ami et compagnon de recherches de Champignac inconscient. Retrouvant ses esprits, il les informe de l’enlèvement du comte et pense avoir reconnu Zantafio, le cousin maléfique de Fantasio, parmi les kidnappeurs. Ce sinistre individu, vieille connaissance de Spirou et Fantasio, voit une chance inouïe de se débarrasser de son ennemi juré, grain de sable récurrent de ses plans diaboliques. Après une enquête minutieuse, Spirou et ses amis retrouvent le comte dans la villa Nom sans peine de monsieur Paillard. Zantafio séquestre le comte dans les sous-sols de cette demeure ressemblant à un horrible château. Ayant essayé toutes sortes de menaces sans résultat, il déguise et maquille Petite fleur en Spirou auprès du comte. Ce dernier, ne voulant pas que son ami souffre, révèle la cachette du livre de Flamel. Mais Spirou déjoue les plans de Zantafio, une fois de plus, puis arrive à libérer l’otage. Mais le chemin est encore long avant le dénouement final : plus que quelques planches…

Deuxième histoire : Le Noël clandestin

Ce récit, en six planches, raconte le Noël d’Henri, fils d’un riche couple. Personne ne lui prête attention et il s’ennuie à ce réveillon de Noël. Il décide de rejoindre son ami Jean Baptiste, clochard, pour partager un gros gâteau. Celui-ci trouvant la pâtisserie un peu trop grosse pour eux deux, partent la partager avec d’autres voisins. Une idée pleine de bonnes intentions à l’égard des autres mais les portes se referment sur eux. En effet, Jean Baptiste est un clochard et les gens jugent sur les apparences. Pendant ce temps-là, Spirou et Fantasio ouvrent les cadeaux de Noël qu’ils ont reçu de leur ami. Tout à coup, on sonne à la porte : Henri et Jean Baptiste sont sur le seuil avec leur énorme gâteau. La magie opère et une soirée de réveillon s’ensuit… Pour tous les quatre, elle sera inoubliable.

Troisième histoire : Le Champignon nippon

Spirou et Fantasio partent au Japon à la demande de l’illusionniste et mycologue Iton Kata. Celui-ci détient un champignon aux propriétés extraordinaires découvert dans son jardin. Il souhaite faire examiner sa découverte par un collègue européen Pacôme de Champignon. Il confie à Spirou et Fantasio la boîte renfermant le trésor avec pour mission de l’amener à bon port. Mais en chemin, ils sont attaqués par une dangereuse organisation criminelle, Triangle, convoitant le champignon. Ils déjouent l’attaque et gagnent l’aéroport, où ils s’aperçoivent que la boite contenant le champignon est vide. C’est l’introduction de l’album suivant : Du glucose pour Noémie.
Dans ce premier album de Fournier on ressent une certaine naïveté habitée par des dessins simples, nets, aux couleurs chatoyantes et pastelles. L’histoire principale est originale, intéressante, bien rythmée et appartient totalement au monde de l’imaginaire. Le livre de Flamel sur la création de l’or aurait mérité plus qu’un simple point de départ de l’histoire. L’humour présent manque de piquant et le scénario, ponctué par des légendes au langage assez simple, nous laisse une impression de maturité non affirmée par le nouvel auteur. La deuxième histoire est digne des contes de Noël avec sa morale pourvue d’une belle sensibilité. La troisième histoire est un méli-mélo de situations burlesques, foisonnantes et parfois frisant l’absurde.
En résumé un album réussi, pour le premier de Fournier, mais on sent encore l’influence de Franquin sur son travail.

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Dans les griffes de la vipère, album n°53, de Yoann pour le dessin et Vehlmann pour le scénario

Suite à la publication de sa dernière aventure sur la lune, plusieurs parents attaquent le journal de Spirou. L’avocate de la partie adverse, brillante au cours de sa plaidoirie, gagne le procès. Le journal est condamné à verser d’importants dommages et intérêts aux plaignants et se retrouve au bord de la faillite. Spirou se met en quête d’un investisseur afin de sauver le journal. Le sauveur sera la Viper Corporation, recommandé par Gil Cœur Vaillant. Spirou et Fantasio, rassurés sur le sort du magazine, signe un contrat avec le repreneur. Mais dans son engouement, Spirou ne s’aperçoit pas qu’une clause du contrat mentionne le fait qu’il devient la propriété de la Viper Corporation. Il est envoyé sur une île et relégué au rang objet, mais heureusement il déborde de ressources et livre une bataille haletante contre son geôlier pour reprendre sa liberté.
Très intéressante la première partie de l’album s’attarde sur le cheminement et la réflexion sur les dessins de personnages ou de décors en toile de fond.

Dans ce dernier album, le scénario est des plus réalistes : crises financières et presses écrites en procès, inscrivant la BD dans notre contemporain.
Ils mélangent les personnages récurrents de Spirou et Fantasio avec de nouveaux venus et donnent un autre souffle à l’album. Le ton des légendes est bien soutenu, dense et rythmé en parfaite harmonie avec le récit et les personnages. Le dessin se modernise, les personnages semblent plus grands, Spirou paraît plus vieux sous des traits plus accentués. Les méchants ont des figures patibulaires et les milliardaires portent le costume et fument de gros cigares. Les couleurs collent à la trame de l’histoire au fil des planches. Elles sont pour la plupart sur des fonds gris représentant la grisaille du moment, rouges ou oranges pour l’expression de la colère, légers et verts pour l’espoir. Le décor est tantôt une ville moderne, une villa, une rue, un parc ou une forêt en arrière-plan. On retrouve la froideur de la ville mise en opposition avec la beauté chaleureuse du parc. Un petit clin d’œil écologiste ! Le dénouement de l’histoire paraît un peu bâclé, sur une seule planche, mais l’effet de surprise est garanti !

Si on compare Le faiseur d’or de Fournier à Le repère de la vipère de Yoann-Vehlmann, on distingue une nette évolution du décor, des personnages, des couleurs et un scénario en parfaite adéquation avec notre société actuelle. Pour le tome 20, n’oublions pas que notre environnement et notre société étaient différents. Le franc circulait encore dans nos caisses, les tribunaux ne croulaient pas sous les procès d’affaires procédurières et la crise financière pointait à peine le bout de son nez. On baignait dans la période hippie et le slogan Peace and Love sortait de biens des bouches ! Plus de quarante ans séparent les deux albums, la différence du dessin et du scénario s’explique par le côté sucré et insouciant des années 1970 par opposition aux années 2010 ou la réalité est plutôt bien épicée, assaisonnée à coup de violence verbale et physique. A l’époque, la BD nous faisait rêver et décrivait un monde loin de nous, alors qu’aujourd’hui la tendance est plutôt au réalisme à excès !

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« Le Spirou de Yann et Schwartz » La femme Leopard

Depuis 2006, les éditions Dupuis ont décidé de confier Spirou à des auteurs pour une histoire. Ainsi, Yoann et Vehlman ont commencé les « Spirou de » avant de reprendre la série principale des « Aventures de Spirou et Fantasio » puis se sont succédés, Le Gall, Tarrin et Yann, Emile Bravo, Schwartz et Yann pour Le Groom de Vert-gris, Parme et Trondheim avant que Yann et Schwartz remettent ça avec La Femme Léopard. Yann en est donc à sa troisième participation mais c’est la deuxième avec Schwartz au dessin avant une troisième collaboration pour terminer l’histoire de La femme Léopard.
Pour ces deux histoires, Yann a choisi de renvoyer Spirou à l’époque de la 2ème Guerre Mondiale et de faire un espèce de reboot de la série en faisant travailler Spirou comme groom dans un hôtel – idée déjà présente dans deux épisodes de la série « Le Spirou de » : Le journal d’un ingénu et Panique en Atlantique mais Yann le développe sur plusieurs épisodes.
Dans le premier épisode, Le groom vert-gris, on découvre comment Spirou obtient sa fameuse tenue rouge. Puis le deuxième album La femme Léopard nous montre comment Spirou part à l’aventure après avoir perdu son emploi de groom et avoir sombré dans l’alcoolisme. Pour traiter d’un sujet aussi sérieux, Schwartz, le dessinateur au style très arrondi nuit au réalisme des personnages et à leurs expressions. Là où Yoann favorise le côté réaliste des personnages, Schwartz lui préfère rester plus vague dans la description des visages et des expressions. En revanche, les décors sont assez réalistes, ce qui permet un bon encrage dans l’époque. Cependant, les dessins ne reflètent pas assez cette époque sombre de l’Histoire.

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Ces trois styles de dessins et de scénarios montrent à quel point chaque artiste s’approprie Spirou et à quel point l’époque d’écriture est importante et déterminante dans le récit. Nous vous conseillons rencontrer les 4 auteurs de Spirou présents au festival Lyon BD et de ne pas rater l’exposition au centre culturel d’Ecully ainsi que la rencontre « Dans l’atelier de Lax et Fournier », pour découvrir le travail de ces auteurs, le samedi 14 juin à 16h au Palais du Commerce dans la salle Tony Garnier.

Françoise Engler

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