Stage Bresson à l’Institut Lumière, du grand cinéma avec le célèbre analyste, Jean Douchet

Vendredi 10 et samedi 11 avril se tenait à l’Institut Lumière un week-end consacré à Robert Bresson, cinéaste des années 60 et précurseur de la nouvelle vague. Deux journées concoctée par Jean Douchet, réalisateur et grand critique du 7éme art, rédacteur, entre autres, aux Cahiers du cinéma. Déjà venu l’an dernier avec un week-end consacré à Brian de Palma, il change ici d’époque et de registre, mais conserve encore et toujours cette verve et cette passion communicative. L’envolée culturelle à eu la chance d’assister à deux films sur les quatre présenté, Procès de Jeanne d’Arc et Mouchette. Séances suivies donc d’une discussion et d’un échange entre le public et Jean Douchet.

Neutralité et cadrage : le style Bressonien

Les rétrospectives, c’est l’occasion de découvrir ou redécouvrir sur grand écran des vieux classiques du cinéma, plus ou moins connu. Pour certains, c’est donc la découverte d’un style, d’une façon de réaliser encore jamais vu. Et c’est d’ailleurs le cas des critiques de l’Envolée Culturelle qui vont tenter de retranscrire cette découverte riche en émotions. Bresson donc, c’est avant tout un jeu d’acteur très particulier. Dans ses films, l’inexpressivité des visages et des corps des personnages frappe instantanément le spectateur. Peu importe le dialogue qui est en train de se jouer, qu’ils soit extrêmement dramatique ou non, le visage reste toujours de marbre. Le phrasé qui l’accompagne n’est guère plus expressif : le ton monocorde domine. S’il en déplaira à certains, ce travail de direction d’acteur séduira la plupart. Cette particularité si forte est éminemment originale et crée, de surcroît, une atmosphère dramatique. Mais Bresson, c’est aussi l’art de bien placer sa camera. Son choix n’est jamais anodin, et exprime l’intériorité des personnages et leurs parcours d’avantage que leurs propres visages. Après quelques explications de Jean Douchet, cela devient limpide.

Chez Bresson, les personnages sont déterminés, et ne dérogent jamais à leurs objectifs. Une fois sur leur chemin, ils poursuivent inlassablement leur routes vers leur apogée, bien souvent morbide. Ainsi, la camera est toujours centrée, et ne laisse rien percevoir du hors-champs et de ce qui se déroule à coté. Les travelling avant et arrière renforce d’avantage encore cette sensation. Mais l’autre chose qui marque également, c’est le voyeursime du réalisateur. A de nombreuses reprises, un des personnages est placé en retrait, et observe, espionne. Dans Procès de Jeanne d’arc, c’est par un trou dans le mur. Dans Mouchette, c’est derrière un buisson que l’homme observe un animal. Qu’il s’agisse d’un oiseau ou de la pauvre Jeanne d’Arc, le sentiment est lui toujours le même : un chasseur traquant sa proie, et attendant un geste, une action qui la mènera à sa perte.

Deux films, deux destins tragiques

Dans Procès de Jeanne d’Arc, c’est, comme son nom l’indique, au procès de Jeanne d’Arc auquel le spectateur assiste. Bresson a repris pour cela les notes des greffiers de l’époque, qui ont retranscrit les propos de Jeanne. S’il ne nous reste plus aucune trace physique d’elle, ses mots sont eux encore là, et Bresson leur redonne magistralement vie. Basé donc sur de véritables faits historiques, ce film arrive néanmoins à se détacher de cela. Le peu d’indications historiques pourraient en effet arriver à le placer dans un temps tout à fait contemporain. Les costumes des religieux, et celui très sobre de Jeanne pourrait tout à fait être de notre temps, le propos, également. Autre atout de ce film, le pathos en est totalement absent. La neutralité du jeu et l’absence de musique instaure un cadre froid, neutre. Un parti pris est difficilement inévitable, mais Procès de Jeanne d’Arc n’est en tout cas pas manichéen. L’aspect symbolique est également présent, même si là encore, rien n’est appuyé, mais plutôt suggérée.

De même dans Mouchette, sorti en 1967. Adapté d’un roman de Bernanos, le film échappe de nouveau au pathos, alors que son histoire est elle clairement dramatique. Mouchette raconte donc l’histoire d’une jeune fille issue d’une famille pauvre, et qui tente de vivre entre une mère malade et un père alcoolique. Comme l’a expliqué Jean Douchet, le personnage de Mouchette n’arrive pas à trouver sa place. L’histoire, tout comme la caméra, gravite autour d’elle dans une confusion permanente. Son drame est là, condamné à errer dans un fossé exclu de ses camarades de classes. La fluidité des plans, ainsi que leur fugacité montre bien cela. A chaque fin d’action, voir même avant, le plan change instantanément pour un autre. Sauf pour la fin, bouleversante. La dureté du rejet face à la pauvreté du milieu où évolue le personnage principal marque instantanément le spectateur. Comme le dit Jean Douchet, « c’est un film désespéré car il n y a pas d’espérance dans le personnage de Mouchette ». Ces deux films racontent donc l’histoire dramatique et folle de deux jeunes filles. Ces deux drames se déroulent dans l’intimité d’un milieu, entre un couvent et un village. Deux films sombres, qui laissent un goût d’amertume mais qui frappe inévitablement par leur esthétique.

Deux journées qui ont donc plongé les spectateurs dans le cinéma du début des années 60. Entre découverte, écoute et échange, le week-end à donc été un moment riche en savoirs et intense en émotions. Un grand merci à l’Institut Lumière et à Jean Douchet qui nous a éclairé avec joie de ces lumières.

Marie-Lou Monnot


Pour aller plus loin dans l’univers de Robert Bresson, nous vous invitons à découvrir notre critique sur Mouchette.

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