Un sublime misanthrope – Le misanthrope au théâtre des Barriques

Le Misanthrope présenté au théâtre des Barriques est un incontournable du festival Off d’Avignon cette année. Tous les jours, à 22h25, la Compagnie Raymond Acquaviva présente une adaptation drôle, vivante et intelligente de la pièce de Molière.

Le misanthrope atemporel

Alceste hait les flatteurs et les hypocrites, et se jure de toujours dire uniquement ce que qu’il pense. Paradoxalement, c’est de Célimène dont il est amoureux. La jeune femme, autour de laquelle se pressent les admirateurs, est une hypocrite. Raymond Acquaviva nous invite dans un décor des années soixante. Toutefois, on peut avoir l’impression d’être dans un entre-deux temps, et que le texte de Molière traverse les âges. Quoi qu’on garde certaines occurrences de vieux français, à la rime notamment, la combinaison rouge de Célimène est à la mode d’aujourd’hui, et les lettres sont remplacées par des téléphones portables. On en réfère même à l’antiquité, avec l’aigle doré posé sur le piano. L’idée avancée, c’est qu’il y a une vérité constante à la lâcheté des hommes, et qu’à tous les âges de l’humanité, l’homme s’est abaissé à la flagornerie. Cette mise en scène va donc plus loin dans la dénonciation de l’hypocrisie. Elle va également plus loin dans l’humour !

De l’humour à la pelle

Alceste est souvent drôle à ses dépens, mais quand on réfléchit sa volonté de mettre fin aux faux-semblants n’est pas amusante, mais terrible. En fait, la pièce de Molière est une comédie qui cache une tragédie. Et c’est pour rehausser les aspects les plus tragiques de cette pièce que Raymond Acquaviva insiste sur les côtés les plus ironiques du Misanthrope. Le metteur en scène ajoute de l’humour au texte original, en transformant Basque, le valet de Célimène, en un serviteur zélé devant sa maîtresse, mais feignant dans son dos. Il profite que les jeunes gens ne soient pas là pour piquer une tête dans la piscine, ou finir les verres d’alcool. Ce personnage, à qui l’on confère une importance qui n’est pas présente dans le texte de Molière, joue sur le comique de situation, et fait rire aux éclats bien des fois.

La pièce est redynamisée par ces marques d’humour contemporaines. Elle s’ouvre sur un dialogue entre Alceste qui se récrie sur la perfidie du monde, et son ami Philinte, qui s’amuse à jouer au piano pour répondre au mécontentement du misanthrope au cœur tendre.

Molière sublimé

Raymond Acquaviva, le metteur en scène, respecte totalement le texte de Molière, servi ici par une troupe d’acteurs talentueux, à la une diction parfaite. On ne saurait trop revenir sur la qualité de jeu vraiment exceptionnelle des comédiens qui participent à cette pièce. Tous crédibles, ils incarnent chacun(e) leurs personnages avec brio, leur ajoutant peut-être quelque chose qui n’était pas présent dans Le Misanthrope original. Éliante, par exemple, paraît effacée, droite et sincère, comme le texte et ses répliques le suggèrent, mais cette mise en scène la rend également fragile. Quant à Célimène, elle n’est pas présentée comme une mangeuse d’homme odieuse, mais seulement comme une coquette. Grâce à la direction donnée au jeu d’acteur, elle n’apparaît pas comme une femme dénuée de tous sentiments, mais comme une jeune folle à qui l’âge rendra peut-être la raison.

Le texte de Molière est mis en valeur par cette série de nouvelles interprétations. Le marquis, un des amants de Célimène, se pavane ainsi en maillot de bain devant son rival. Transposé dans un nouveau contexte, avec sa chemise ouverte sur son torse, apparaît comme un « beauf », ce qui est aussi intéressant qu’amusant.
L’action se déroule dans le patio d’une villa, soit un espace découvert clos, qui sert d’intermédiaire entre la maison et le jardin. C’est dans cette forme d’antichambre entre le dedans et le dehors, lieu symbolique puisque double qu’Alceste écume contre la duplicité de ses pairs.

Un spectacle dynamique, drôle, et interprété avec un talent incontestable. Une musique dynamique vient interrompre les différents actes, on ne s’embête pas un moment. Bravo ! Pas de faux-pas dans cette pièce qu’il faut absolument aller voir.

Adélaïde Dewavrin


Découvrez la critique d’une autre version du Misantrhope pendant le festival d’Avignon : Le Misanthrope (vs politique), la parenthèse était-elle nécessaire ?

2 pensées sur “Un sublime misanthrope – Le misanthrope au théâtre des Barriques

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