Je suis bien content au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand

Du 3 au 12 février 2017, la ville de Clermont-Ferrand se drape des couleurs du 7e art pour célébrer les courts-métrages. Le Festival International du Court-Métrage de Clermont réunit une programmation aussi riche que variée : trop de programmes pour tous les voir, trop de films par programme pour pouvoir s’ennuyer et trop de belles découvertes pour ne pas reconnaître que le court-métrage requiert autant de talents qu’un long-métrage. Pour ce premier article sur le festival, nous vous invitons à découvrir la première Carte Blanche de la société de production Je Suis Bien Content qu’il est encore possible de voir jeudi 9 février à 12h au Petit Vélo et le samedi 11 février à 20h à l’espace Georges Cochon.

Une narration incroyable

La force d’un court-métrage c’est de réussir à créer une dynamique narrative avec peu d’éléments et c’est exactement le cas avec les dessins animés qu’on nous propose.

Colocataires de Delphine Priet-Maheo repose sur un univers crayonné en noir et blanc tout en mouvement. Les traits associés à Camille évoluent constamment et bougent en permanence comme pour nous montrer que sa vie subit un bouleversement. Et quel bouleversement ! Alors que sa vie est réglée comme du papier à musique, un homme vit chez elle la journée, à son insu, tandis qu’elle travaille. Il nettoie son appartement, fait les courses… ce qui la rend folle et la pousse à sortir de sa routine.

Tiré de : Peripheria
Tiré de : Peripheria

Peripheria de David Coquart-Dassault nous plonge dans un univers apocalyptique. On voit un grand ensemble de banlieue vide, laissé à l’abandon dans lequel des chiens tentent de survivre. On ne comprend pas trop ce qu’il se passe, tout ce qu’on sait c’est que la dizaine de chiens pourrait refléter le comportement humain. On voit le marginal abandonné par les autres, on voit l’égoïsme du chien qui attaque un autre pour défendre son territoire, on voit la peur d’être seul… Dans ce monde sans humains, les chiens nous remplacent et subissent les lois de la société, mais alors pourquoi ? Qu’est-il arrivé ? D’où se relèvent ces chiens au début du film ? Les réponses à toutes ces questions nous laissent un goût amer à la fin du film.

Tiré de : Daphné

Daphné ou la belle plante n’est pas un dessin animé, c’est un documentaire qui compare une femme, Daphné, à une fleur qui éclot. On suit la vie de la nature qui bourgeonne, qui meurt, qui subit des déceptions, qui évolue au son de la voix de Daphné qui nous raconte sa vie de strip-teaseuse assumée. La fraicheur de cette histoire est déroutante et les animations de la nature sont d’un haut niveau et réussissent à mettre en avant la beauté de la nature et sa délicatesse.

Train de vie de Lisa Matuszak remporte l’adhésion du public avec son dessin simpliste et son histoire qui bouleverse le quotidien de trois personnes seules qui se retrouvent sur le quai d’un train dont le retard va les rapprocher. Leurs interactions et leurs décalages suscitent le rire et nous montrent les problèmes liés à l’isolement.

Tigres à la queue leu leu de Benoît Chieux est un dessin animé qui se déroule en Asie ou une mère s’indigne devant la paresse de son enfant qui ne travaille pas. Forcé de travailler il décide d’utiliser son intelligence pour éviter de fournir trop d’efforts. Si sa mère ne semble pas comprendre toutes ses actions (et nous non plus d’ailleurs), elles se révèlent particulièrement efficaces pour capturer des tigres et ainsi mener une vie de pacha sans travailler…

Vraie bouffée d’oxygène et d’humour, Un plan d’enfer, réalisé par Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol nous relate l’histoire de deux cambrioleurs à qui tout semble sourire. Pour couvrir le bruit de leur vol, ils ont attisé tous les chiens du quartier avec une meute de chats et leur entreprise semble fonctionner, mais la voix de Jean-François Derec pour incarner un des voleurs lui donne un air benêt, laissant poindre un problème dans ce plan si bien huilé…

Tiré de : Un Plan d'enfer
Tiré de : Un Plan d’enfer

Une audace visuelle

Trois courts de cette programmation font le pari de jouer sur la forme de leur film. Le plus classique est Un obus partout de Zaven Najjar qui montre un homme risquant sa vie pour retrouver celle qu’il aime. À Beyrouth en 1982, la guerre civile coupe le pays en deux, et Gabriel a la malchance de vivre de l’autre côté du pont où réside sa bien-aimée, le tout en étant surveillé par des francs-tireurs. Il profite donc d’un match de foot pour tenter de passer… L’arrière-plan est bleu et tout en couleur tandis que les personnages sont noirs si bien qu’on ne distingue plus leur peau de leurs vêtements, ce qui importe ici est ce que chacun d’entre eux incarne. Le noir ressort sur le fond coloré et créé une forme de distanciation. On se croirait dans un cartoon archiréaliste et inquiétant.

Tiré de : Un Obus Partout
Tiré de : Un Obus Partout

Plus ambitieux est le projet de Boris Labbé qui, avec Rhizome, envisage de montrer comment tout est lié. En reprenant le concept de Gilles Deleuze et Felix Guattari, cette animation expérimentale illustre la façon dont chaque petit élément, une fois qu’il interagit avec un autre peut subir une modification altérant son fonctionnement propre et son essence. Ici, on assiste à une prolifération d’éléments qui subissent en boucle des modifications qui finissent par donner naissance à une nouvelle forme… Si l’histoire de ce court n’est pas très intéressante, force est de constater que la démarche est originale et percutante !

Tiré de : Rizhome
Tiré de : Rizhome

Enfin, Benoît Guillaume et Barbara Malleville reprennent le poème d’Henri Michaux Encore des changements pour leur court-métrage éponyme qui utilise le collage animé pour représenter un homme qui perd la tête au sens propre comme au figuré… Les collages permettent de nombreux tours sur sa tête qui s’enfuit et nous offre une animation qu’on a peu l’occasion de voir, rendant hommage à l’art de Michaux qui réalisait des collages.

Ces dessins animés sont bluffants et méritent le détour, avec une mention spéciale pour Colocataires pour son coup de crayon et pour Un plan d’enfer à l’humour ravageur pour sa chute épique !

 

Jérémy Engler

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