Sympathie pour le diable 

La guerre laisse des traces. Ce sont celles qu’a subi le reporter Paul Marchand, et, à travers lui, tous les civils impliqués malgré eux dans 4 ans de siège à Sarajevo qui nous est conté dans Sympathie pour le diable, réalisé par le québécois Guillaume de Fontenay, sorti en salle le 27 Novembre 2019. (Image mise en avant : Sympathie pour le Diable © Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms)

 

Symapthie pour le Diable © Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms
Sympathie pour le Diable © Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms

 

Welcome to hell

Une toilette douloureuse, sans eau chaude, et, par-dessus cette image, une voix qui nous replace dans le contexte : Sarajevo, 1992. Le cadre est posé ; l’homme, la ville, la douleur. Cette voix, ce corps, ce sont ceux de Paul Marchand, reporter de guerre français, consultant à Sarajevo pour les médias francophones depuis bientôt un an. Sa vie là-bas, il la passe au volant de sa Ford Sierra estampillée « TV »pour réduire les risques d’un tir de sniper. Avec Vincent, photographe, ils parcourent une ville où la guerre est partout, et les balles omniprésentes. Le quotidien pour eux et les habitants de Sarajevo, le choc pour nous, qui plongeons dans cette guerre au loin, d’abord, dans un plan large étrange qui nous paraît être une photo jusqu’à ce qu’une explosion vienne faire bouger le centre d’un nuage de poussière. Puis soudainement, nous sommes plongés en plein milieu des corps et de l’horreur.

Pourtant, nous n’avons pas beaucoup d’informations avérées sur le conflit. Seulement quelques billets de Paul pour nous remettre dans le contexte, et le nom des lieux qui s’affichent en bas de l’image comme seul repère dans cette guerre dont nous sommes peu à avoir étudié en cours d’Histoire. Une frustration s’installe alors, celle de ne pas comprendre vraiment les enjeux, tellement habitués à une vision très manichéenne de la guerre, notamment au cinéma. Mais, à l’instar de son protagoniste principal, le film nuance, et pose davantage de question qu’il n’apporte de réponse. Et cette frustration, elle est au cœur du parcours de Paul et de ses collègues journalistes, qui couvrent le conflit -qui ne devait durer que quelques jours-depuis plus d’un an.

 

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Sympathie pour le Diable © Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms

 

Il faut le voir… 

 Paul Marchand s’est suicidé en 2009 alors que le film était en préparation. Il était, selon ses proches, véritablement dépendant au risque, à l’adrénaline. Une fureur que nous retrouvons parfaitement interprétée dans le film par Niels Schneider, mais qui vaudra à Paul de ne pas être apprécié par l’intégralité de ses confrères, ouvrant ainsi le débat de la déontologie journalistique. Que faut-il montrer, et jusqu’où faut-il aller ? La carte presse permet en effet aux journalistes de passer les barrages dans la ville sans trop de problème, comme des visiteurs extérieurs au conflit, mais à quel point sont-ils touchés par ce qu’ils voient et vivent ?

Le film, lui, fait le choix de ne pas épargner le spectateur, dans une esthétique qui reprend les codes du documentaire, voire du reportage de guerre : une image qui bouge, des zooms intempestifs. Pourtant, le point de vue nous garde dans la fiction, des couleurs légèrement fades au format d’image asphyxiant en passant par le son constant des tirs de balles qui participe d’un sentiment que le danger est partout. Un danger que les citoyen subissent continuellement, amené notamment par le personnage de Boba, jeune interprète qui travaille avec Marchand et l’emmène découvrir le quotidien des habitants de Sarajevo, pour qui la vie continue tant bien que mal. Des personnes âgées qui ne veulent pas quitter leurs foyers, et quelques jeunes, qui ne veulent pas perdre espoir.

Dans un très bel équilibre entre le réalisme des faits et la légère romance de la vie de Paul Marchand, Sympathie pour le diable est un hommage, à la fois aux civils qui ont vu leurs vies bouleversées par une guerre destructrice, et à un journaliste qui refusait l’indifférence générale.

 

Sympathie pour le diable de Guillaume de Fontenay, en salle depuis le 27 Novembre 2019. 

 

 

Ambre

Article rédigé par Ambre Bouillot

 

 

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