La Symphonie du Nouveau Monde de retour à l’Auditorium de Lyon !

Ce jeudi 20 et samedi 22 octobre 2016, l’Orchestre National de Lyon (ONL) présente au côté de la violoncelliste Anne Gastinel un programme toujours aussi contrasté sous la direction du très renommé Leonard Slatkin nous permettant de rencontrer Joseph Haydn, Antonín Dvořák et Henri Dutilleux le temps d’une soirée.

Le monde et ses multiples facettes sont le fil rouge de ces concerts.

À travers ce concert, nous découvrons ou retrouvons plusieurs sensibilités musicales propres à une époque socio-culturelle à travers des compositeurs comme Haydn (XVIIIè), Dvořák (XIXè) ou encore Dutilleux (XXè) mais également une vision à la fois chimérique et réfléchie d’un aspect de notre monde.

Haydn, de par sa Représentation du Chaos extraite de la Création, Hob XXI : 2, nous offre une vision puissante, et imposante de sa représentation. Utilisant certains procédés d’écriture musicale comme des chromatismes, une instrumentation éparpillée (et très originale pour l’époque) mais aussi un nouveau traitement des dissonances (avec des résolutions beaucoup plus tardives). Il y a, malgré tous ces éléments qui perturbent l’oreille du spectateur, une lumière qui surgit de l’œuvre pour apporter un soleil dans ce chaos. Haydn nous révèle ici un aspect important de l’Histoire de la Musique car cette musique témoigne de la transition entre les règles strictes de la musique classique, aux cadences marquées et à la tonalité omniprésente, et des libertés des compositeurs romantiques avec ici l’essai d’une extension de la tonalité et par ce fait de mettre en musique des émotions propres à l’homme. Ensuite dans la programmation du concert, nous découvrons l’œuvre d’Henry Dutilleux Tout un monde lointain, absent, presque défunt…qui nous immerge dans le monde de l’écrivain Charles Baudelaire. Après un entracte, la tant attendue neuvième symphonie de Dvořák commence avec son introduction, qui embarque le public instantanément. Composé de quatre mouvements, cette symphonie est un très bel exemple d’égalité entre traditions, métissages et innovation. La tradition relève du fait que le compositeur s’est fortement inspiré de plusieurs thèmes américains mais aussi indiens qu’il a su cité avec parcimonie pour en faire ce qui pourrait devenir le futur de la musique américaine. Les métissages semblent alors naturels, les thèmes basculant de la clarinette aux cordes, des cordes aux cuivres, des cors aux flûtes. Cette juxtaposition de thèmes fortement contrastés permet de mettre les timbres de l’orchestre en avant mais surtout de laisser briller les cuivres avec leur puissance et leur côté sombre. Par ailleurs, le son des cuivres de l’ONL est particulier, faisant notamment la renommée de l’auditorium pour leur extraordinaire qualité.

Anne Gastinel, un concerto composé pour un géant.

Tout un monde lointain, absent, presque défunt…d’Henry Dutilleux est, même si cela n’a jamais clairement était écrit sur ses partitions, un concerto pour violoncelle et orchestre. On ne peut qu’appuyer cette forme par le traitement réalisé entre l’orchestre et le violoncelle soliste. Il y a ces alternances soliste-orchestre tel un dialogue fort en contrastes. Cette œuvre, en cinq mouvements, se joue en une fois, contrairement à La symphonie du Nouveau monde où une pause est marquée entre chaque mouvement. Cette fluidité renforce le caractère fantastique de l’œuvre, le rendant encore plus proche de l’univers Baudelairien. On peut également parler de concerto pour une seconde raison : la virtuosité qu’il est nécessaire d’acquérir pour pouvoir tenter d’interpréter la partie soliste de violoncelle. Les techniques propres à l’instrument s’enchaînent, s’opposent, jouent avec les mains de Mme Gastinel. Et l’interprétation qu’elle nous propose n’est pas seulement intense car difficile mais également très puissante car c’est une musicienne qui intériorise beaucoup pour laisser la parole à son instrument. Contrairement à certains « supersolistes », cette violoncelliste fait peu de mouvements corporels d’expression, ses mains suffisent à elles seules.

De plus, elle a offert au public de l’auditorium une surprise pleine d’émotion : Élégie pour violoncelle et orchestre Op. 24 de Gabriel Fauré qui a su révéler une artiste qui pourrait emporter le monde avec elle. De plus, cette œuvre, est une des œuvres les plus belles de la musique savante européenne qui témoigne que la sensibilité musicale n’est pas unique, elle est un tout, tristesse et joie, paix et angoisse, sérénité et tempête.

L’Auditorium de Lyon est un lieu assez mystérieux même si paradoxalement il est très sobre et que rien n’est caché au public. Dans les concerts de musiques savantes, nous n’assistons pas à une exposition de techniques et à une lecture seule d’une œuvre. Le public est emporté par l’Orchestre de cette institution, par cette énergie maîtrisée par Leornard Slatkin. Ce grand chef sait exactement ce qu’il peut attendre des musiciens mais surtout il sait quel résultat il souhaite, quelles seront les émotions que le public ressentira. Avec cette programmation à la fois célébrissime et inconnue, c’est encore un pari gagnant pour l’auditorium qui a su mêler traditions, techniques et rêves d’enfants.

Camille Pialoux

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