Le tableau laconique et tragique d’une passion

Fabienne Swiatly, publiée aux éditions L’amourier, est une auteure à multiples facettes ; ses récits empruntent de nombreuses formes : du roman à l’essai en passant par la poésie et la nouvelle. Après avoir participé à plusieurs ouvrages collectifs et publié des essais, son roman Gagner sa vie, édité en 2006, est récompensé par le Prix Léo Ferré. Elle anime des ateliers d’écriture et participe au collectif remue.net.

La fin d’une passion

couverture fulgurance du gesteFabienne Swiatly nous invite dans l’histoire d’un homme ne se résignant pas à vivre sans « son amour » et d’une femme désirant vivre « un autre amour ». La passion s’étiole au fil des jours et arrive le moment fatidique où une décision s’impose mais un des deux personnages choisit une solution radicale. L’auteure prend sa plume et telle une calligraphie nous peint sur des pages blanches les actes d’une pièce de théâtre, ayant pour décor un appartement où se joue le drame de la passion qui se meurt : « un amour défait ». Une sorte de huit-clos où les deux protagonistes s’affrontent dans leur quotidien et le lecteur assiste, avec tous ses sens en éveil, à l’agonie de cette passion : nous les voyons, les entendons et les ressentons. Une émotion perceptible et palpable, écrite sous forme de petits moments instantanés, qui ne dépasse pas cinq phrases par page et au bas de chacune de ces dernières : une simple remarque est  notée. Ce qui nous suggère une hypothèse de taille : toutes ces notes en bas de pages,  mises bout à bout peuvent former un autre livre : « Tout cet amour dont on a besoin », « la nécessité des fictions », « le début d’une histoire », « l’exil au deuxième étage », « s’autoriser du bonheur »… En quelque sorte la progression de l’érosion du temps sur la passion et le point final, brutal, à celle-ci. Un chagrin d’amour est-il insurmontable ?

Fabienne Swiatly s’aventure sur les chemins de l’issue incertaine d’une passion et nous avons l’impression d’assister à un ballet où des danseurs et danseuses, avec leurs gestes poétiques, nous racontent une histoire dramatique. L’auteure par sa manière d’écrire nous fait penser à un écrivain d’un autre temps, du Moyen-âge peut-être… Et pourtant si contemporaine par les mots choisis ! Un mélange surprenant que nous ne voyons plus très souvent.

©editionsterrenoire
©editionsterrenoire

À la mémoire du geste

Revenons un peu sur ce style peu courant : au Moyen-âge « une geste » était un ensemble de poèmes épiques relatant les hauts faits de personnages historiques ou légendaires. La geste est employée comme un terme technique d’histoire littéraire et dans la création des faits et des mouvements du corps d’un être humain. Le terme « fulgurance » désigne une action, une conduite, un évènement très vif, inattendu et soudain. Compte tenu de ces éléments, l’auteure a particulièrement  bien choisi le titre de son récit La fulgurance du geste car il reflète parfaitement le propos de son livre. Autrefois les laconiens étaient réputés pour la concision de leur langage : Fabienne Swiatly doit faire partie de leurs descendants !

L’auteure par la « beauté de sa geste » nous enchante par son style lapidaire en parfait accord avec les événements relatés. Ils progressent pour brusquement, d’une manière très nette, basculer avec une extrême rapidité. En l’occurrence la fulgurance du geste suicidaire va mettre un terme à une rupture imminente : le survivant arrivera- t-il à surmonter la douleur ?

©remue.net
©remue.net

La question reste entière

Ce roman regorge de moments pris sur le vif, un arrêt sur l’image d’une vie où les pans de l’amour partent en lambeaux : « un premier décalage et l’endroit partagé impose deux façons de voir différentes », plus de colle pour recoller les morceaux… L’auteure termine chaque page par une sorte de pensée personnelle poétique résumant assez bien l’ambiance du propos des quelques phrases énoncées, avec des mots puissants et riches en émotion.

L’auteure nous interpelle avec son roman et pose une question : comment peut-on mourir d’un chagrin d’amour ? Elle nous ouvre des pistes à suivre comme : « l’épuisement d’un amour n’est pas la fin d’une existence » mais chaque être est différent devant l’adversité et ne dit-on pas « un seul être vous manque et tout est dépeuplé » ? Bien des philosophes se sont penchés sur la question et se penchent encore, alors qu’en est-il de nous, pauvres lecteurs ?

Une chose est sûre, Fabienne Swiatly est une auteure captivante, émouvante et son style est bien choisi pour un vaste sujet comme celui de l’amour et ses dérives. L’important n’est-il pas d’aimer tout simplement ? La vie a un début, un milieu et une fin et l’amour suit le même chemin… enfin, peut-être !

Françoise Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *