Quand Taïwan fait son cinéma au festival de Clermont

Image tirée du film Bloody Dairy
Image tirée du film Bloody Dairy

Le festival de court-métrage de Clermont-Ferrand qui se déroule du 3 au 11 février 2017 fait la part belle aux films internationaux et propose, en priorité aux professionnels de découvrir des courts-métrages représentant le pays. Une de ses séances était consacrée au cinéma taïwanais et à la société de production Kaohsiung qui nous faisait découvrir sept films dont un inclassable, Bloody Dairy de Min Liu qui propose une animation sur le quotidien du réalisateur. Inspiré de 100 jours de sa vie, il utilise les traits d’un dessin pour en faire un nouveau où l’un s’emboîte dans l’autre ou devient un autre. Toutefois l’une des spécificités de ce film est la présence récurrente des chats et du sang… un film particulier mais pas représentatif !

Un respect des traditions

Image tirée du film Burma Monk Life
Image tirée du film Burma Monk Life

À Taïwan, la tradition résiste même si elle se perd de plus en plus. Le film Burma Monk Life de Yong-Chao Lee est un film contemplatif proche du documentaire qui nous montre la vie de moines situés au nord de la Birmanie. Sans fioritures, on apprend leur vie et découvrons que certaines traditions sont encore tenaces. Et pourtant, le dessin animé Subsurface flow de De-Chuen Wu parle d’une époque qui disparaît peu à peu, celle où les jeunes respectaient le travail de la terre ou des bêtes des anciens. L’époque de la culture des champs et de l’élevage souffre aujourd’hui de l’industrialisation et c’est ce que raconte ce court-métrage où tout est dit en voix off… Le dessin fait penser à la technique de l’estampe et rappelle encore les traditions artistiques des pays asiatiques. Tout est fait sous la forme d’un hommage nostalgique…

Aux portes de la misère

Le film le plus noir de la sélection est probablement Sophia and Josh de Chieh Yang qui raconte l’histoire d’une jeune fille qui tente de se faire avorter avant d’aller travailler. Son frère l’emploie comme prostituée et n’éprouve aucune compassion pour sa sœur, tout ce qui l’intéresse est l’argent qu’il peut soutirer. La réalisation est somme toute assez traditionnelle et clairement c’est le sujet abordé qui porte le court.

Image tirée du film Sophia and Josh
Image tirée du film Sophia and Josh

L’autre court qui montre les problèmes de la jeunesse est Babes’ not alone de Yi-Shan Lee. Il s’agit de l’un des films les plus tristes et poignants de la sélection. Il raconte l’histoire de Liang dont ce sont les 18 ans aujourd’hui, sauf que personne ne s’en souvient, ni sa mère qui l’oblige à s’occuper du fils de son frère ni son petit copain qui ne comprend pas pour quelle occasion elle lui fait une telle fête… Éreintée par des contraintes familiales, elle est jugée et considérée comme une mère célibataire alors que l’enfant n’est pas le sien et ce dernier lui complique la vie. Mais elle est obligé de s’occuper du bébé qui n’a rien demandé et comme lui fait remarquer sa mère, elle lui doit le respect et ça passe par s’occuper du bébé à la place de son frère qui a quitté la maison et de sa mère trop occupée à batifoler et travailler. Se faisant, elle interdit à sa fille de travailler et elle n’a pas vraiment le choix, telle est la tragédie…

L’autre film émouvant est celui de J Huang qui raconte sa propre histoire dans You are my sunshine. Abandonné par son compagnon à la naissance de son fils, la mère de J est obligée de travailler et ne peut pas s’occuper de son fils en bas-âge. Elle demande alors à sa mère de s’occuper de lui mais la santé de sa mère déclinant, elle se retrouve obligée de s’occuper de son enfant mais la cohabitation se passe mal. L’un et l’autre sont des étrangers et n’arrivent pas à se comprendre, elle essaie de rattraper le temps perdu mais lui l’accable de reproches, réussiront-ils à se rapprocher ? Encore une fois, ce film montre les difficultés sociales que peuvent connaître les Taïwanais, mais le meilleur film de la sélection pour cela est 100th birthday wish de Chien-Hung Lien.

Image tirée du film You are my sunshine
Image tirée du film You are my sunshine

Aujourd’hui, une femme fête ses 100 ans, pour l’occasion toute sa famille est réunie et même la télé est là pour couvrir l’événement. Alors qu’ils donnent l’impression d’être une famille prévenante pour les biens du reportage, on se rend compte que cette famille délaisse complètement la grand-mère et que sans l’aide à domicile, elle aurait déjà mal tourné… Ils ne viennent pas la voir, refusent de rester chez elle à la fin de la soirée, bref, ceux qui s’intéressaient à elle sont morts et son seul vœu d’anniversaire est de le retrouver… mais c’est sans compter sur l’espièglerie de son aide à domicile qui fait tout pour la maintenir en vie car c’est probablement celle qui tient le plus à la grand-mère…

Image tirée du film 100th birthday wish
Image tirée du film 100th birthday wish

Si le traitement est différent, on se rend compte que le cinéma taïwanais essaie d’analyser les phénomènes de société et essaie d’être un témoin du temps qui passe et des évolutions des mentalités… Un cinéma à découvrir dès que possible !

 

Jérémy Engler

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