Tea-Time, l’origine d’une web-série !

Le 28 janvier 2016, la compagnie La 3ème Dimension et demi et Les Dragons gradés ont présenté leur web-série Tea-Time. À cette occasion, nous avions écrit une critique des deux premiers épisodes, et pour annoncer le 3ème épisode qui sortira le vendredi 19 février 2016, nous vous proposons de découvrir l’interview de Sandra Enz et Wenceslas Lifshutz, qui sont à l’origine du projet et qui reviennent pour vous sur la création de cette web-série.

Sandra Enz, Wenceslas Lifschutz, vous êtes à l’origine de ce projet, pouvez vous rapidement vous présenter ?
Sandra Enz : Je suis l’auteure de la série et coloriste des différents dessins qui ponctuent la série.
Wenceslas Lifschutz : Je suis réalisateur et couteau suisse à plein-temps. (rires)

Vous avez tous les deux plusieurs fonctions au sein de ce projet, comme vous le dites vous-même Wenceslas avec la métaphore du « couteau-suisse », était-ce une volonté de votre part de contrôler tout ce qui se passait sur la série ou était-ce parce que vous manquiez de moyens ou de personnels qualifiés ?
Wenceslas Lifschutz : En fait, il s’agit d’un projet entièrement bénévole, donc c’est naturel que les créateurs aient à endosser plus de fonctions que sur un projet professionnel. Donc il faut s’occuper de plein de choses, pas parce que les gens font mal leur boulot, mais parce qu’il y a plein de postes qui ne sont pas joyeux or il faut bien s’en charger. Et c’est ça le couteau-suisse, c’est de faire en sorte que tout marche.

D’où est venue cette idée de scénario policier en huis-clos avec cinq femmes qui commentent et commettent des meurtres ?
Sandra Enz : Le scénario vient de mon attrait pour les séries télés policières. C’est quelque chose que je regarde beaucoup et que j’adore. Puis je lisais une BD sur un thème similaire où il y avait des gentlemen qui se retrouvaient régulièrement pour parler de meurtres et je voulais pousser l’idée encore plus loin et je me suis dit que ça pourrait être plus drôle avec des femmes. Ce sont des femmes dans la société du début du XXe siècle qui se sentent réprimées et qui ne sont pas libres mais qui vont finalement commettre des crimes. Et j’ai développé ça sur plusieurs épisodes.

641e39017ddf226da6ec68021178d6N’était-ce pas difficile de chercher toutes ces idées de meurtres ?
Sandra Enz : Oui, forcément. Si si, ça a pris un certain temps, j’ai pourri mon historique Google. (rires) J’allais sur Google pour essayer de trouver différentes façons de tuer et différentes manières de résoudre un meurtre ou de dissimuler les preuves puisqu’il fallait réaliser le crime parfait.
Wenceslas Lifschutz : Puis, faire se dérouler l’action au XXe siècle permettait aussi de ne pas utiliser les polices scientifiques et donc de ne pas avoir les mêmes contraintes.
Sandra Enz : Oui parce que concrètement, tous les meurtres qu’elles ont commis, aujourd’hui, n’auraient jamais pu être des crimes parfaits.

Ce sont des meurtres créés de toutes pièces, ou certains sont inspirés de faits divers ?
Sandra Enz : Ça dépend. Le premier dont elle parle, par exemple, a vraiment eu lieu dans les circonstances qu’elles évoquent. Après, les meurtres réalisés par les personnages, sont, eux, créés de toutes pièces. Il y a un personnage pour un meurtre que j’ai réutilisé c’est celui de la cantatrice dans l’un des derniers épisodes…

Je crois que vous, Sandra, vous venez de la BD, pourquoi avoir voulu faire une série et pas une bande dessinée ?
Sandra Enz : Parce que j’avais un petit peu laissé de côté la période BD de ma carrière. Ça m’intéressait moins et pour raconter une histoire, je voulais utiliser un autre média, ça m’intéressait bien de passer de la BD au cinéma.

Pour vous Wenceslas, ça n’a pas été trop compliqué d’arriver sur un projet qui existait déjà ? Avez-vous eu votre mot à dire ?
Wenceslas Lifshutz : Oui tout à fait, j’ai eu mon mot à dire par rapport au scénario notamment. Toutes les idées de base sont de Sandra mais on a juste retouché ça un petit peu en faisant quelques rajustements au niveau des dialogues afin que ça puisse coller au format de la série. Il fallait par exemple que les personnages importants puissent parler au moment où il fallait.
Après il y a quelques éléments qu’on a gardés pour préparer une suite. La scène d’introduction par exemple, où on les voit toutes mortes, c’est une de mes idées car je trouvais que ça donnait un fil narratif supplémentaire. Dès le début, on se demande qui les a toutes tuées et on ne saura la réponse qu’à la fin de la saison. Ça fait un peu le même effet que dans Breaking Bad quand on voit la fin de la saison au début et où on essaie de comprendre comment on en est arrivé là. C’est d’ailleurs pour ça que c’était chouette à réaliser parce que réaliser un film sans pouvoir toucher au scénario, c’est compliqué et je pense que ce n’est même pas possible. Et moi qui ai l’habitude d’écrire pour mes courts-métrages, j’aurais eu énormément de mal à le réaliser si je n’avais pas pu y mettre ma patte.

Web-serie-Tea-Time

Pourquoi avoir intégré le dessin dans votre réalisation ?
Wenceslas Lifschutz : Initialement, c’est parce que Sandra nous a fait un scénario avec 20 lieux et on avait deux semaines pour tourner, donc pour moi c’était rude, je te le cache pas ! (rires) Mais en réalité, c’est une idée qu’on a eu en même temps pour régler ce problème de représentation des meurtres puisqu’on voulait garder ce huis-clos. Dès le début on voulait garder cette idée du flashback pour montrer ce qui s’était passé et donc on a eu cette idée de dessins afin de se faciliter la vie pour le tournage, même si en animation, on ne se l’est pas simplifiée mais en terme de tournage pur, c’était plus simple ainsi.
De plus, Sandra vient du domaine du dessin et ça paraissait logique de lier nos deux univers dans un projet commun. Puis ça rajoutait un enjeu de taille, tout en nous différenciant des autres séries, ça nous permettait de pouvoir montrer les crimes sans virer dans le gore ou le trop sanglant, sans que ça fasse cheap parce que pour réaliser un bon meurtre, il faut que ce soit réaliste ou alors il faut utiliser un autre médium et l’animation nous semblait parfaite pour ça. Finalement, ce qui était une contrainte financière est devenue un vrai choix artistique qu’on referait même avec plus de moyens.

Sandra, est-ce vous qui avez réalisé les dessins ?
Sandra Enz : Non, nous avons deux dessinateurs. Jonathan Noyau, un collègue de promo, a travaillé sur les quatre premiers épisodes et pour les quatre derniers épisodes, il s’agit d’un de mes anciens professeurs, Vincent Coperet. Pour le coup, j’ai vraiment recruté dans mon école. (rires) Moi j’ai rajouté deux-trois petits trucs et je me suis surtout chargée de la couleur sur tous les épisodes et c’est Jonathan Hernandez aka Bgood qui s’est chargé de l’animation.

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Tous les dessins ne sont pas animés, pourquoi ?
Wenceslas Lifshutz : En fait, en termes d’animation, on a pas mal galéré… C’est la partie où on a le plus expérimenté… Il se trouve que l’animation simple, la parallax, qui consiste à bouger la caméra en plusieurs plans me semblait le mieux pour rendre hommage aux dessins, et il aurait fallu plein de dessins pour faire une animation correcte. Donc on a fait quelques animations certes, avec une main qui se pose, un bras qui coupe mais jamais un corps entier. Car il était important pour nous d’avoir un petit peu de mouvement, donc c’est un choix artistique mais bien sûr que si on avait eu le budget, on aurait tout fait en animé.
Sandra Enz : On est plus dans le storyboard animé que le dessin animé pur. Après ça colle bien avec la façon dont les histoires sont racontées par les femmes car ça vient vraiment illustrer ce qu’elles disent et ce n’est pas une scène rajoutée. C’est quelque chose d’un petit peu à part.

Les actrices sont séparées en petits groupes, pourquoi ne les voit-on quasiment jamais ensemble à l’écran ?
Le-realisateur-Wenceslas-Lifschutz-100607_186x186Wenceslas Lifschutz : En terme de scénographie, c’était important car notre objectif était de faire un huis-clos avec du rythme et donc il fallait partir sur des plans différents du champ / contre-champ, qui nous aurait donné perdu d’avance. Du coup, on a utilisé cette pièce comme une actrice à part, si on peut dire, et pour se la représenter au mieux, il nous semblait important que certains personnages soient d’un certain côté et que d’autres soient au même endroit. Finalement on a trois femmes assises sur le canapé qui sont assez proches au niveau de leur comportement, qui s’entendent bien entre elles et qui n’ont rien à se reprocher entre elles. On a Suzanne qui est légèrement sur le côté car elle a un côté un petit peu solitaire, elle est un peu plus rude, un peu plus froide. Et de l’autre côté, un peu éloignée de la table, on a Hélène, la matriarche, la personne chez qui se déroule le « Tea Time » et qui préside cette assemblée. Le fait de ne pas les voir ensemble a donc un sens mais surtout si on doit les voir ensemble, il faut que ça ait un sens, comme c’est le cas avec le premier épisode. C’est un parti pris assumé de la réalisation de vouloir les séparer pour qu’après lorsqu’on les réunit, ça ait un sens.

Quel a été pour tous les deux le plus gros challenge sur le tournage ?
Wenceslas Lifshutz : La gestion du temps. Deux semaines pour tourner, c’est très court et donc si j’avais eu le temps, j’aurais aimé pouvoir changer quelques trucs, gérer mieux certaines choses… par exemple, j’aurais parlé plus aux comédiennes. Après j’avais aussi l’appréhension de devoir faire en sorte que tout le monde travaille en même temps et efficacement sans cette motivation que peut être l’argent. Pour moi, c’était un peu difficile de demander aux gens de se bouger ou de faire plus vite, de respecter un timing très serré alors que bon, ils font ça bénévolement et qu’ils n’ont aucune obligation. C’est un peu pénible comme rôle.
Tea-Time-la-web-série-la-Scenariste1-253349_186x186Sandra Enz : Sur le tournage en lui-même, j’ai eu beaucoup moins de responsabilités que Wenceslas. Là où ça été plus difficile pour moi, ça a été de gérer les accessoires et les décors, de faire en sorte que tout soit là à temps. On a vraiment chercher à faire en sorte que tous les objets, tous les décors soient réalistes et donc tout trouver dans les temps et tout amener sur le lieu de tournage pour que tout soit prêt pour le tournage, ça a été un vrai stress. Après sur le tournage en lui-même, moi je faisais surtout attention aux faux-raccords et comme c’était très centré sur les personnages, le moindre geste est important. Juste le fait de prendre une petite cuillère, ça prenait de l’importance car il fallait se rappeler à quel moment de la réplique, elle l’avait prise, comment elle l’avait prise pour que ça colle parfaitement. Et comme elles sont cinq, à la fin, il y a certaines scènes où je me suis arraché les cheveux.

Pourquoi avoir fait une web-série et pas un film ?
Sandra Enz : Parce qu’en terme de scénario, je l’ai très vite pensé comme une série, fait par petits épisodes. Pour moi, c’étaient vraiment des petites vignettes, des petits chapitres. Au départ, c’était écrit comme des parties. J’ai trouvé ça super intéressant d’écrire ainsi car ça permet de se focaliser sur chaque personnage, sur chaque petite intrigue, tout en ayant en tête l’intrigue complète sur les huit épisodes. C’est un type d’écriture qui est super intéressant et que moi j’adore regarder, et à faire c’est vraiment grisant.
Wenceslas Lifschutz : Précédemment, j’ai fait un court-métrage et là, j’avais envie d’essayer une autre réalisation. La série est hyper intéressante en terme de réalisation car il fallait gérer chaque structure et rythme d’épisodes, chaque fin d’épisode et y intégrer un cliffhanger.

Tout à l’heure, une de vos réponses laissait sous-entendre qu’une suite était possible ?
Wenceslas Lifschutz : Tout à fait. On aimerait bien faire une saison 2. Après ça dépendra du succès de la première et des financements qu’on pourrait avoir car on a eu la chance de mobiliser une super équipe de bénévoles mais à un moment donné, il faut aussi que le travail soit récompensé et rétribué.

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Pour l’écriture de cette suite, comment ça s’est passé ? Comment s’est passée votre collaboration ? De la même manière que pour la première ou l’écriture s’est passée conjointement du début à la fin ?
Wenceslas Lifshutz : La deuxième saison, je l’ai écrite entièrement. Il reste quelques retouches à faire mais elle est terminée.
Sandra Enz : En fait, c’est un peu comme si on avait inversé les rôles. La première saison, c’est moi qui l’ait écrite et Wenceslas a fait les retouches et là ça va être carrément l’inverse puisque c’est lui qui l’a écrite et moi qui vais apporter quelques retouches. Je pense que si on peut mener le projet à bout, ça sera intéressant.
Wenceslas Lifshutz : Et elle va s’occuper de la réalisation. (rires)

Selon vous, qu’est-ce que vous vous êtes apportés l’un l’autre ?
Sandra Enz : De mon côté, j’ai pu débarquer dans le milieu du cinéma sans avoir aucune connaissance grâce à Wenceslas qui m’a tout expliqué et m’a donné toutes les clés en m’expliquant pourquoi ça il fallait le faire comme ça, etc. Vraiment il m’a expliqué de A à Z comment monter un film alors que je n’en avais aucune idée et surtout il m’a appris une super rigueur dans le travail que je n’ai pas forcément naturellement.
Wenceslas Lifschutz : Ben le scénario déjà ! (rires). Sandra tu parlais de ce que je t’avais apporté dans le cinéma mais je peux dire pareil pour le dessin et l’animation. Donc on s’est beaucoup apporté mutuellement en terme d’équipe grâce au mélange de nos connaissances…

Propos recueillis par Jérémy Engler

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