Téhéran hors du rang

Ramita Navai est une journaliste iranienne de 43 ans qui a été documentariste et correspondante du Times de Londres à Téhéran. Née en Iran, mais élevée en Grande-Bretagne, elle a travaillé dans la capitale iranienne entre 2003 et 2013. Son livre, qu’elle qualifie elle-même de « récit de non-fiction » est un portrait de Téhéran et des Téhéranais d’aujourd’hui. Publié sous le titre original City of Lies: Love, Sex, Death and the Search for Truth in Tehran, il décrit la vie sous la société iranienne à travers huit témoignages romancés de Téhéranais.

Un roman-témoignage aux voix multiples

RamitaNavaiÀ travers huit histoires aux protagonistes aussi divers qu’attachants, Ramita Navai nous fait découvrir toutes les facettes de Téhéran : la répression, les interdits religieux, les mariages arrangés, les trafiques de drogue, « sheesheh » et de sexe, mais également les cérémonies religieuses, la chaleur et la solidarité de ses habitants, et leurs petits arrangements avec la vérité. Dariush, terroriste repenti, nous raconte son enrôlement au sein de l’OMPI, l’Organisation des Moudjahiddines du Peuple iranien, tandis que Morteeza, jeune homosexuel, témoigne de ses années au sein des bassidjis, milice civile à la réputation cruelle. Mais il y a aussi Somayeh, jeune lycéenne pieuse et intelligente qui, à l’instar de beaucoup de jeunes Iraniennes, se retrouve embarquée dans un mariage qui se révèle être un fiasco, la laissant seule et sans ressource. Car l’État iranien n’est pas particulièrement tendre avec les femmes, comme en témoigne le récit de Leyla, belle femme ayant osé divorcer et qui se retrouve sans le sou, contrainte de se prostituer. Celle-ci finit par percer dans l’industrie du porno, nous révélant par là le fonctionnement pervers d’un système prohibant toute sexualité pour mieux cacher une vie sexuelle débridée, où religieux se rendent en Thaïlande pour bénéficier du tourisme sexuel.

La Cité du Mensonge

Prenant comme ligne conductrice Vali Asr, la longue avenue qui va du nord riche de la ville au sud pauvre, Ramita Navai raconte Téhéran à travers le témoignage de huit personnages. Huit personnages habitués à vivre sous une dictature religieuse où le pouvoir politique et religieux ne font qu’un et interfèrent dans les sphères les plus intimes de la vie. Ils vivent et s’arrangent comme ils peuvent, certains parviennent même à prospérer. Mais tous mentent, d’où le titre du livre : Vivre et mentir à Téhéran : « Quiconque veut vivre à Téhéran est obligé de mentir. La morale n’entre pas en ligne de compte : mentir à Téhéran est une question de survie. » Chaque récit est unique et prenant, construit comme une nouvelle, fort en tension et avec une chute souvent bouleversante. Pourtant l’auteure ne verse jamais dans le pathos, et nous offre des témoignages intrigants, à la lisère de la fiction, avant de nous expliquer en fin d’ouvrage la façon dont elle a travaillé et réunit des informations.  Avec cet exercice de journalisme d’un genre nouveau, Ramita Navai dresse un portrait d’un Iran cosmopolite, tiraillé entre tradition et modernité.

Héloïse Geandel

Une pensée sur “Téhéran hors du rang

  • 16 février 2016 à 22 h 05 min
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    Cet article donne envie de découvrir à travers le roman de Ramita Navai la vie quotidienne à Téhéran. Je ferai un parallèle avec le film réalisé en 2015 par Jafar Panahi « Taxi Téhéran ». Ce film permet de sillonner les rues animées de Téhéran et de découvrir le quotidien de certains de ses habitants.

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