The Kingfestival à Velikiy Novgorod – Russie

Du 12 au 16 avril 2019, se déroulait la 8ème édition du Kingfestival à Velikiy Novgorod en Russie. Invité à participer à un laboratoire de jeunes critiques international grâce à Scènes d’Enfance – ASSITEJ – France, ce festival théâtral dédié au jeune public était l’occasion de découvrir de belles propositions venues de toute l’Europe.

Pour découvrir les critiques de certaines pièces, cliquez sur les spectacles avec un lien.

Une programmation éclectique

Trois spectacles de danse contemporaine étaient programmés cette année, Closeenough ! about trust and the joy of play de la compagnie suédoise Zebradans qui reste très superficiel bien qu’interactif, New sites du Théâtre de Bielefeld en Allemagne où la narration se perd un peu dans la danse et L’IniZio de la compagnie française Chriki’Z, qui a remporté le prix « Other View » pour les émotions qu’il a su faire ressentir au jury en mélangeant hip-hop et danse contemporaine sur des musiques aussi variées qu’inattendue en passant d’Arvo Pärt à un Misere.

L’IniZio © Compagnie Chriki’Z

On retrouve également deux spectacles de marionnettes, Pinocchio’s zoo des italiens du Drammatico vegetale / Ravenna Teatro, qui apporte une poésie rafraichissante et qui interroge sur le bestiaire des animaux de Pinocchio. Gloden Horse du Théâtre de Marionnettes letton de Riga, dont la surabondance de personnages mécaniques devient un problème car on ne suit plus vraiment l’histoire ; du théâtre d’objets tels que La balle rouge et Ma biche et mon lapin des compagnies françaises la Compagnie La balle rouge et le Collectif Aïe Aïe Aïe et une forme hybride, The birds du Theatre Academic de Saint-Petersburg nommé après Lensovet, trop hybride pour s’y retrouver.
À ces formes particulières, s’ajoutent le seul en scène excellent d’Esther de Koning, Ping, tout comme celui d’Olga Pashayeva dans When she was a little boy de The Meyerhold Theatre Centre de Moscou dont la magie et candeur ont su émouvoir le public.
Les 3 spectacles de clown que sont Swan lake du Théâtre pour enfants « Mali » de Novgorod, dont la force comique nous fait redécouvrir ce classique de Tchaïcovsky, Hamlet du Piip et Tuut Theatre de Tallin en Estonie, qui, malgré des personnages intéressants n’arrivent pas à conserver une structure rigoureuse qui font qu’on s’y perd et que c’est long… 3 heures de spectacle pour ne voir Hamlet que 45 minutes tout au plus… Solo for two du Theatergruppen Batida de Copenhague était lui d’un tout autre niveau, d’une maitrise et d’une finesse admirables !
À ces spectacles s’ajoutent des pièces de théâtre tels que Son the Bear du State National Theatre of the Republic of Karelia sur des contes traditionnels, Kaschtanka du Theater Mummpitz de Nuremberg qui mêle musique et cirque avec grâce, mais dont le surtitrage russe ne m’a pas aidé à comprendre l’allemand du texte… donc difficile d’en parler…
Et enfin, I am Basho de l’Upsala Circus de Saint-Petersbourg qui intégrait des enfants autistes dans son spectacle en les faisant devenir des enfants apprenant la poésie en même temps que la vie aux côtés de Basho. Comme vous le voyez, ces propositions sont très diverses et témoignent de la grande diversité du théâtre jeune public avec une mention spéciale pour le Focus français qui présentait trois excellents spectacles que je vous invite à découvrir s’ils passent près de chez vous !

Le laboratoire de jeunes critiques international

Alexey Goncharenko, critique reconnu et spécialiste du théâtre de marionnettes, est un coordinateur du laboratoire qui ne parle que très peu avec ses jeunes critiques, hormis pour les ateliers. Évidemment, pendant les ateliers, il considérait nos points de vue, s’agissant d’un débat ouvert mais ce fut tout et encore nous n’avons eu que deux ateliers. C’est dommage qu’en tant que coordinateur, il n’est joué qu’un rôle de médiateur de débat et non de véritable mentor, animant un vrai laboratoire de réflexions, car nous aurions eu tous à y gagner.
Les temps de discussion autour des pièces n’ont malheureusement pas eu lieu pendant un atelier mais à la volée à la fin des spectacles à un ou deux et non lors de véritables tables rondes sinon lors de la délibération pour attribuer le prix « Other view » des jeunes critiques. L’esprit d’équipe n’a commencé à prendre réellement que les deux derniers jours, et encore, surtout le dernier où Oliver a eu cette phrase pleine de sens pendant qu’on débriefait le festival autour d’une bière : « On aurait dû faire ça tous les soirs ».  Finalement nos interactions en tant que laboratoire consistait à publier nos avis sur une page Facebook dédiée. Lire les articles des autres était évidemment intéressant mais rien ne remplace un véritable dialogue et une confrontation de points de vue, notamment sur la perception de certaines formes artistiques plus ou moins courantes dans nos pays respectifs. Le dernier jour étant moins chargé en termes de programmation, nous avons pu échanger sur les spectacles et c’était vraiment intéressant ! Dommage qu’on n’ait pas été poussé à le faire plus tôt. Toutefois, l’expérience était géniale et je recommande à tout jeune critique de participer à ce festival !

Un festival humain basé sur le partage et le vivre ensemble

Tous les intervenants, bénévoles et artistes sont toujours ensemble. On a tous un programme personnalisé mais on se déplace tous ensemble dans le même bus et en même temps d’un lieu à un autre, tout le monde dort au même hôtel, mange au même endroit le midi et le soir. Nulle question de privilège, une star est considérée comme les autres et personne ne snobe personne, c’est ainsi que j’ai facilement pu discuter avec la directrice du théâtre de Bielefeld, la directrice d’un festival autrichien, le responsable d’un festival espagnol, la responsable de l’Institut culturel italien, et nombre d’artistes. La diversité des rencontres était d’une grande richesse ! J’ai pu vivre une expérience extraordinaire en discutant théâtre et politique théâtrale avec des personnes d’horizons très divers, qui vivent dans des pays où les problématiques du théâtre ne sont pas si éloignées des nôtres et en même temps très différentes.

Ce festival fut une expérience incroyable donc si vous passez par la Russie en avril, n’hésitez pas à vous arrêter à Velikiy Novgorod, ça vaut le détour !

Jérémy Engler

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