The Roots au Théâtre Théo Argence : Rencontre avec soi, rencontre avec le Hip-Hop

 

Le vendredi 6 novembre se dansait au Théâtre Théo Argence de Saint-Priest The Roots, spectacle Hip-Hop de la compagnie Accrorap, dirigé par Kader Attou, ancien San-Priods.  Entre la danse de rue, la danse contemporaine et les acrobaties, retour sur une œuvre qui nous a bluffé sur le plan technique, et presque emporté sur le plan dramaturgique….

Danse et encore de la danse

©Joao Garcia
©Joao Garcia

Voilà déjà quelques années que la présence du hip-hop sur les scènes de théâtre ne trouble plus personne. Autrefois attribué à la rue, ce style est devenu un véritable art et est parvenu à s’émanciper, pour mieux revenir parfois à de la danse contemporaine. Si cette dernière est présente dans The Roots, il faut bien avouer que l’ensemble se centre plutôt sur tous les styles et sous-styles du Hip-Hop, avec toutefois une parenthèse importante avec les acrobaties. Et pour un spectacle qui prétend revenir aux origines de cette danse, le pari est plutôt réussi. Chaque style nous est montré, étudié, les corps des danseurs n’ont cessés de nous surprendre. Chaque technique est réalisée à la perfection par les danseurs. Ceux-ci sont par ailleurs particulièrement excellent… Les douze membres de la troupe ont chacun une spécialité, un petit truc à eux, mais cela ne les empêchent pas pour autant d’exceller dans les autres domaines aussi. Au final, les moments solos fonctionnent tout autant que les moments collectifs, toujours en laissant place, et c’est ça qui est beau, à la personnalité des danseurs.  L’ensemble de la chorégraphie est de surcroit réalisé dans un constant dynamisme qui jamais ne s’amenuise, et le spectateur n’a alors qu’une envie, monter sur scène, et danser avec ces hommes. Sur le plan purement chorégraphique, les déplacements des danseurs, et leurs dispositions dans l’espace ne manquent jamais d’efficacité. Sans arrêt, les groupes se font et se défont, pour passer tantôt d’un trio à un solo, à un autre trio ou encore à un chœur, ensemble de tous les danseurs. La scène sur les percutions par exemple est rythmiquement parfaite. Un petit bémol néanmoins quand même pour la scène finale. La musique douce et mélancolique, du groupe Bonobo, associé à des mouvements réalisés tous en chœur chez les danseurs donne une scène quelques peu déjà vu… L’ensemble est certes très efficace, mais manque hélas d’un peu d’originalité, pourtant présente à d’autres moments du spectacle.

Dramaturgie où es-tu ?

©Julien Chauvet
©Julien Chauvet

Si la danse est en effet impeccablement réalisée par de très bons techniciens, la construction du spectacle, sa dramaturgie, laisse parfois à désirer. Sur le plan scénographique dans un premier temps.  On retrouve sur scène des meubles de salon, à l’aspect de cartons, qui sont pour certains, à moitié enfoncés dans le sol, dont un fauteuil, élément majeur de ce décor. Au sol et sur le mur du fond, on retrouve sur un fond beige, des traces noires sans formes précises. Si l’ensemble n’est en effet pas désagréable visuellement parlant, on peine à comprendre son sens, et on se penchera plutôt du côté des costumes, plus compréhensible, chemises et pantalon dans des teintes de gris et de bleu. Puis au niveau de l’histoire non plus, les choses ne sont pas forcément évidentes. Au début du spectacle, une trame semble se dessiner. Un homme seul qui décide d’aller voir ce qui se passe ailleurs, et il réalise alors qu’il n’est pas le seul à avoir ce sentiment. Chaque danseur devient alors à son tour cette homme solitaire, qui va à la rencontre des autres, de l’art par la danse, et donc de la vie. Si cette histoire, qu’il s’agisse d’ailleurs d’une interprétation personnelle ou de la réalité, tient son fil une bonne partie du spectacle, il faut bien avouer qu’il lui arrive de le perdre. Il faut préciser que le spectacle dure une heure trente, ce qui est plutôt long pour une création chorégraphique, qui tourne en générale plutôt autour d’une heure. La présence de la petite fille durant quelques minutes sur scène est d’ailleurs également un moment d’incompréhension totale, même si l’effet comique est plutôt efficace. En somme, si Kader Attou avait mieux agencé quelques parties de sa création, en ne gardant que ce qui correspondait à la trame, son spectacle aurait été parfait, aussi bien sur le plan chorégraphique, ce qu’il est déjà, que sur le plan dramaturgique.

The Roots reste donc un très bon spectacle de hip-hop, qui ne cesse de nous surprendre et de nous faire bouger sur nos sièges, mais également de nous faire sourire et parfois rire. Dommage que l’histoire amorcée ne soit pas toujours aussi présente et qu’à certains moments, la performance semble avoir plus d’importance que la cohérence globale. Un petit bémol donc mais qui n’empêche en rien de passer un agréable moment d’autant plus quand on sait que Kader Attou revenait sur la scène où il avait fait ses premiers pas de danseurs…

Marie-Lou Monnot

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