Un thriller social déroutant – Nature morte dans un fossé au collège de la Salle

Au Collège de la Salle, tous les jours à 22h15, allez découvrir Nature Morte dans un fossé. Ce texte de Fausto Paravidino est un thriller italien décoiffant. Dans cette mise en scène de Toni Cafiero, les protagonistes de l’enquête policière seront tous interprétés par le même comédien, Grégory Nardella, qu’on ne saurait trop saluer pour son jeu d’acteur vraiment exceptionnel.

Un thriller déroutant

© Marc Ginot
© Marc Ginot

Une jeune femme est découverte morte dans un fossé, à quatre heures du matin. L’inspecteur est bientôt sur place, et tente de découvrir les responsables de cette attaque atroce. En effet, il semble que la jeune adulte de 22 ans ait été battue à mort. L’enquête nous mène au cœur d’un réseau de drogue dont les membres semblent plus abjects les uns que les autres, mais aussi terriblement humains. Entre rires et dégoût pour ce monde dans lequel rien n’est beau, le travail de détective se poursuit jusqu’au bout de la pièce, jusqu’au bout de l’horreur.

Un seul comédien sur scène incarne tour à tour les six personnages les plus importants de cette enquête policière : l’inspecteur, l’homme qui a découvert le corps, la mère de la morte, le petit ami de la victime, un dealer et une prostituée. Ce dédoublement de la personnalité qu’est obligé d’effectuer le très talentueux Grégory Nardella rappelle la schizophrénie du monde dans lequel nous vivons, et l’angoisse que cela peut provoquer. Mais cela nous invite aussi à réfléchir à ce qui nous rassemble, et ce en quoi nous nous ressemblons : nous sommes finalement tous des visages de ces personnages. De plus, la formule du seul-en-scène symbolise aussi la solitude de chacun de ses personnages, et donc notre propre solitude au monde.

Dans le décor aussi, tout rappelle le crime. Côté cour, une énorme horloge rappelle l’heure approximative du décès, vers une heure et demie, et semble enjoindre l’inspecteur Salti à trouver son assassin, le plus vite possible. Sur une longue table, au fond de la scène, sont rangés proprement tous les déguisements qui vont servir aux métamorphoses successives de Grégory Nardella, comme autant de pièces à conviction.

Du théâtre social

En plus d’une enquête, le spectateur peut parfois avoir l’impression d’assister à un jugement sur la nature de l’homme. La pièce s’érige en critique de notre monde contemporain, mais n’est pas alourdie par une approche moralisatrice de la société. Les vicissitudes de l’être humain sont présentées. Même l’inspecteur Salti, qui aurait pu être érigé en héros de cette pièce, par son comportement illégal, et surtout à cause de sa violence, s’aliène – un peu – l’amitié du spectateur. Ses relations avec le dealer, qui pourraient être considérées comme de la corruption, rappellent les problèmes que rencontre la police italienne avec la mafia, même aujourd’hui. L’inspecteur Salti reste néanmoins un personnage très sympathique.

Une des figures les plus émouvantes de cette pièce, est sans doute celle la prostituée. Elle explique qu’elle était professeure de musique, mais qu’elle a dû quitter son pays natal parce qu’elle ne pouvait plus enseigner. Les passeurs la tiennent en esclavage, puisqu’elle n’a pas de papiers, et l’obligent à se prostituer jusqu’à ce qu’elle leur paye l’intégralité de son voyage. Son récit est incroyablement bouleversant…

Un des éléments les plus intéressants de la mise en scène est sans doute la reprise de différents tableaux de Munch, qui s’affichent sur un écran qui surplombe la scène. Ces peintures changent et reviennent, quelquefois. Elles semblent raconter l’histoire, elles l’illustrent, et ajoutent un côté poétique à cette pièce. À l’instar des différents personnages, elles ont une identité propre qui sert à construire la trame narrative. Mais ces images sont aussi altérées, par exemple l’image de la jeune morte (Madonna) est projetée en kaléidoscope, tant et si bien qu’on voit apparaître à travers ces images qui se recoupent, une bouche qui s’ouvre et qui rappelle le tableau sans doute le plus connu de Munch, Le Cri.

Nature Morte dans un fossé reste donc un thriller amusant et entraînant. Mais avec la délicatesse de la mise en scène de Toni Cafiero, un côté poétique transparaît, sans entamer les aspects plus satiriques de l’œuvre de Paravidino. À voir !

 

Adélaïde Dewavrin

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