Triptyque, trois stéréotypes vus sous un angle original et intrigant

Pour la vingtième édition du festival Coups de Théâtre, organisé par le service culturel du 26 au 29 avril 2016, l’Université Lyon 2 accueille trois troupes d’étudiants à l’amphithéâtre culturel sur le campus de Bron. Ce mercredi 27 avril, on a donc découvert la pièce Triptyque écrite par  Thaïs Beauchard de Luc présentée par la compagnie Mosor.

Cette pièce nous emmène à la rencontre de différents personnages interprétés par Marceau Levin, Jean Malik Amara, Kilian Chabert, Lucie Ruda, Mona Schueur-Rothan, Léna Genin, Julien Grangé, Claire Badi Ouahoua et Agathe Voute. Elle a été mise en scène par Cloé Girbal.

Un triptyque aux tableaux inégaux

vignette-cdtwebComme le titre de la pièce l’indique, le spectateur est face à trois histoires, trois femmes au cœur de la scène. Trois stéréotypes différents, celui de la femme disparue, de la mère despotique et celui de la mère follement apeurée pour son bébé.

La pièce débute donc avec la rencontre d’une femme. Elle danse sur un titre de la chanteuse Camille et évolue, telle une transe. Celle-ci prend fin lors du premier dialogue d’un homme, Bush, qui semble enfin sortir d’une sorte de léthargie sous-entendue par ses mots croisés. On suit donc brièvement Bush, et ses quelques rencontres : celle d’un inconnu qui ne passera pas du côté jardin de la scène. Ensuite on aperçoit une jeune femme qui, munie de son saladier de fraise, essaie, en vain, d’entrer dans la vie du protagoniste. Il se sent obligé de cacher toute preuve de son passage avant « l’Heure ». On découvre un couple, exubérant, rappelant les bonnes fées et acolytes de nos contes pour enfants. On comprend bien le sens de cette histoire. Bush, veuf, ne se remet donc pas de la mort de sa femme. Malgré tout, il manquait sûrement un élément narratif ou textuel dans l’histoire pour accrocher son public ; il semble être le plus faible des trois.

Le rideau se ferme, puis s’ouvre sur un second tableau ou le protagoniste, Dar, un homme de main. Un  fils qui obéit au doigt et à l’œil à sa mère. Celle-ci lui a d’ailleurs donné une mission : sortir les poubelles. Mais quelle poubelle choisir ? Ces sacs semblent être très très lourds. Vient ensuite un coureur anglais venu faire sa petite course hebdomadaire. Celui-ci souhaitant aider Dar et ses détritus, le spectateur et l’anglais découvrent avec humour ou stupeur le contenu des sacs : des corps découpés ! Se déroule ensuite un quiproquo en faveur de Dar et sa mère qui enverront le coureur anglais en prison. Cette histoire est probablement la plus accessible du triptyque, associant habilement humour, gangster et despotisme.

La troisième histoire est, pour le spectateur, la plus compliquée à aborder simplement. Elle se découpe en trois temps, une salle d’attente de médecin, mettant en avant le rythme effréné des consultations, l’aspect patient-maladie et non patient-personne. On voit donc arriver sur scène une femme, nommée Césarine, qui semble être exclue du monde qui l’entoure, comme dans une bulle. Cette bulle est d’autant plus marquée qu’elle ne semble pas évoluer dans le même espace que les autres protagonistes sur scène. La deuxième partie prend place sur un bord de plage, où Césarine arrive avec un sceau plein d’eau salée. Elle se fait intercepter par un exécrable policier qui lui annonce l’interdiction de pouvoir prendre de l’eau de mer. S’en suit une troisième partie, qui n’est plus jouée sur la scène, mais projetée en arrière-plan, laissant les trois femmes de cette histoire prendre place une dernière fois, ensemble. Cet extrait filmé montre une jeune femme tenant « son bébé » dans ses bras, et lui donner un bain dans la mer. Ce tableau peut laisser perplexe, car on a une sensation de manque à la fermeture des rideaux, comme s’il manquait un élément narratif-textuel ou une fin.

Une scénographie minutieuse et poétique

triptyque-coups-de-theatreswebLes points très positifs de cette pièce relèvent des décors, de la mise en scène et du jeu des acteurs.  Les décors sont très équilibrés, jouant sur les couleurs, sur les éclairages, sur les tons chaud-froid, renforcés par la farine sur le sol. Les costumes sont sobres, mais assortis, et renforcent les contrastes entre chaque tableau. On a donc par exemple un fort contraste au niveau des costumes des trois femmes de la pièce, une robe fleurie pour la première, renforçant son teint blafard, une silhouette vêtue d’une robe noire pour la mère de Dar, amplifiant l’idée d’une méchante Reine de contes et Césarine, qui a un côté très candide avec une robe bleue toute simple. La scénographie est également très soignée, donnant une bonne rythmique à la pièce, créant une atmosphère propre à chaque tableau dans laquelle le spectateur peut s’immerger dès le lever de rideau.

Les acteurs ont réussi à interpréter plusieurs personnages très contrastés, par exemple Dar est joué par l’horrible policier, mais le spectateur ne les associe pas directement. Il en est de même pour Bush qui incarne aussi le coureur anglais.

Pour conclure, cette pièce peut laisser le spectateur perplexe, car si on peut en ressortir avec une sensation de manque, on ne peut qu’être conquis par la forme de la pièce, par le jeu des acteurs, les décors et le travail fourni par la troupe.

Camille Pialoux 

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