Quand une troupe vous manque, tout est dépeuplé

Pendant le festival Off d’Avignon, le théâtre de l’Observance accueillait la création Roméo moins Juliette du 7 au 30 juillet 2016. Cette pièce de William Shakespeare et Olivier Maille a été mise en scène par ce dernier qui a fait appel à Florent Chesné pour incarner un Roméo bien esseulé sur scène.

Une idée originale

Jouer Roméo et Juliette tout seul, voilà qui n’est pas banal. C’est pourtant ce qui arrive à ce pauvre metteur en scène qui a perdu sa troupe. Victime d’un accident de la route, et pour la plupart étant entre la vie et la mort, sa troupe ne peut le rejoindre sur scène. Après le célèbre « être ou ne pas être », voici « le jouer la pièce ou ne pas la jouer ? »

Si Olivier Maille insiste pour dire que cette pièce a été co-écrite avec Shakespeare, c’est parce qu’elle nous raconte deux histoires. On a d’un côté l’histoire de Roméo et Juliette et de l’autre celle du metteur en scène abandonné, les deux cohabitent et s’inspirent l’une de l’autre pour créer un spectacle original où le texte shakespearien est tantôt mis en avant et joué tantôt il est simplement résumé car trop difficile à mettre en scène seul…

États d’âmes à la chaîne

images (5)En venant voir ce spectacle, on s’attend à voir un comédien user de tous les stratagèmes possibles pour mettre en scène ce solo shakespearien. Seulement, le début du spectacle est déroutant et trop long car il faut bien pas loin d’une dizaine de minutes pour enfin entendre les premiers mots de Shakespeare. Les hésitations répétées sur le fait de jouer ou non la pièce, l’entrée en scène plusieurs fois ratée sont de trop. Si le comique de répétition peut être efficace, au bout d’un moment, il risque de perdre le public qui est quand même venu voir Roméo et Juliette en une heure et pas 10 minutes d’hésitations. Si on comprend la volonté d’Olivier Maille de créer une histoire distincte, cela nuit quelque peu au rythme de la pièce. Toutefois cette histoire permet de s’attacher un peu plus à ce personnage et de comprendre le lien qu’il entretient avec ses camarades et notamment Caroline qui devait jouer Juliette et qui est aussi sa partenaire dans la vie. En jouant Roméo, il transfère son amour sur celui de Roméo pour Juliette, ce qui rend la scène du balcon, même sans Juliette et sans balcon, assez touchante. Mais cette tirade aurait probablement été aussi forte sans ce lien. Bien que cela puisse être important de donner plus de matière émotionnelle à un acteur censé jouer un texte, la très bonne performance de Florent Chesné aurait suffi à donner corps au personnage sans rajouter toute cette histoire d’amour. Ça ajoute du pathétique à une pièce qui n’en a pas besoin.

Mais humour bien dosé

Florent Chesné excelle tant dans le rôle de l’emprunté que de l’amoureux ou du metteur en scène frustré. Il incarne à merveille chaque facette de la personnalité de ce personnage, c’est pourquoi toute l’histoire secondaire n’était peut-être pas nécessaire. Les scènes émouvantes même jouées en solo restent efficaces et touchantes. Lorsque le texte de Shakespeare est dit, c’est toujours avec respect, l’humour intervenant avant ou à la fin de la tirade pour rendre hommage à la pièce originale.

Le comédien ne cesse de parler de la façon dont il voyait la mise en scène, grandiose, sublime, faste, etc. et le contraste avec la façon dont il la joue et sa déception avant de la monter donne une légèreté au texte et font sourire. Ici, le comique de répétition de situation fonctionne parfaitement. Le jeu avec la régisseuse qui n’a pas les musiques du spectacle et essaie de créer des ambiances musicales et visuelles est très drôle. Elle n’a jamais la bonne musique, créant des situations décalées et drôles. La force du spectacle repose sur la faculté du comédien à nous faire passer son atterrement devant ce qu’il fait. Comme lorsqu’il se bat et qu’il fait les deux combattants ou qu’il utilise un balai pour représenter Juliette.

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L’idée originale est bien menée par le comédien qui réussit à nous faire rire et nous émouvoir en interprétant le texte de Shakespeare. En revanche le texte et la mise en scène gagneraient à être épurés de quelques parties sur la vie du comédien et son rapport à la troupe, mais c’est prévu… À découvrir lors des prochaines représentations !

Jérémy Engler

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