Truckstop, un texte émouvant pour un théâtre à l’arrêt !

Un spectacle présenté lors de la programmation jeunesse du festival In d’Avignon 2016, nouvelle création d’Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Étienne, Truckstop, est joué actuellement du 8 au 10 mars au TNG !

Adolescents, attention au drame !

Cette pièce pour jeune public, écrite par l’auteure néerlandaise Lot Vekemans, parle d’émancipation et s’adresse donc plutôt à un public de lycéens. La pièce s’ouvre sur deux monologues adressés au public et finissent par se rejoindre naturellement avant l’entrée en scène du troisième personnage de la pièce, preuve de l’écriture fine de l’auteure. Une fois chaque personnage introduit, Lot Vekemans brise ce début d’histoire d’amour en nous projetant quelques jours plus tard avec les trois mêmes personnages commentant leurs morts… L’idylle prend fin avant même d’avoir commencé. Construite comme une suite de flashbacks expliquant l’évolution des personnages, cette pièce nous fait comprendre comment l’évolution des personnages a pu engendrer une telle tragédie. Le texte passe sans transition mais avec une grande efficacité, et sans que cela gêne la compréhension, des scènes où les personnages sont en vie aux scènes où les personnages sont morts. De plus, au sein de ces scènes, l’auteure alterne entre dialogues entre les personnages et monologues face au public. Comme les personnages sont morts, on entre dans leurs souvenirs et leur conscience, de fait, cela leur donne la possibilité de commenter ce qui se déroule sous nos yeux. La plupart des commentaires ne portent pas de jugement sur ce qui vient de se passer mais sert plutôt à justifier leurs actions. Conscients des conséquences de leurs actes, les personnages semblent vouloir se dédouaner de leurs erreurs.

truckstopQuelles fautes ont-ils commises ?

Ana est gérante d’un « Truckstop », un restaurant de bord d’autoroute qui privilégie une clientèle de routiers, Kataljine est sa fille et petit à petit, on découvre qu’elle est victime de troubles de la concentration, l’empêchant de vivre seule. Ces deux femmes vivent heureuses ensemble, la mère gérant intégralement la vie de sa fille et l’autre n’ayant pas conscience d’être exploitée. Seulement Remco, un routier, arrive là-dessus et met à mal ce duo en charmant malgré lui Kataljine. Les deux amants, fous d’amour, se mettent à faire des projets un peu fou au grand dam de la mère qui sent que Remco n’est pas fiable et que sa fille pourrait lui échapper.

Kataljine n’a pas conscience de ses problèmes mentaux et sa mère la surprotège pour la prémunir. Son seul souhait est de sauver sa fille mais comme dans toute tragédie, plus on veut protéger quelqu’un en le privant de ce qu’il souhaite et plus son désir s’intensifiera. Elle rêve de liberté et veut partir avec Remco qui l’a séduite grâce au récit de ses aventures, le plus souvent inventées. Sans le savoir, par ses récits et son amour, Remco a déréglé la routine si importante de Kataljine, lui provoquant des crises d’angoisse et une envie de braver l’interdit, naïve comme elle est. De tous, elle est la seule à ne pas sembler avoir de regrets, elle est morte certes mais ne regrette pas ses actes car elle n’a pas conscience de ce qu’elle fait. Son seul regret c’est d’avoir briser la lampe que lui avait offerte son amoureux pour ses dix-huit ans.

Remco, lui, regrette d’avoir insufflé ce désir d’aventures dans l’esprit de celle qu’il aime. Il voulait certes partir avec elle mais ne s’était pas rendu compte à quel point Kataljine était fragile et difficile à gérer. En voulant la protéger d’une mère dictatrice et en voulant lui montrer la vraie vie, la vie d’aventuriers, il l’a précipitée vers la mort.

Quant à Ana, elle regrette d’avoir voulu contrôler sa fille, sans lui expliquer clairement son problème. Elle sent qu’elle aurait dû mieux sensibiliser sa fille plutôt que de lui rentrer dedans et de chercher à tout prix à lui faire renoncer à son rêve de voyage. Bien que voulant tous deux le meilleur pour celle qu’ils chérissent, ils sont animés par un sentiment égoïste. Lui veut qu’elle le suive pour vivre sa liberté avec sa douce et la mère veut qu’elle reste à vie au Truckstop pour s’en occuper avec elle. Grâce à leurs commentaires, on sent que tous deux regrettent leurs actes mais il est trop tard…

© Christophe Reynaud de Lage
© Christophe Reynaud de Lage

Un huis clos un peu long mais sobre et efficace

Comme la pièce et le décor sont construits comme un huis clos,  seul l’éclairage nous informe des transitions entre le temps de l’au-delà et le temps des vivants. Vu qu’il n’y a pas de changements de décor, les transitions sont rapides et le rythme reste dynamique mais malheureusement, certains monologues souffrent de quelques longueurs. L’an passé, j’avais vu une lecture théâtralisée de la pièce et je n’avais pas senti ces longueurs, probablement que j’étais plus indulgent, s’agissant de lectures, toutefois, la mise en scène aurait peut-être gagné à faire plus se déplacer les comédiens lors des monologues afin de les rendre plus dynamiques.

Pour revenir sur l’excellente utilisation des lumières, lorsqu’ils sont sur la route, à la fin de la pièce, la lumière les éclaire en contre-plongée pour créer leurs ombres sur le mur du fond. Pour signifier le fait qu’ils sont sur la route, des flashs de lumière jaunes sont projetés sur eux par moment pour montrer les voitures qu’ils croisent.

La mise en scène repose beaucoup sur un dispositif lumineux assez simple et sobre mais efficace, qui permet de se concentrer sur l’écoute du texte.

Jérémy Engler

 

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