Udo perdu dans le Bac à Traille mais retrouvé à la Renaissance !

Du 25 au 27 octobre 2016 à 16h, la salle du Bac à Traille du Théâtre de la Renaissance accueille La Cordonnerie qui nous avait enchanté l’an dernier avec le spectacle Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin qui s’intéressait à l’histoire de la belle-mère de l’héroïne du conte, Élisabeth. Cette fois-ci, la compagnie aborde le conte de Blanche-Neige à travers l’histoire du père la jeune fille, Udo. Udo complètement à l’Est propose de s’intéresser aux raisons de l’absence du père de Blanche.

« Tout le monde se fout complètement du père. »

© Sébastien Jaudon
© Sébastien Jaudon

Udo mais qui est-il ? et que fait-il à l’Est ?

Il est vrai que de peu de versions du conte s’intéressent au père de Blanche-Neige qui n’est souvent mentionné qu’au début de l’histoire par le mot « roi » sans même utiliser son nom comme nous le rappelle le conteur de cette histoire, interprété par Mathieu Ogier. C’est la deuxième fois qu’est abordée la question du père de Blanche dans une de ses adaptations. La fois précédente, c’était dans Blanche-Neige de Tarsem Singh sorti en 2012 avec Julia Roberts et Sean Bean, dans le rôle du père. Dans cette version, le roi n’a pas de nom et est chassé du pouvoir en devenant le dragon domestique de la reine avant d’être sauvé par sa fille. Ici, aussi le père est sauvé par sa fille mais il n’est pas un animal. Samuel Hercule et Métilde Weyergrans réécrivent le conte non pas pour nous raconter une histoire comme le fait le film mais pour l’ancrer dans notre réalité, le rendre moderne et aborder le thème d’une famille détruite par l’amnésie. Pas de merveilleux dans cette pièce, le père ne devient pas un dragon mais est un simple trapéziste qui, suite à un accident, a perdu la mémoire et son identité avec.

La pièce s’ouvre sur le récit du conte traditionnel par un conteur aidé d’un livre en 3D puis une fois le livre refermé, le conteur nous révèle son identité, Udo, trapéziste, marié à Élisabeth – qui est le nom de la belle-mère dans Blanche-Neige et la chute du mur de Berlin – et père de Blanche, dont la mère est morte très peu de temps après l’accouchement. Il nous explique qu’il en a marre d’être l’oublié de ce conte et qu’il va nous raconter sa version des faits. Il décrit comment un voyage de six mois se transforme en cauchemar pour sa fille et pour lui. Son voyage il le fait en Russie, à l’Est de la France, où il vivait. Cette destination, ajoutée à la perte de sa mémoire, explique le titre qui parodie l’expression « complètement à l’ouest » qui caractérise quelqu’un de fou, en dehors de la réalité comme l’est cet amnésique et en même temps nous évoque sa position géographique. C’est avec poésie et subtilité que nous est contée l’aventure de ce trapéziste.

© Samuel Hercule
© Samuel Hercule

Udo, le père retrouvé

Si l’histoire n’a rien d’incroyable, elle a le mérite de ramener le conte à des considérations beaucoup plus modernes comme en témoigne la définition du royaume qu’est donnée par le roi. Pour lui, le royaume c’est le lieu où il vit en compagnie de sa famille, en l’occurrence une barre d’immeuble à l’orée d’un bois. Fini le merveilleux château, fini le faste, dans cette version, la famille de Blanche-Neige est une famille simple victime d’un drame, mis en musique par Quentin Ogier aux percussions. Si Mathieu Ogier a composé la musique, Quentin est son complice aux percussions à l’arrière de la scène. Il crée un univers musical qui accompagne notre voyage dans la mémoire d’Udo. Tantôt triste, tantôt mélancolique, tantôt guillerette, la musique navigue au gré des émotions d’Udo et des éléments de sa vie. Elle berce l’histoire, lui offre un contexte et devient rapidement indissociable du récit. Elle le suit en URSS, raconte sa vie de cirque, sa mélancolie à l’idée d’être éloigné de sa famille, sa vie de circassien, sa chute, son coma, son réveil, sa nouvelle vie de vendeur de « Pomidor » et ses retrouvailles particulières avec sa fille. Non présente sur scène, son visage est projeté sur le torse du père et on assiste au dialogue qui lui permet de recouvrer la mémoire. Le fait qu’elle soit projetée sur son torse et qu’elle l’aide à se souvenir de son passé montre assez subtilement et avec poésie qu’elle a toujours été en lui, qu’elle n’a jamais quitté son cœur et même s’il ne se souvient pas de tout, il se rappelle de son rire et c’est elle qui sera la clé de sa mémoire et de son cœur brisé.

Les bruitages réalisés par les comédiens rythment l’histoire illustrée par des vidéos, notamment pour simuler un train. Le talent de conteur de Mathieu Ogier nous emporte dans le monde du cirque grâce au chapiteau miniature qui prend forme petit à petit. En détournant les différents objets du quotidien, la compagnie parvient à nous émerveiller et à nous faire voyager. Au final, c’est peut-être là que réside le merveilleux d’un conte, dans sa capacité à nous faire vivre, avec élégance, subtilité et poésie, la vie tragique d’un personnage en stimulant notre imagination avec le strict minimum.

Udo complètement à l’est n’est pas l’histoire de Blanche-Neige revisitée, elle est celle de l’oublié qui a tout oublié, mais s’il a tout oublié, comment peut-il nous raconter cette histoire ? La réponse se trouve dans le spectacle…

Jérémy Engler

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