Un chemin de sable blanc : voyage désorientant aux Ateliers

Dans le cadre de l’année France-Corée, la région lyonnaise programme des spectacles autour de la culture coréenne. On avait donc l’occasion d’assister vendredi 6 novembre à Un chemin de sable blanc au TNG – Les Ateliers, un spectacle mêlant pansori (opéra coréen), vidéo et électronique, un voyage de sons et d’images. C’est aussi une rencontre entre Cho Joo-Seon, chanteuse de pansori et Françoise Rivalland, percussionniste, mise en scène par Marie-Hélène Bernard et avec les vidéos de Robert Cahen.

Un voyage spirituel à la croisée des arts

© Michel Cavalca
© Michel Cavalca

On est tout de suite plongé dans un spectacle qui fait office de rencontre, entre traditions et modernité : l’opéra traditionnel coréen qu’est le pansori se mêle à des instruments iraniens (santour et zarb) et la mise en scène du pansori, qui normalement ne se fait qu’avec un éventail et des habits, devient un échange entre la chanteuse et la musicienne, avec en plus les vidéos qui passent derrière. Leur échange fait se rencontrer aussi la poésie coréenne à la langue française, ce qui est assez audacieux dans un espace traditionnel. Un mélange audacieux, mais qui rend un peu perplexe : toutes ces rencontres ne nous donnent pas vraiment de point d’attache, ce qui fait que lorsqu’on ne connaît pas le pansori, on est emmené dans un voyage qui nous donne beaucoup trop de choses à assimiler. Cependant, on apprécie la solennité du pansori. Les vidéos derrière ne correspondent parfois pas aux émotions que provoquent le chant incroyable de Cho Joo-Seon mais elles permettent de bien comprendre l’intention de voyage.

Le voyage se fait également par les phases que traverse la chanteuse : on passe de la douleur à la légèreté, de la prison à la nature. C’est là que la vidéo est un dispositif intelligent, on peut avoir la traduction des chants et donc mieux adhérer aux émotions qu’on nous présente sur scène. On peut alors apprécier la poésie des chants qui résonnent donc mieux avec le travail poétique de Robert Cahen. Le dispositif vidéo est en effet là pour intensifier l’idée de voyage. D’une manière onirique, on le comprend lorsqu’il entre en résonance avec le chant, même si à certains moments, on perd le lien entre les deux. Il vient plutôt embrouiller les sens que les emballer.

Une structure peu identifiable

Le spectacle s’articule surtout autour du pansori qui balaie plusieurs thèmes, dans cette idée de cheminement. On passe alors d’un chant sur la nuit à une composition sur un rituel chamanique ou encore à un poème de courtisane. Mêler ces différentes facettes de la Corée est très intéressant mais c’est là que le papier explicatif devient indispensable : on a du mal à identifier nous-mêmes le passage d’une phase à l’autre, non pas émotionnellement mais thématiquement. On ressent les différentes émotions à travers le chant mais il est dur de savoir d’où cela vient et pourquoi on en arrive à entendre tel poème. C’est dommage car, sur le papier, tout semble être construit avec finesse. Mais une fois le spectacle se déroulant devant nous, ce n’est pas possible de discerner chaque visage de la culture coréenne. Bien sûr nous ne sommes pas dans une trame narrative, plutôt dans un voyage, mais le train ne prend pas vraiment le temps de s’arrêter pour permettre au spectateur d’identifier ce qu’il se passe devant lui. C’est alors que l’on se dit qu’il vaut mieux connaître cet opéra et cette culture pour pouvoir apprécier le voyage, ce qui est vraiment dommage car le voyage devrait emporter tout le monde.

© Michel Cavalca
© Michel Cavalca

Les seules indications qui nous sont données pendant le spectacle sont les sous-titres intégrés dans l’œuvre du vidéaste, ce qui permet de créer du lien entre le pansori et la vidéo. On peut alors cerner la thématique abordée et ne pas rester totalement perdu devant cet art magistral qu’est le pansori, qui sonne merveilleusement à nos oreilles mais qu’on ne peut pas savourer dans sa totalité. On ressent bien évidemment des émotions sans comprendre les paroles, le but n’étant pas d’avoir un savoir encyclopédique sur la culture coréenne pour apprécier ce chant.  Mais ce qu’on regrette c’est de ne pas pouvoir suivre le chemin de la meilleure façon. On passe d’émotions en émotions grâce à l’interprétation musicale de haute qualité mais cette sensibilité brute est ternie par notre besoin de coordonner ce qui se passe devant nos yeux, de créer du sens entre le chant, la musique et la vidéo. On est parfois trop concentré pour essayer de comprendre la phase que veut représenter l’union des trois arts.

L’intention de créer un spectacle qui serait un voyage est très intéressante, surtout quand elle lie plusieurs arts. Mais l’on part du coup dans un voyage qui nous fait perdre tout repère. Ce n’est une mauvaise chose en soi, mais c’est regrettable quand on ressort en ayant l’impression d’avoir loupé une partie de la poésie du spectacle. Le voyage continuera avec un concert « Pansori, Gagok & KEAMS » au Musée des Confluences le 12 et 19 novembre ainsi qu’avec une Nuit de la Corée le 20 novembre, un projet « Passerelles » de Grame, le centre national de création musicale et du CNSMD de Lyon.

Solène Lacroix

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