Un face à face entre une fillette et un soldat sur fond de drame psychologique

Jason Hewitt est né à Oxford. Avant de devenir comédien, il était libraire et vit actuellement à Wimbledon. Le silence des bombes est son premier roman.

La construction d’un duo des plus inattendus

Nous sommes en Juillet 1940 et Lydia, âgée de onze ans, débarque à la gare avec pour seul bagage une grosse valise et un masque à gaz en bandoulière. Après un exil, imposé par sa mère, au Pays de Galles, elle décide de s’enfuir ne supportant plus l’incompréhension persistante entre elle et cette terre d’asile. Elle est enfin de retour sur sa terre natale et heureuse de pouvoir retrouver les siens. Mais au fur et à mesure de l’avancé de ses pas, elle se rend compte du vide angoissant qui l’entoure. Personne ne semble vivre encore dans son village, les rues sont désertes, les magasins fermés… elle se souvient des histoires de bombes détruisant toute vie sur son passage et la peur l’envahit : il faut mettre son masque à gaz ! Elle l’ajuste sur son visage et poursuit son chemin en direction de sa maison de Greyfriars. Des souvenirs l’assaillent et du même coup elle augmente la cadence de ses pas, elle désire tellement revoir sa famille… sa mère se repoudrant le nez, assise devant son miroir, combien de fois l’avait-elle vu faire et même entendu le dire ?
BOMBESAprès avoir traversé un village totalement désert, croisé en homme en voiture voulant absolument l’emmener et la mettant en garde des dangers encourus, elle distingue au bout du chemin sa maison toujours aussi imposante mais surtout encore là. Elle coure vers cette porte pour enfin pouvoir se blottir dans les bras de sa mère.
Telle une tornade elle rentre dans la maison, passant de pièce en pièce en appelant les siens mais personne ne lui répond. Elle ne comprend pas pourquoi la maison est vide et elle se demande ou ils ont pu aller et comment les retrouver. Elle se croit seule mais un soldat est en train de l’observer. Il est là dans l’ombre mais plus pour longtemps.
Lydia est encore bien jeune et sa naïveté est encore intacte. Le soldat Heiden a vécu d’autres choses, des drames lui ôtant toute naïveté. Pourtant, lui aussi rêvait de paix et baignait dans une certaine insouciance à l’époque où la guerre n’était pas encore de rigueur. Il pensait vivre paisiblement auprès de sa fiancée. Mais le destin a plus d’un tour dans son sac et lui avait réservé une épreuve des plus difficiles. À cette époque l’Allemagne lui semblait invincible et il était devenu soldat par patriotisme, aujourd’hui ses idées sont embrumées et il est en proie à des souvenirs bien sombres. Il avait été formé pour être un caméléon pouvant prendre n’importe quelle apparence et identité. Il excellait dans ce domaine, c’est d’ailleurs ce qui l’avait conduit jusqu’à cette imposante demeure. Avec l’arrivée de cette fillette, Lydia, ses plans allaient être remis en cause, il ne pouvait plus la laisser partir, elle devait absolument rester avec lui. Lydia, au détour d’une pièce du rez-de-chaussée, tombe sur Heiden et cherche à s’enfuir mais ce dernier la ceinture et lui intime l’ordre de ne plus bouger ; le soldat a gagné la première bataille sur la fillette.
L’auteur commence son histoire par le retour de Lydia, fillette insouciante, symbolisant l’innocence et heureuse de pouvoir retrouver les siens. On ressent très vite que le monde de l’enfance va basculer à cause d’un événement lié à sa maison. La rencontre avec le soldat, en opposition avec l’innocence, marque un tournant déterminant dans la suite de l’histoire. Jason Hewitt amène de façon très subtile son duo vers un huis-clos déjà pressenti comme surprenant.

Une cohabitation pesante puis émouvante

Au début Lydia est apeuré pourtant il émerge du soldat un petit quelque chose de familier : Des gestes, une façon de se tenir, de parler… Pour pouvoir tenir, des souvenirs heureux vont resurgir de sa mémoire comme ses frères, sa mère, son père, tout son petit monde auquel elle se raccroche pour ne pas sombrer. Une bonne partie de ses nuits sont peuplées d’une vie heureuse avant que la guerre n’éclate et qu’elle soit obligée de quitter les siens. Elle pense que ce qui lui arrive en ce moment est une punition divine pour avoir quitté le Pays de Galles seule en laissant là-bas son compatriote partie avec elle. Elle va épier ce soldat dont elle ne comprend pas la présence dans sa maison. Dans le même temps, Heiden, continue à surveiller la fillette tout en poursuivant progressivement ses plans en contrôlant ses cartes, en y annotant des indications, vérifiant son stock de papiers d’identité, de cartes de travail… le caméléon est là bien en place. Ses nuits sont courtes mais remplies de cauchemars, toutes ces personnes tuées pour survivre et puis celui qu’il a laissé partir. Il se souvient de cet homme, cette ressemblance troublante avec lui, leurs conversations puis au moment de le supprimer une petite voix l’avait fait changer d’avis. Il l’avait forcé à s’enfuir pourtant sa survie semblait compromise mais il avait tenu à lui laisser une chance de s’en tirer. Cet homme lui parlait de sa vie, de sa famille, de sa maison, Heiden ne ressentait plus d’animosité à son égard. Le caméléon amorçait le virage du chemin des regrets.

© Tom Sanslaville
© Tom Sanslaville

Lydia ne sait pas si elle doit lui faire confiance mais au fil des jours l’atmosphère pesante va laisser place à une véritable cohabitation et la fillette va peu à peu tisser un étrange lien avec son présumé « geôlier ». Un fil conducteur qu’Heiden tirera vers lui afin de préserver la vie de Lydia. Elle finira par apprendre le rôle joué par Heiden dans la vie de son père et pourquoi depuis le début elle avait cette impression familière en la présence du soldat.
Jason Hewitt nous transmet cette ambiance pesante, parfois oppressante, au début de la captivité de la fillette. On ressent le côté sombre du soldat sans percevoir le but final de celui-ci. Puis peu à peu, Heiden au contact de Lydia commence à s’humaniser pour laisser la place à des regrets le mettant dans une position de pardon. Le chemin de la rédemption est proche. L’auteur nous oppose l’innocence et sa perte par la voix d’Heiden expliquant à Lydia que la vie n’est pas le monde qu’elle a connu. Il est temps pour elle de grandir et d’affronter la noirceur de l’âme. Même si beaucoup d’ouvrages ont été écrits sur le sujet, il n’en reste pas moins que le roman de Jason Hewitt est superbement bien écrit, l’histoire tient le lecteur en haleine sur le dénouement final en nous arrachant un soupir de soulagement. À travers ce livre, on peut une fois de plus dénoncer les ravages occasionnés par la guerre sur l’homme. Si seulement l’être humain pouvait juste essayer de ne pas reproduire perpétuellement ce même constat…

L’auteur nous démontre l’émotion qui finit par submerger le soldat Heiden ainsi que celle de Lydia à la fin du roman ; un combat entre la vie et la mort. La vie est un bien précieux, un diamant brut qui se taille au fil des jours mais il arrive parfois que le combat semble perdu d’avance lorsque l’écrin n’est pas à la bonne taille. L’auteur taille les facettes de ces personnages au fil des pages de son roman avec un réel bonheur pour le lecteur.

Françoise Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *