Un hommage quelque peu insolite au cœur du Metro Parisien

Pour de nombreux voyageurs descendant du train ou du TGV à la gare de Montparnasse, le couloir entre la partie SNCF et la station de Métro Montparnasse-Bienvenue est fameux pour sa longueur qui justifie la présence d’un tapis mécanique pour écourter le temps de marche. A l’occasion du centenaire de la Grande Guerre (1914-1918), la RATP nous invite à nous arrêter sur ce tapis pour contempler la fresque monumentale de l’artiste Joe Sacco qui s’intitule La fresque Bataille de la Somme 1916. Il s’agit en réalité d’un extrait agrandi de l’ouvrage dessiné par Joe Sacco La Grande Guerre : Le premier jour de la bataille de la Somme reconstitué heure par heure aux éditions Futuropolis. La fresque est présentée sur les 132 mètres du couloir.

La Fresque de la Bataille de la Somme par Joe Sacco

Né à Malte en 1960, Joe Sacco a grandi en Australie, et vit actuellement à Portland, dans l’Oregon. Son premier livre, Palestine, a remporté l’American Book Award. Goražde a été élue meilleure bande dessinée de l’année par Time Magazine. Gaza 1956 a reçu le Ridenhour Book Prize et a été finaliste pour un prix littéraire décerné par le Los Angeles Times. En France, le livre a reçu le Prix Regard sur le monde à Angoulême en 2011 et le Prix France Info ainsi que le titre de meilleure bande dessinée en 2011 pour le magazine Lire. Jours de destruction, Jours de révolte, coécrit avec le journaliste Chris Hedges, a figuré parmi les best-sellers dans le classement du New York Times. Récipiendaire de la Bourse Guggenheim, Joe Sacco a fait partie des finalistes pour l’Amnesty Media Award. Des extraits de son œuvre, traduite en quatorze langues, ont été publiés dans le Time Magazine, le New York Times Magazine, le Granta, le Guardian, la Virginia Quarterly Review, Harper’s et pour la France dans Libération et XXI.
Marqué par la Première Guerre mondiale depuis son enfance, Joe Sacco a initié son projet en novembre 2011 en choisissant de se placer du côté britannique pour raconter cette première journée sanglante sous forme d’une fresque graphique en noir et blanc illustrée de légendes.

« J’ai choisi de dessiner le premier jour de la bataille de la Somme, car c’est à partir de ce moment-là que l’homme du peuple a cessé de se bercer d’illusions quant à la véritable nature de la guerre moderne. »
Joe Sacco.

Pour replacer ce dessin dans son contexte historique, la bataille de la Somme en Juillet 1916 est l’une des plus meurtrière de la Première Guerre Mondiale. Les troupes alliées et notamment Britanniques et du Commonwealth ont lancé une large offensive sur le Front de l’Ouest contre l’Allemagne. Elle commence par l’un des plus grands bombardements d’artillerie de l’histoire. En une semaine, l’artillerie britannique tire 1 732 873 coups sans parvenir à détruire les abris souterrains, faisant donc peu de morts coté allemand. A la fin de la première journée de la bataille de la Somme, les Britanniques ont perdu 20 000 hommes. Sur l’ensemble de la bataille, de juillet à novembre, les pertes Britanniques s’élèvent à 206 000 hommes et presque autant de blessés. Le bilan de cette bataille est, sur le plan militaire, peu convaincant. Les gains de territoires pour les Alliés sont modestes, une douzaine de kilomètres vers l’Est tout au plus, le front n’est pas percé. Les combats usent les adversaires, sans vainqueurs ni vaincus.

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Morceau de La fresque Bataille de la Somme 1916 de Joe Sacco

Entre devoir de mémoire et œuvre épique

Graphiquement la fresque du métro est à couper le souffle. L’absence de couleurs permet à l’observateur de ne pas avoir en premier lieu son regard attiré par un point de détail particulier, mais de regarder l’ensemble de la portion qui se présente devant lui. Cela qui permet de mettre en avant et de bien rendre compte de l’échelle gigantesque des batailles de la Première Guerre Mondiale. Le graphisme très proche de la bande dessiné reste sobre et masque quelque peu les pires horreurs de la guerre moderne comme les mutilations. De fait ce dessin reste « grand public ». La présence de sous-titre en Français, Anglais et Allemand sous chaque section du dessin permet au voyageur de comprendre ce qu’il a sous les yeux et de raconter l’histoire des premières heures de cette bataille. Il s’agit d’un hommage insolite pour plusieurs raisons. La première vient du lieu de cette exposition, le métro parisien est plus souvent un lieu d’exposition de publicité et de graffitis, ce qui montre que l’art et surtout le thème du centenaire est universel. Cet hommage est également insolite car la Bataille de la Somme n’a pas laissé de trace dans la mémoire collective Française. Cependant elle tient une large place dans la mémoire collective des Britanniques, des Canadiens, des Australiens et des Néo-Zélandais. Le 1er juillet est une journée de commémoration sur les principaux lieux de mémoire du Commonwealth dans le département de la Somme de même que l’ANZAC Day, le 25 avril. Dans une époque où l’enseignement et la mémoire collective se recentre de plus en plus sur le rôle de la France dans ce conflit, la vision du « Tommy » avec son casque en forme d’assiette plate  a presque disparu et c’est donc une formidable idée de la part du comité pour le Centenaire d’avoir exposé cette œuvre qui rend hommage aux alliés de la France dans ce conflit tout en faisant découvrir ou redécouvrir des faits presque oubliés dans ce pays.

Jeremy YOUNG

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