Un laboratoire pour demain

Dans une époque de crise où l’on ne sait plus quoi penser et surtout quoi faire, l’European Lab, proposé par Arty Farty qui est également à l’origine des célèbres Nuits Sonores, est une véritable bouffée d’air. Sur trois jours, se sont plus de 20 conférences et près de 100 invités, venus de partout dans le monde, qui questionnent le monde de demain. Le Musée des Confluences, qui héberge ce forum, offre un espace propice aux rencontres et aux discussions stimulantes : on découvre, on réinvente et on espère.

Des conférences pour tous !

L’European Lab surprend par son choix de conférences. Les sujets sont variés et traitent autant de politique que de culture, ou de phénomènes de société. Le jeudi 5 mai 2016 a ainsi proposé une discussion autour de la communauté Queer dans le milieu artistique, ainsi qu’une mise en perspective de la pop culture ou encore des médias alternatifs que sont internet, les réseaux sociaux et autres revues indépendantes. Et c’est avec plaisir que l’on découvre des intervenants pertinents et concernés, dont le discours construit un débat intellectuellement encourageant. Parmi ces invités, la jeune génération n’est pas en reste ! Cette génération longtemps pointée du doigt et que l’on pensait s’être détournée du monde, s’impose comme la nouvelle force. Indépendante et pleine d’espoir, elle propose des initiatives avec les moyens qui sont les siens, et que l’on a trop souvent décriées. Internet, dangereux ? Surtout une immense plateforme qui permet l’expression des minorités et des avis à contre-courant. L’European Lab cette année tente d’imaginer la culture de demain, et il semble bien qu’elle ne se passera pas de cette nouvelle génération, qui, loin d’être nihiliste ou désintéressée, écrit le futur chaque jour.

©Europeanlab.com
©Europeanlab.com

La conférence de la journée : Crises démocratiques, les nouveaux médias en résistances

Présentée par l’excellent Wyndham Wallace, la conférence donnait la parole à trois journalistes venus du monde entier, à savoir Besa Luci, cofondatrice et rédactrice en chef de Kosovo 2.0 (République du Kosovo), Ibrahim Nehme, rédacteur en chef pour The Outpost (Liban) et enfin Stawomir Sierakowski, directeur et fondateur de la revue Krytyka Polityczna (Pologne).

Le monde dans lequel nous vivons actuellement est en crise, nous ne pouvons pas le nier. Les États durcissent leurs politiques et se referment sur eux-mêmes. À coups d’états d’urgence et autres menaces, tour à tour, les libertés que nous avons durement acquises sont remises en question et il semble que, par cette attitude, nous nous retrouvions au bord d’un précipice politique irréversible.

Pour Besa Luci, les idéaux démocratiques qui existaient à la fin de la guerre froide ont été déçus, et aujourd’hui, les citoyens se sentent démunis. Les médias participent à cela activement, en renforçant les peurs des lecteurs et en confortant un système établi que l’on sait pourtant défaillant. Il faudrait pouvoir en changer de manière définitive.

Là est peut-être le nouveau challenge des générations futures ? Aujourd’hui nous savons ce qui ne va pas, mais il nous faut passer à l’action. C’est en tout cas la conviction de Stawomir Sierakowski pour qui ni le désespoir, ni même l’espoir, ne doivent nous faire perdre l’essentiel de vu : l’action est la seule réponse. Pourquoi est-ce que les citoyens, qui sont pourtant fatigués des politiques, n’agissent pas ? Là est la réelle question. Stawomir analyse cet immobilisme au fait il est extrêmement difficile de transformer la protestation en un réel mouvement social. Car une sorte de honte nous empêche d’agir.  Cette honte, qui fait qu’on ne veut pas être identifié à des fanatiques par exemple, nous empêche de nous réunir, de nous regrouper autour d’une cause commune afin de créer un mouvement cohérent qui pourrait apporter le changement.

©Margot Delarue
©Margot Delarue

Pour Ibrahim Nehme, cette attitude est aussi liée à la rapidité des médias classiques qui ne laissent pas le temps au lecteur de comprendre, d’absorber l’information et d’analyser par eux-mêmes l’actualité. Ne manque-t-on pas de patience ? En effet, le monde peut changer, et sûrement doit-il changer, mais cela se fera-t-il en une nuit ? Très certainement, non. Pour inspirer les gens du monde entier, ce jeune journaliste propose une ligne éditoriale tout à fait originale, celle d’un magazine positif. Pour lui, c’est par l’espoir que l’on pousse les gens à agir. Si le problème nous semble trop grand et hors de portée, si tous les systèmes politiques autour de nous semblent avoir échoué, il ne faut pas oublier que nous pouvons changer les choses, petit à petit. Après tout, comme le dit Besa Luci, si l’on veut obtenir un idéal, il faut y travailler constamment.

Le but de ces nouveaux médias est donc de donner de nouvelles informations qui divergent des discours que l’on peut lire dans les médias « officiels », car ces derniers posent des filtres sur les événements et donnent du « prêt-à-penser ». Les nouveaux médias participent à nuancer ces visons. Pour cela, ils souhaitent organiser les gens autour d’un but commun, et pluraliser le débat public en remettant au centre de leurs préoccupations des sujets brulants et importants, qui sont malheureusement délaissés par les médias classiques.

« Si vous n’avez pas de budget, ayez au moins des idées »

Les médias alternatifs, soutenus par ce formidable outil qu’est internet, ont permis l’émergence d’un journalisme neuf, proche du militantisme et qui se veut le terreau des pensées et des penseurs, qui agiront demain pour un Nouveau Monde. Pour cela, il faudra s’armer de patience et rester conscient de ce que l’on veut, afin de s’engager efficacement. D’ailleurs, ces nouveaux médias ne cherchent pas à envahir l’espace médiatique. Besa Luci explique qu’elle préfère avoir peu de lecteurs, mais des lecteurs réellement intéressés par son travail. Comme en peinture, c’est par touches que ces médias agissent, nouant un réseau solide qui échappe aux différentes pressions politiques, et qui est porté par la volonté de donner des clefs de compréhension aux différents lecteurs qui visitent leurs sites, ou achètent leur version papier. Alors, à vos claviers ! Les points de vue, les idées, les questionnements et les envies sont les moteurs d’un monde qui change. La course est longue, mais cela ne semble pas effrayer les nouveaux acteurs de cette démocratie redéfinie. En espérant que ces initiatives porteront leurs fruits et qu’elles seront largement reprises, à titre d’exemple.

Margot Delarue

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