Un Lépine « Spectaculaires » !

Régis Hautière et Arnaud Poitevin s’associent de nouveau sous l’égide des éditions Rue de Sèvres pour réunir, pour la troisième fois, l’équipe d’enquêteurs la plus spectaculaire de Paris, aussi loufoque et maladroite qu’efficace ! Tellement spectaculaire que le préfet Lépine est obligé de faire appel à elle pour régler une terrible.

Un cabaret devenu le dernier espoir de la police

© Rue de Sèvres

Sur les conseils de Sara Bernhardt, qu’ils ont sauvée dans le tome précédent, le préfet de police Louis Lépine fait appel à la troupe de cabaret connu sous le nom des « Spectaculaires ». Pétronille, l’astucieuse, Félix, l’homme déguisé en loup-garou avec une peau de mouton (animal auquel il est allergique), Évariste, l’homme volant, Eustache et son armure censée le rendre invincible – quand elle fonctionne bien sûr – et le professeur Pipolet, inventeur de génie dont les créations présentent toujours quelques défauts, se voient charger d’arrêter les méfaits de l’ingénieux criminel « le Marsouin ».
Ce dernier profite de la crue de la Seine qui inonde la capitale pour voler des banques, des musées, des industries avec des complices qu’il a fait évader de prison. Son ambition affirmée est de ridiculiser le préfet Lépine, aurait-il une dent contre lui ? C’est ce que les Spectaculaires tenteront d’établir pour découvrir son identité.

Humour, parodie et sexisme

© Rue de Sèvres

Si cette troupe a quelque chose de spectaculaire c’est sa bonne volonté qui n’a d’égal que sa maladresse. Bien qu’animés des meilleures attentions, ils multiplient les bourdes au moment de leurs interventions mais elles se terminent souvent bien et permettent toujours de faire avancer l’enquête d’une manière ou d’une autre. Si Pétronille est très maline, ce n’est clairement pas le cas de ces comparses, incapables, par exemple, de retenir le nom du criminel qu’ils traquent, ce qui agace à chaque fois cet ennemi aux machines ultramodernes et le pousse à l’erreur. De ce manque de mémoire, ils arrivent à en faire une force, comme de leur matériel défectueux qui finit par leur rendre service. Leur incompétence devenant leur force, la BD met véritablement en scène des anti-héros héroïques d’où leur nom. Avec cette mise en situation, les auteurs parodient les séries super-héroïques dans lesquelles les héros redoublent de talents ou d’inventivité pour réussir leur mission. Cette œuvre montre qu’avec de bonnes attentions, mais peu de talent, si on est bien dirigé, on peut réussir ses projets le tout avec beaucoup d’humour.
La direction est évidemment importante et c’est Pétronille, la seule fille du groupe, qui en a la charge mais dans un monde où la femme n’a pas encore son mot à dire, son attitude reflète un certain sexisme de la part des hommes qui l’entourent. Lépine ne cesse de la dénigrer et refuse de lui donner les commandes de l’opération car c’est une femme. En faisant de Pétronille la seule capable d’une réflexion efficace, les bédéistes prennent clairement le parti de la femme et se moquent de ceux qui les méprisent. En ce sens, bien que se déroulant au début du siècle, la BD s’inscrit réellement dans notre époque avec cette réflexion sur le rôle de la femme et la parodie des superhéros qui envahissent la pop culture.

Le dessin très arrondi, avec des formes de nez très particulières voire caricaturale, et les couleurs très claires placent cette bande dessinée à destination des plus jeunes pour les sensibiliser à ces questions tout en charmant les adultes qui comprennent les enjeux sociétaux derrière les gags et le ton léger. On se laisse porter dans cet univers Spectaculaire !

Jérémy Engler


Découvrez notre critique du premier tome des Spectaculaires
Vous pouvez également en savoir plus sur les bédéistes à travers cette interview

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