Un livre capable de régler tous les problèmes, c’est le coup de coeur de Prunelle

« Je m’appelle Sylvain, je suis français, et j’habite à Berlin depuis trois ans… Je suis heureux ».

Sylvain Mazas est un graphiste, illustrateur et typographe, qui a validé son projet d’étude avec un petit livre intitulé Ce livre devrait me permettre de résoudre le conflit au Proche-Orient, d’avoir mon diplôme et de trouver une femme, aujourd’hui bien connu des bons libraires. Il crée un format original et sympathique pour relater ce qu’on pourrait appeler « une autobiographie humaniste ». Ce jeune auteur fait le récit, sous forme de bande-dessinée, d’un voyage de trois mois au Liban, dans lequel il va essayer, entre autres choses, de rendre le monde meilleur, afin d’être lui-même heureux. Car là est ce vers quoi chacun tend : le bonheur. L’auteur tente ainsi de comprendre les causes de nos actes, de les ramener à des principes simples. Pour cela, il dessine toujours de petits schémas cocasses, des mind maps, qui l’amènent à comprendre et à faire comprendre ce qui l’entoure : un plaisant projet épistémologique se cache derrière ces amusants dessins.

Un livre sans queue ni tête ?

mind mapMalgré la ligne directrice de la recherche du bonheur – vaste programme que ce simple titre – un programme hétéroclite surgit, à l’image du statut de l’œuvre, entre bande-dessinée rigolote et réflexions philosophiques et politiques. Cette bande-dessinée commence tout en légèreté, en expliquant les raisons, pour le moins frivoles, qui ont amené le personnage à vouloir aller au Liban, outre l’obtention de son diplôme : rencontrer de jolies filles, manger de bons falafels ! Sans se prendre au sérieux, le dessinateur parvient à aborder des thèmes plus « graves », comme la question des raisons et de la résolution du conflit au Proche-Orient. L’œuvre n’est pas uniquement centrée sur soi. Elle est également politique, par les racines du projet – « résoudre le conflit au Proche-Orient » – mais surtout dans les marges que sont les petits dessins discrets, ainsi que les remarques humoristiques sur la situation au Liban, et dans le monde entier. Dans la même optique, l’évocation du conflit au Proche-Orient n’apparaît qu’au chapitre 5, signifiant que ce texte-image n’est pas un mémoire dogmatique sur le sujet, mais un livre qui traite de sujets graves, avec légèreté. Ce petit livre est donc politique, par le contenu que nous venons d’évoquer, mais aussi par le but vers lequel il tend.

Rire pour rendre le monde meilleur

urlLe dessein que se fixe l’auteur-personnage de cet opuscule est de s’adresser au plus large public possible, afin de rendre le monde meilleur. Par quel moyen y parvenir ? Par l’humour ! Première étape vers un changement du monde et des êtres. Ce choix part du constat selon lequel toute représentation du réel ne nous montre qu’une partie limitée de celui-ci. Chacun de nous ne perçoit qu’un pan de la réalité, et ne comprend pas l’autre. C’est ainsi que les peuples qui se battent les uns contre les autres pensent que leur « ennemi » est foncièrement méchant, alors que l’auteur affirme ceci : « je ne pense pas qu’il y ait des gens mauvais de naissance, ni des gens bons de naissance. Mais seulement des gens qui cherchent leur bonheur ». La compréhension de l’autre, et la conscience que la réalité n’est pas aussi simple qu’elle y paraît seraient un moyen de résoudre quelques problèmes majeurs. Ce livre est donc fort optimiste ! Ne pensez pas pour autant que cet optimisme soit niais. Au contraire, l’humour sur lequel se base ce petit ouvrage signale la modestie d’un auteur qui tente, à sa petite échelle, de partager sa vision du monde. Un optimisme, non pas acharné et ridicule, mais modestement communicatif se dégage de cette bande-dessinée rigolote.

En espérant vous convier, chers lecteurs, à une bonne partie de rigolade, et -qui sait ?- peut-être à changer le monde !

Prunelle Deleville

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