Grozny Panzani Paradis : un projet prometteur !

Du 10 au 13 mai, le Théâtre des Clochards Célestes nous présente Grozny Panzani Paradis, de Samuel Pivot, mis en scène par Julie Guichard et interprété par la Compagnie de La Corde Rêve. Cette pièce très originale surprend, tant par son format que par le ton léger qui est pris sur un sujet aussi sérieux que la guerre contre Daesh. Entre surréalisme et humour noir, cette courte pièce s’avère être d’une efficacité redoutable.

©theatredelopprime.com
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Une agréable surprise…

Lorsque l’on entre dans la salle de spectacle du théâtre des Clochards Célestes, on est immédiatement gagné par le charme de son étroitesse et de ses murs de pierres apparentes. À gauche comme à droite, les chaises qui accueillent le public se font face et cernent la scène, où les acteurs sont déjà en place. Un homme gît à terre et gémit, une des comédiennes n’hésite pas à croiser votre regard et à sourire.

Sur scène, cinq personnages. D’un côté nous sommes au Kurdistan Syrien avec Paul, reporter photographe qui vit avec des combattantes syriennes et notamment Ferzine, une femme qui a tout perdu dans cette guerre jusqu’à ses propres enfants. Ils sont constamment harcelés par la Mort, sensuelle et cynique. De l’autre côté, nous sommes en France avec Léa, la compagne de Paul, qui est enceinte de six mois et qui ne supporte pas de le savoir loin d’elle, là-bas, à la guerre. Cette dernière rencontre l’un de ses ex au supermarché, Max, qui est un artiste obnubilé par la capitale de la Tchétchénie : Grozny.  Dès lors tout s’enchaine et, petit à petit, une trame narrative apparaît. Les situations sont tantôt drôles – proche des vaudevilles parfois – tantôt ténébreuses et opaques. De cette alternance, cette histoire construite comme par touches, saynète après saynète, garde une fraicheur réjouissante et l’on attend la suite, impatient. Le texte, à la fois riche, poétique et philosophique peut aussi se faire le porte-parole des vérités les plus triviales et n’a pas peur de passer d’un univers à l’autre. Et c’est de cet écart que la pièce tire son originalité. La mise en scène, sommaire et claire, laisse la place aux acteurs, tous convainquant et prometteurs. On remarque en particulier que leurs voix, pleines de caractère et de force, s’accordent très bien entre elles, et participent au plaisir renouvelé que les spectateurs ont à les entendre réciter leur texte.

©clochardscelestes.com
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Née d’un projet ingénieux !

Cette pièce a en réalité vu le jour il y a un an dans le cadre du projet En Acte. L’initiateur de ce projet, Maxime Mansion, ancien élève de l’ENSATT, passe commande à des jeunes auteurs dramatiques. Le but : écrire des pièces courtes d’environ une heure et liées à l’actualité. À cela s’ajoutent deux contraintes supplémentaires, à savoir qu’il ne doit pas y avoir plus de cinq comédiens sur scène et que la pièce doit être écrite en un temps court, c’est-à-dire un mois. Cet exercice très particulier doit être une expérience formidable pour les jeunes auteurs qui écrivent ainsi dans un cadre différent de leur isolement habituel. Ici, la pièce est écrite pour être jouée, et jouer vite. Pour Grozny Panzani Paradis, le pari est réussi, et Samuel Pivot nous offre un texte très engageant pour la suite. En effet, même si la fin de la pièce semble un peu hâtive, cela participe aussi à l’ambiance globale de la pièce, à la fois insolente et brillante.

Nous ne pouvons donc que remercier l’action du Théâtre des Clochards Célestes qui souhaite redonner vie à ce spectacle en lui donnant deux jours de répétitions et 4 jours de représentation supplémentaires. Cette petite pièce ravit le spectateur et réussit à équilibrer la délicate balance de la juste mesure entre le drame et la comédie. Si bien que l’on sort du théâtre avec le sourire, mais la tête pleine d’idéaux, de réflexions poétiques comme politiques, et l’envie de refaire le monde.

À noter ! Si ce projet de création dramatique vous intéresse, le Théâtre des Clochards Céleste vous propose, en plus de la pièce Grozny Panzani Paradis (jouée du 10 au 13 mai), une pièce de Joséphine Chaffin, Ton tendre silence me violente plus que tout, jouée du 18 au 21 mai 2016.

Margot Delarue

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