Undertaker, un western prometteur mené tambour battant !

Xavier Dorison est un scénariste de BD diplômé d’une école de commerce. Il débute avec la série Le troisième testament en 1997, qui est un succès d’édition. Il scénarise ensuite Prophet pour Mathieu Lauffray en 2000, Sanctuaire pour Christophe Bec en 2001 et W.E.S.T pour Christian Rossi en 2003.
En 2006, il signe le scénario du film Les brigades du tigre et en 2007 il entame une nouvelle série de BD Long John Silver, qui connaît un succès retentissant. Depuis 2009 il enseigne le scénario à l’Ecole Emile-Cohl à Lyon et intervient comme « Script Doctor » sur de nombreux films.
Ralph Meyer, est lui dessinateur de BD et nourrit très jeune une véritable passion pour le dessin et les histoires. Il va donc se tourner vers la BD en intégrant l’Institut liégeois Saint Luc en Belgique pour suivre des cours d’illustration et de BD. Il fonde avec d’autres auteurs l’atelier Parfois, c’est j’ai dur. En 2008, il signe avec Xavier Dorison le premier volume de la collection XIII Mystery. En 2012, il signe son retour avec Xavier Dorison sur Asgard, avant de collaborer de nouveau sur Undertaker avec Caroline Delabie, à la couleur, qui avait déjà travaillé avec le duo sur XIII Mystery.

Les premiers roulements de tambour !

INT_UNDERTAKER_02_FR_PG05_54.inddLa première page de cette bande dessinée nous plonge directement dans l’univers du western. Les vautours tournoient dans le ciel en se demandant pourquoi on ne les aime pas ! Tandis que le premier personnage, Jonas, se dit qu’il ne les aime pas non plus. Ce sont des oiseaux de mauvais augure car ils annoncent la mort. Le décor est posé… L’agent du télégraphe surgit en brandissant un papier stipulant qu’un croque-mort était demandé à Anoki City. Voilà notre Jonas en route pour une aventure, non sans avoir avant abattu « ces charognards » car seul les morts et lui sont autorisés à monter à bord de son corbillard. Mais il va faire une exception pour l’employé des télégraphes. L’univers du western est bien là avec ses confédérés, ses hors-la-loi, ses rocheuses, ses passages en pont de singe… enfin Jonas Crow arrive à Anoki City !
Une petite ville bien typique de cet univers avec le saloon, le bureau du shérif, des personnages vêtus en costume d’époque et il ne nous manque plus que la musique des films d’Ennio Morricone tant le réalisme des dessins et des couleurs est superbe. Les habitants semblent en ébullition car un éboulement s’est produit à la mine, cela pourrait arranger les affaires du croque-mort ! Mais non, soyons sérieux, il doit d’abord s’occuper de ce pourquoi il est venu et se rend chez la famille concernée. Il apprend avec stupéfaction que monsieur Cusco est loin d’être mort et du coup il propose son aide pour l’achever. Arrive le « supposé mort » et ils font affaire ensemble, le rendez-vous est pris pour le lendemain pour soixante-dix dollars et cinquante miles de transport. Un mort qui n’est pas encore mort mais demain oui, laisse présager une suite des plus surprenantes.
Le personnage de Jonas et sa dégaine trainante, sont très bien représentés, les traits du visage font apparaitre une certaine lassitude et en même temps on sent un soupçon de roublardise et de générosité de cœur. L’attribut du petit cigare et de la barbe donne du piment au personnage. On l’entend presque se déplacer en faisant résonner à chaque pas le bruit des bottes de cow-boys et on imagine facilement la poussière se soulever. Les teintes choisies des dessins nous indiquent les différents fuseaux horaires de la journée. Une lecture qui démarre bien !

Le dernier acte surprenant de la vie d’un chercheur d’or

Couverture1Le futur mort indique ses dernières volontés à Rose, son employée de maison : il veut être enterré au Filon «  Red Chance » bien au fond de sa première mine où il a trouvé sa première pépite. Une fois Rose partie il boira le verre rempli d’un breuvage au curare. Pendant ce temps, Jonas, procède à la toilette mortuaire et la remise en forme d’un jeune garçon de seize ans mort dans l’éboulement de la mine à son arrivée. Il a conclu un marché avec les parents : un steak contre l’enterrement. Une page complète est mise à la disposition du lecteur pour observer le travail accompli par Jonas pour notre plus grand bonheur avec un entourage noir et des couleurs noires et fauves à l’intérieur. Un beau travail d’artiste de la part de Ralph Meyer et Caroline Delabie ! Nous retrouvons Cusco prêt à faire le grand voyage en pleine réflexion philosophique sur le fait que Dieu ne lui a rien donné à part la souffrance, son idée est de partir avec sa fortune et il avale une à une toutes ses pépites d’or. Li une femme chinoise surgit à des moments bien précis dans la BD avec ses bonnes intentions et toujours un semblant de proverbe chinois à la clef : « Toi meilleur pour amuser que pour enterrer », le sourire se dessine alors sur le visage du lecteur. Rose découvre avec effroi le testament de son patron où son notés les instructions la concernant. Cusco lui réservait une bien douloureuse surprise mais ne dévoilons pas cette dernière sans quoi le charme de la lecture serait rompu… Miss Rose et Jonas vont avoir bien du mal à faire respecter les désirs du défunt. Nous espérons que le lecteur est bien en selle car la suite va bouger, chauffer avec de multiples rebondissements qui risquent bien d’éblouir plus d’un lecteur. Le dernier dessin de ce tome un est un vautour, normal puisque l’on démarre avec !
Ce trio d’auteurs nous embarque avec délice dans son histoire, le fil se tient de bout en bout, le tout agrémenté de dessins aux couleurs magnifiques. Nous avons même droit à un clin d’œil superbe lorsque Jonas siffle pour faire venir son cheval attelé à sa carriole : un peu de Lucky Luke peut être ? L’idée de l’oiseau vautour pour commencer la BD et la terminer est un très bon parallèle avec le contenant de l’histoire.

Un vrai régal pour le « vautour-lecteur »

9782505063544-couvLe scénario surprend par son originalité et il est mené tambour battant avec des dessins travaillés avec soin, des couleurs expressives reflétant les nuances des personnages, des lieux, des scènes et des phrases octroyées aux personnages bien à propos. L’univers du western est totalement respecté, on s’étonne de penser à John Wayne chevauchant son cheval avec, agrafé à sa chemise, son étoile shérif. Tout au long de cette histoire les personnages semblent avoir plusieurs facettes mais leurs réparties nous surprend, à chaque fois on découvre le double tranchant du personnage comme la chinoise Li. Elle parait gentille et douce avec toutes ses attentions et ses proverbes mais l’est-elle vraiment ? Peut-être doit on y voir le paradoxe de l’homme revenant sans cesse en arrière et courant toujours plus loin vers la fortune comme Cusco, faut-il y voir la contradiction de l’âme humaine et sa noirceur… le lecteur trouvera certainement cette BD passionnante et sera pressé de découvrir la suite, tout comme nous le sommes.

Pour ceux qui seraient de passage à Angoulême entre les 28 et 31 janvier 2016, n’hésitez pas à rencontrer les auteurs et à leur demander le deuxième tome, déjà disponible dans toutes les bonnes librairies.

Françoise Engler

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