Une bonne leçon de méditation avec Hannah Arendt

Hannah Arendt, un nouveau biopic orchestré par la réalisatrice allemande, Margarethe Von Trottra, aux traits quelques peu inhabituels. En effet, la période choisie est courte mais cela pour une simple et bonne raison, Hannah Arendt est un personnage complexe et filmer sa réflexion est un art auquel s’essaye Von Trotta. Un film daté du printemps 2013 qui a fait son retour au cinéma Les Alizées de Bron, en ouverture d’un cycle sur « L’Europe en VO ». Pour votre plus grand plaisir, vous pourrez retrouver mardi 25 novembre à 20h30, le film espagnol Ici et là-bas puis Pride le mardi 2 décembre à 20h30 également.

Si le film ne nous transporte pas à travers un style marqué et original, il est en revanche une véritable concentration des réflexions de Arendt sur le totalitarisme. D’origine allemande et issue d’un milieu intellectuel de religion juive, Hannah Arendt fuit la république de Weimar tout comme le Régime de Vichy mis en place dès 1940 en France. Son exil la mène tout droit vers le Nouveau Monde, à New York. Loin de la terreur qui sévit en Europe, elle écrit Les origines du totalitarisme, un livre phare de son parcours entre philosophie et politique. Le film se concentre néanmoins sur un moment capital dans la vie d’Arendt qui affirme sa conception du nazisme et projette son idéologie à son paroxysme. Une courte période qui s’étend de la capture d’Adolf Eichmann, haut dirigeant nazi, par des agents du Mossad en 1960, jusqu’en 1963 suite au procès qui sera tenu envers lui.

La pensée traduite à travers l’écran

Von Tratta rentre in media res dans le sujet en dévoilant dès le début du film, l’intérêt persistant d’Arendt pour ce procès. La philosophe ne souhaite plus seulement appréhender l’aspect général du phénomène tyrannique qui anime les peuples outre-Atlantique. Elle aspire à couvrir l’évènement par le biais du journal New Yorker, pour observer et analyser les détails du despotisme nazi. C’est alors que les années les plus noires de sa vie en résultent…
La réalisatrice devait au commencement élaborer un film retraçant la vie complète de cette théoricienne. La superficialité n’est plus de la partie, elle se plonge finalement dans une réalisation beaucoup plus profonde, où la pensée de Hannah Arendt est bombardée au premier plan. Le film utilise, en outre, des séquences authentiques de l’audience pour rendre l’histoire sincère afin de se focaliser sur le rôle d’Arendt. La problématique se tourne ainsi vers la vie de l’esprit de la théoricienne. Néanmoins, cette volonté de polariser l’attention du spectateur envers Arendt réduit quelque peu la personnalité des autres protagonistes.

Hannah arendt 2

Un film d’un ordinaire terne pour parler d’une bestialité effroyable

Les années suivants cet événement seront, comme énoncé précédemment, les plus noires de la vie d’Arendt. Pourtant, le film manque de nous transmettre la profondeur obscure dans laquelle cette figure féminine sombrera. Rythmer plaisir visuel et réflexion sur l’esprit n’a pas été un des facteurs essentiels dans la réalisation de Von Tratta. Si la réalisatrice approche le charisme et la philosophie d’Hannah Arendt avec assiduité, elle échoue en revanche à rendre compte des relations du personnage avec ses proches. Von Tratta choisit de canaliser son attention exclusive sur Arendt, provoquant une certaine superficialité constante dans l’atmosphère du film. Même si le manque d’intensité dans la relation d’Hannah Arendt avec le monde est indéniable, le travail de la réalisatrice vise surtout à transmettre au grand public, des connaissances sur une partie de l’histoire, souvent peu connue et qui a bouleversé les mœurs de l’époque. Avec ce procès elle affirme sa théorie publiée dans Les origines du totalitarisme à propos du national-socialisme avec à présent un exemple réel. Hannah Arendt tient alors un discours surprenant pour l’époque, retranscrit à travers ces images documentaires. Elle parle de la « banalité du mal » jugeant les nazis comme des hommes triviaux et médiocres. La cruauté des ces individus ne proviendrait pas de leur monstruosité mais de leur incapacité à développer une pensée. Peut être par cette « banalité » stylistique, la réalisatrice tenterait-elle d’adoucir et de rendre positive l’image de Hannah Arendt ?

Une histoire d’une force passionnante qui mériterait une exploration du personnage d’Arendt plus approfondie. De plus, la parole n’est pas donnée aux individus qui étaient en cohésion avec le jugement de la moraliste. De la sorte, le film nous laisse une impression grisâtre de trop peu. Une production d’une morosité qui ne fait pas état aux spectateurs de la véritable grandeur de ce personnage emblématique pour les mœurs contemporaines.

Suite à une retransmission hier soir, il n’y aura plus de séances pour ce film. Pour les cinéphiles, la petite salle de Bron offre une programmation palpitante qui devrait apaiser la soif de chacun. De nouvelles créations alléchantes à consulter sur le site sans plus attendre.(http://www.cinemalesalizes.com/) La prochaine séance à ne pas louper, c’est aujourd’hui avec l’univers musical du film L’Eden, et l’équipe de l’envolée culturelle vous le recommande.

Tristana Perroncel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *