Une Cendrillon dépoussiérée !

Adieu, contes misogynes de mon enfance ! Et bonjour Cendrillon ?! Venez découvrir au théâtre de la Parenthèse, pendant le festival Off d’Avignon, du 8 au 21 juillet (relâche le 10 et 17), une version très revisité de l’histoire de Cendrillon, écrite par Joël Pommerat et mise en scène par Camille de La Guillonnière ! Vous allez être décoiffés par la Compagnie Le Temps est incertain mais on joue quand même.

Une pièce pour tous les âges :
Cendrillon, c’est souvent un conte un peu niais qu’on raconte aux petites filles pour qu’elles s’endorment. Et bien, ce ne sera certainement pas le cas avec la mise en scène de Camille de La Guillonnière ! Complètement revisité, ce classique de la littérature pour enfants devient un moment de détente, et provoque bien des rires dans l’audience. Quelque fois, les enfants s’esclaffent – d’autres fois, ce sont les adultes. Quoi qu’il en soit, Cendrillon serait une très belle introduction au théâtre pour les enfants qui n’y seraient jamais allés !
Dans cette réécriture, Sandra se méprend sur les derniers mots que sa mère lui dit avant de mourir. Elle comprend que sa mère lui ordonne de penser à elle, toujours et sans s’arrêter, pendant toute sa vie. Bientôt, Sandra se rend compte qu’elle est incapable de tenir cette promesse – mais elle s’acharne. C’est pour se punir de ses moments d’inattention qu’elle décide, quand sa belle-mère lui propose des tâches ménagères, de toujours les choisir toutes, et les plus dégoûtantes surtout : elle est dès lors surnommée « Cendrier » pour sa nouvelle famille.

©Pascal Riondy
©Pascal Riondy

Cette version n’est donc pas seulement drôle, elle est également intéressante, puisque les personnages ne sont pas aussi caricaturaux que ce à quoi l’on nous a habitués. Bien sûr, la belle-mère est égocentrique, mais elle ne paraît pas foncièrement méchante, elle profite juste de l’auto-flagellation constante de sa belle-fille pour lui donner toutes les tâches ménagères à faire.

Une inversion des rôles traditionnels
Le rêve de Sandra n’est absolument pas de couler des jours heureux avec un beau et riche prince. Elle n’a qu’une idée en tête, penser à sa mère pour que celle-ci ne meurt pas tout à fait. Le prince n’est pas si charmant que ça, d’ailleurs, et les hommes ne semblent pas être une réponse à tout. Le père de Sandra ne meurt pas, comme dans le conte original. Non, il est là, mais impotent, un lâche sans autorité qui se laisse peu à peu écraser par sa nouvelle femme. Les rôles s’inversent même totalement puisque c’est en fait Sandra qui sauve le jeune prince, et qui lui offre sa chaussure en guise de souvenir.
Cette histoire devient donc féministe puisque Sandra se retrouve maître de son destin, et prête à en découdre !
On inverse aussi les sexes, les rendant interchangeables, puisque Frédéric Lapinsonnière joue à la fois la demi-sœur de Sandra-Cendrier, mais aussi la fée-marraine.

Une pièce sur les rites de passage :
La trame du spectacle est à l’origine une erreur de compréhension entre Sandra et sa mère. Toute la pièce repose donc sur une idée : la parole véhiculée a peu de valeur, parce qu’elle peut être interprétée d’un multitude de façons différentes. C’est sans doute pour cela que la narratrice utilise, lorsqu’elle intervient, la langue des signes – parce que les gestes semblent avoir plus d’authenticité que les actions. De plus, ces moments de narration permettent de revenir sur les mots qui ont été prononcés sur scène, comme pour en confirmer le sens.

© Pascal Riondy
© Pascal Riondy

Le spectacle joue aussi sur l’idée de la transparence. La chaussure de vair, comprise par Walt Disney comme une chaussure de verre, est transposée dans la maison en verre, dans laquelle Sandra vient habiter.
On retrouve aussi dans ce texte une réflexion sur le rapport à la mère, sur le deuil et la façon de le dépasser. Sandra est obnubilée par sa mère qui n’est plus là, de façon malsaine, tandis que le prince, qui lui aussi a perdu sa mère, se perd dans des rêves et des illusions qui l’éloignent de la vérité.

Farfelue, déjantée, drôle, rafraîchissante, cette pièce transportera les petits et les grands !

Adélaïde Dewavrin

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