Une correspondance familiale

Publié en 1996 pour la première fois et de nombreuses fois rééditée, Lettres d’amour de 0 à 10 ans n’est pas forcément l’ouvrage le plus connu de Suzie Morgenstern mais demeure une valeur sûre ! Si bien qu’à la découverte de l’adaptation en BD chez Rue de Sèvres – la collection BD de l’École des Loisirs, éditeur historique de l’autrice américaine – on n’a pas pu s’empêcher de se jeter sur cette relecture proposée par le dessinateur Thomas Baas en lice pour le prix Jeunesse au Festival Internationale de la BD d’Angoulême. (image mise en avant : © Rue de Sèvres)

lettre d_amour 2 - © Rue de Sèvres

© Rue de Sèvres

Un titre énigmatique

Pas de chapitres pour cette adaptation en BD mais quatre parties, toutes marquées par une page vierge suivie d’un dessin pleine page, les seuls de l’album, dont les planches sont quasiment toutes découpées en trois strips, donnant un rythme rapide et régulier à la BD, facilitant la lecture des plus jeunes. Si les chapitres étaient tous liés à un nom de personnage, les parties se calquent sur les moments importants de l’évolution d’Ernest, un petit garçon de dix ans qui vit avec sa grand-mère Précieuse dans une routine assez triste pour un enfant jusqu’au moment où Victoire de Montardent fait irruption dans sa vie !

La première partie, qui s’étale sur la moitié de l’œuvre, présente les personnages et surtout la tornade Victoire qui dépoussière la vie d’Ernest en lui faisant découvrir que d’autres choses existent hors de chez sa grand-mère. S’il est vrai que cette petite est un peu intrusive, elle a du caractère et c’est ce dont a besoin Ernest Morlaisse pour prendre sa vie en main, même si Victoire semble l’avoir bien plus en main que lui… La seconde partie montre un Ernest qui tente de reprendre contact avec son père, découvert par hasard… Quant aux deux dernières parties très brèves, on n’en parlera pas pour ne pas divulgâcher la fin (temps est venu pour L’Envolée Culturelle d’employer les nouveaux mots de la langue française), mais c’est là que le titre prend tout son sens… Jusque-là, le titre paraissait très énigmatique puisque la seule correspondance évoquée concerne une lettre indéchiffrable du grand-père d’Ernest, mort à la guerre, que sa grand-mère garde précieusement comme un trésor. Rythmée par l’exubérance de Victoire, l’histoire nous raconte plus l’ouverture d’un enfant au monde qu’une histoire d’amour, même si Victoire annonce son envie de se marier avec Ernest dès leur première semaine de classe ensemble… Suzie Morgenstern a toujours eu la capacité de raconter le quotidien des enfants avec une incroyable justesse, si bien que les enfants se reconnaissent dans ses histoires et les adultes les lisent avec nostalgie… Cet ouvrage ne déroge pas à la règle, l’espièglerie étant présente à chaque page ou presque…

« C’est les enfants qui nous apprennent à être parents »

lettres_d_amour_1 - © Rue de Sèvres

© Rue de Sèvres

Les enfants prennent le pouvoir

Dans un style qui rappelle Le Petit Nicolas avec les nez qui remontent ou les têtes bien arrondies, on plonge dans un univers qui nous semble familier et enfantin. Les traits sont fins et doux et les petites joues roses des personnages les rendent craquants ! Les couleurs ne sont pas saturées et donnent un côté ancien au dessin qui colle avec l’époque d’écriture du roman. Sans fioritures, Thomas Baas nous glisse dans le quotidien d’Ernest dont la vie plutôt banale prend un tour inattendu. Le caractère entreprenant de Victoire et l’humour qui entoure sa personnalité et son irruption dans la vie de son nouveau voisin de classe et amoureux fait d’elle l’amie que tout introverti rêverait d’avoir… Elle déride la famille Morlaisse et pousse Ernest à résoudre les deux mystères de sa vie. En le faisant, ce petit garçon un peu terne devient souriant et épanoui et communique son nouvel état d’esprit à sa famille, entamant la révolution que les adultes n’osaient pas faire…

Cette bande dessinée donne un visage aux Ernest et Victoire de notre enfance et donne à voir le lien indéfectible qui unit les membres d’une même famille et l’importance des autres dans son épanouissement personnel. La nostalgie de cette BD émouvra les plus grands quant aux plus jeunes, ils pourront s’identifier avec joie à la vie de ces deux bouts de chou.

 

Découvrez sur notre site la critique d’un autre roman de Suzie Morgenstern, Comment tomber amoureux, sans tomber

Jérémy

 

 

 

Article rédigé par Jérémy Engler.

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