Une histoire d’amour livresque dans Un amour exemplaire de Daniel Pennac et Florence Cestac

Pour écrire certains de ces livres, Danniel Pennac s’inspire de son vécu. Il a d’ailleurs reçu le prix Renaudot en 2007 pour son roman autobiographique Chagrin d’école. Pour raconter une histoire d’amour qui l’a particulièrement marqué dans son enfance, il choisit cette fois-ci la bande dessinée et le coup de crayon de Florence Cestac. Cette dernière plus particulièrement spécialisée dans la BD humoristique a connu un franc succès avec l’ouvrage Le Démon de midi qui a reçu le Prix Alph-Art en 1997 au festival d’Angoulême, et qui a été adapté par la suite au théâtre et au cinéma. Dans Un amour exemplaire, paru en avril 2015, Pennac nous emmène avec lui en vacances chez sa grand-mère, sur la côté d’azur, dans le village de La Colle-sur-loup, le lieu rêvé pour vivre l’amour.

Un amour exceptionnel qui défie la norme

« Quand j’étais enfant, mes voisins s’aimaient d’amour drôle. » Danniel Pennac

couverture (1)Pour Daniel Pennac l’histoire d’amour de Germaine et de Jean s’assimile à un amour idéal. Leur histoire commence comme un conte de fées. Jean appartient à la noblesse de vigne et est destiné à épouser la fille du roi d’Alsace. Mais alors que la mère de Jean – la marquise de Bozignac essaye sa robe pour le mariage de son fils, une des ses couturières, une dénommée Germaine, la pique. Suite à la gifle donnée par la marquise à Germaine, la scène dégénère en bataille générale au cours de laquelle Germaine frappe Jean… ce qui a pour effet de rendre Jean fou amoureux de Germaine. Tout débute donc par un coup de foudre entre un aristocrate et une fille de paysan. La suite en revanche est relativement éloignée du conte mais témoigne de l’amour indéfectible que se portent ces deux êtres. Toutefois, Jean se révèle être un véritable prince charmant. Éperdument amoureux de Germaine, il décide de l’épouser mais est renié et déshérité par ses parents. Quant à Germaine, ayant été renvoyée, elle n’est plus d’aucune utilité à ses parents. Ceux-ci la vendent à Jean contre son cheval… En outre, si cet amour est idéal c’est parce qu’il est sans concession. Germaine et Jean n’ont pas voulu d’enfants car pour eux l’amour est exclusif et sans intermédiaire. S’ils n’ont pas travaillé non plus c’est parce que travailler signifie de longs moments loin de celui qu’on aime. Le couple défie alors la norme sociale. Ils ne sont pas issus du même milieu et ne veulent pas travailler ni avoir d’enfants pour cultiver leur amour. Cette manière de vivre fait d’ailleurs beaucoup jaser. Enfin, cet amour est rendu presque magique grâce à la lecture. Les deux amants se nourrissent de livres au sens propre comme au sens figuré. De fait, Jean a hérité de l’immense bibliothèque de son oncle Pacôme. Celle-ci a été dispersée chez les plus grands écrivains dont Prévert qui dit à Jean à propos des livres : « Ne les vends que contre de l’amour ». C’est donc la vente de ces ouvrages qui permet au couple de construire leur nid d’amour. Ils achètent par exemple la maison avec un exemplaire de Tristan et Yseut. La lecture est également au centre de la vie amoureuse de Germaine et Jean puisque les deux amoureux se font régulièrement la lecture.

La célébration de la lecture

couple en train de lire (1)A travers l’histoire d’amour de Germaine et de Jean, Pennac fait indirectement l’éloge de la lecture. La lecture est omniprésente dans la bande dessinée. En assistant à la genèse de l’oeuvre, on se rend compte que le fait de raconter des histoires ne passionnent pas que les enfants. Alors que Daniel Pennac est en train de raconter son histoire à Florence Cestac dans un restaurant, le serveur et d’autres clients s’attardent pour donner leur avis et écouter l’histoire. Ils s’impliquent tellement dans le récit qu’ils veulent à la fin accompagner Daniel Pennac sur la tombe des fiancés. Le petit Daniel adore se rendre chez Germaine et Jean et entendre l’histoire passionnante de leur vie. Quel pouvoir d’enchantement que la lecture ! Ensuite, le parcours des deux amoureux nous amènent à fréquenter quelques classiques de la littérature. La BD telle une mini anthologie est parsemée d’extraits de grands textes. On renoue avec Proust, Montaigne, Cervantés, Céline, Martin du Gard. Ces courtes citations nous donnent envie de nous plonger ou replonger dans les œuvres du patrimoine.

Après la lecture, partie de rigolade

extrait de livre (1)L’amour exemplaire ne tombe jamais dans le cliché ni dans romantisme niais notamment grâce aux dessins humoristiques de Florence Cestac. Les dessins sont presque cartoonesques. Les traits des personnages ainsi que les situations sont exagérées voire burlesques. Pour montrer que Jean et Germaine s’aiment, l’auteur dessine Jean la tête dans les seins de Germaine ou Jean et Germaine en position assise en train de faire l’amour. De même, le coup de foudre de Jean pour Germaine est représenté avec des petits cœurs. La planche qui fait le plus penser à un cartoon est celle de l’explosion de la maison de Jean et de Germaine au moment où les héritiers sont sur le point de la visiter. Florence Cestac pour représenter cette scène tout droit sortie de son imagination choisit de dessiner des objets qui volent en éclats et un gros boom. Par ailleurs, certaines situations pesantes sont rendues plus légères grâce aux illustrations. Lorsque Bernard, le frère de Daniel, explique que Germaine aurait été malheureuse dans la famille de Jean, Florence Cestac recourt à l’exagération en dessinant Germaine à genoux avec un plateau sur le dos.

Si cet amour a profondément touché Danniel Pennac c’est sans doute parce qu’il défie la norme sociale et que les livres sont au cœur de la relation amoureuse. Cette bande dessinée à la fois légère et sensible est un véritable délice. Nous, tout comme Daniel Pennac, tombons sous le charme de ce couple hors du commun qui n’a cessé de s’aimer.

Mel Teapot

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