Une journée d’hommage et d’honneurs

Après une première journée que nous avons consacrée aux jeunes pousses de la BD, une deuxième concentrée sur les luttes des artistes, nous profitons de cette troisième journée du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême qui se déroule du 30 janvier au 2 février 2020 pour vous parler de quelques expositions qui peuplent les différents lieux des festivals. (Image mise en avant © Jérémy Engler)

Des expositions qui mettent à l’honneur les artistes

Sans eux, il n’y aurait pas de BD, comme ils le clament si bien en manifestation. Les bédéistes sont les dépositaires d’un art incroyable où l’imagination, le dessin, le récit et la beauté s’unissent pour créer un format hybride et chaque fois unique… Que ce soit l’exposition Dans la tête de Pierre Cristin qui revient sur la vie du scénariste de Valérian et son rapport à la BD ou celle de Cécile Bidault Aparté aquatique, toutes ont pour but de rendre hommage au travail d’un artiste, de nous faire entrer dans son univers ou de mieux nous l’expliquer.

collage gunnm crédits photo Jérémy Engler

© Jérémy Engler

En cela, l’exposition sur Yoshiharu Tsuge et Gunnm est particulièrement réussie, bien que pleine de spoilers pour ceux qui n’auraient vu que le film Alita de James Cameron et Robert Rodriguez. Les planches de mangas exposées ne racontent pas sa vie mais mettent en lumière sa façon de construire chaque élément. On y découvre les évolutions artistiques du mangaka et la façon dont il conçoit les combats, les lieux, le corps, le personnage de Gally (vrai nom d’Alita) ou les courses de motorball. Les explications sont brèves mais efficaces. L’espace Franquin nous en met plein les yeux tout en éduquant notre regard de lecteur.

© Jérémy Engler

IMG_8188-1 © Jérémy Engler

 L’exposition sur la mobilité à l’Espace Polar SNCF utilise des planches ou illustrations de célèbres bandes dessinées, comme un hommage à ces grands artistes, pour évoquer les différents problèmes écologiques que les déplacements quotidiens engendrent. Sans proposer de solutions, mais en montrant l’évolution de la société à travers les points de vue diachroniques d’artistes, on est amené à réfléchir sur l’évolution de la société et nos pratiques de mobilité. Rassurez-vous, aucun tract de la SNCF ni pub ne sont mis en avant au cours de cette exposition à retrouver sur la Place Saint-Martial. 

Le quartier jeunesse nous fait découvrir avec des dioramas grandeur nature les voyages de IMG_8222-1 © Jérémy Engler Giambattista Belzoni en Egypte et en Nubie. En racontant l’histoire de cet homme et de sa femme qui ont beaucoup œuvré pour la (re)découverte des vestiges égyptiens, Grégory Jarry, Nicole Augereau et Lucie Castel rendent un hommage plein d’humour aux archéologues.

© Jérémy Engler

 

 

 

collage PFC crédits photos Jérémy Engler

© Jérémy Engler

Pour conclure cette partie, nous voulions mettre à l’honneur une initiative collective, celle de l’association Chifoumi qui organise la septième édition de Pierre Feuille Ciseaux à l’Espace Franquin. Le projet est simple et complexe à la fois, réunir des artistes du monde entier et les faire travailler ensemble sept jours pour une exposition éphémère. Le résultat est étonnant, même si la performance à la basse électrique de Zak Sally d’hier soir proposant un mur du son de poche paraît un peu hermétique tant l’artiste nous tourne le dos et reste dans son coin… Les artistes sont très disponibles pour parler de leur travail et l’ambiance est vraiment chaleureuse, profitez de ce dernier jour à Angoulême pour leur rendre visite, vous ne serez pas déçus…

La cérémonie des Fauves

Ce samedi soir était consacré aux lauréats des différents prix du festival qui se sont succédés sur la scène du Théâtre d’Angoulême. Cet événement festif a vu les auteurs monter sur scène pour exprimer leur mécontentement envers le système des auteurs dont nous parlions hier. Parenthèse refermée, revenons donc aux différents prix.

Ces prix récompensent leurs talents ou leurs carrières dans le milieu de la BD comme Nicole Claveloux et Yoshiharu Tsuge qui ont reçu le Fauve d’Honneur ou Emmanuel Guibert lauréat du Grand Prix du Festival déjà annoncé.

Le Prix Goscinny, déjà connu, a été remis ce samedi à Gwen de Bonneval pour son travail sur Le Dernier Atlas, édité chez Dupuis, en collaboration avec Fabien Vehlmann et qui aura droit à une exposition au festival l’année prochaine comme Pierre Christin cette année.

Le Prix de la Bande Dessinée alternative qui récompense la meilleure production mondiale dans le domaine des fanzines et de la bande dessinée alternative est Komikaze #18, une anthologie de bande dessinée bilingue regroupant 23 auteurs et 11 pays.

Le Fauve Polar SNCF a récompensé un habitué du polar, Emmanuel Moynot avec No direction publié chez Sarbacane. On suit l’histoire de Jeb, un serial killer, sauvé par Bess qui deviendra son acolyte dans son road-trip meurtrier.

Le Fauve du Prix du public France Télévision est lui revenu à Chloé Wary pour Saison des Roses édité chez FLBLB qui met en avant l’émancipation féminine au centre d’un terrain de foot. Déjà lauréate de deux autres prix et sélectionnée pour quatre autres prix prestigieux, nul doute que cette BD, promise à un bel avenir, mérite d’être lue pour casser nos stéréotypes sur les femmes et le sport.

collage fauve crédits photos Jérémy Engler© Jérémy Engler

Le Fauve Patrimoine, célébrant le travail d’un éditeur de langue française autour de la réédition ou de la première édition d’une œuvre appartenant au patrimoine de la Bande dessinée mondiale, revient à La Main verte et autres récits d’Édith Zha et Nicole Claveloux publié chez Cornelius qui a donc reçu un deuxième trophée. Parue pour la première fois dans Métal Hurlant en 1977, ce récit onirique d’un corbeau mélancolique et d’une jeune fille rêveuse n’a pas pris une ride et on recommande la (re)découverte de ce texte à l’univers drôle et psychédélique.

Le Fauve de l’audace récompense Acte de Dieu de l’italien Giacomo Nanni aux éditions Ici et Même pour l’expérimentation et l’innovation de cet album au style graphique inventif et novateur, utilisant toutes les possibilités de la bande dessinée pour mieux bousculer les frontières. L’innovation passe par un visuel pointilliste sur le rapport de force entre l’homme et la nature en faisant parler un animal.

Le Fauve Révélation est décerné à Joe Kessler pour Lucarne publié chez L’Association. Regroupant cinq histoires fantastiques dont la réalité dérangeante détonne avec les couleurs criardes.

Le Fauve de la Série est décerné à Ki-Oon pour l’adaptation en manga des textes de H.P. Lovecraft et plus particulièrement Dans l’abîme du temps par Gou Tanabe. Les œuvres de Lovecraft sont si fascinantes que cette victoire n’est absolument pas une surprise, d’autant que les dessins de Gou Tanabe parviennent à rendre admirablement l’univers inquiétant de l’auteur américain.

Les éditions Delcourt sont elles aussi mises à l’honneur avec Clyde Fans de Seth qui reçoit le Fauve Spécial du Jury pour l’histoire de deux frères propriétaires d’une usine de ventilateurs qui va mal et que tout oppose…

Enfin, le Fauve du meilleur album est décerné sans surprise à Révolution, Tome 1 : Liberté de Florent Gouazel et Younn Locard, l’un des cartons de l’année édité chez Actes Sud – L’An 2, qui évoque comme son nom l’indique La Révolution Française en trois tomes en s’attardant sur toutes les classes sociales.

Quelques surprises et des attendus, tel est le lot de toute remise de prix et celle-ci ne déroge pas à la règle, toutefois, elle met en évidence la diversité artistique avec des œuvres très différentes à chaque fois comme un ultime hommage à cet art protéiforme que représente la Bande dessinée.

Article rédigé par Jérémy Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *