Une pièce citoyenne !

Un enfant de notre temps, c’est une adaptation libre d’un texte de Horvath, mis en scène et traduit par Rachid Belkaïd, et présenté au théâtre de la Porte Saint Michel du 6 au 30 juillet 2017. Elle se regarde comme une interrogation sur l’engouement des jeunes pour les partis qui discutent de la France comme d’un territoire à frontières.

Les discriminations d’aujourd’hui ressemblent trop à celles d’hier

Assez symboliquement, la pièce commence par une longue narration qui nous replonge dans le contexte de la seconde guerre mondiale et des répercussions dramatiques qu’elle a eu pour les populations juives d’Europe. Rachid Belkaïd signe d’emblée sa volonté de se faire témoin des atrocités passées comme des discriminations présentes, et en les mélangeant, leur apporte tour à tour une résonance contemporaine et donne au racisme un aspect plus tragique. Effectivement, le texte est une adaptation d’une œuvre allemande, et c’est pour prévenir contre la montée au pouvoir de la NSDAP que Horvath prend la plume. Quand le personnage parle de son parti, ‘le parti’, c’est une référence implicite à la fin du pluralisme politique, mis en place par Hitler dès 1933. Ce jeu de références et de parallèles alimente avec pertinence tout le spectacle.

Mais exclure se comprend, et s’entend comme un acte de survie

Un enfant de notre temps est un monologue dynamique. En effet, le fond rejoignant la forme, ce texte qui parle d’isolement, de solitude et de détresse ne pouvait être qu’un monologue. Quelque fois, le caractère un peu récitatif du discours rappelle assez justement les côtés arbitraires et autocratiques de certains partis politiques. Rachid nous entraîne dans une spirale de détresse qui commence avec la misère sociale et s’achève avec la haine raciale. La plongée dans la rue du personnage nous montre toute l’hypocrisie de notre système social, mais aussi l’indignité de ce que l’on fait subir aux SDF. Ainsi, la pièce répond à la question qui nous est implicitement posée : pourquoi le racisme ? À cause du dénuement de cet homme au chômage et qui ne veut pas se résoudre à mendier, ou parce que l’on ne traite pas mieux les SDF que des chiens ? Mais l’ambivalence est maintenue quant à ce qui a privé le personnage de son identité. Le « je » est constamment supprimé dans le discours du personnage, que l’on prive en quelque sorte la capacité d’être un sujet pensant. Est-ce son identité propre qui s’efface quand il commence à appartenir au Parti, ou est-ce l’indignité avec laquelle on l’a traité qui le dépouille de son humanité ? Le dénuement matériel de notre anti-héros est confirmé par la sobriété du décor, qui renforce l’aspect imposant des murs contre lequel l’acteur semble se cogner. Marqué par la discrimination sociale, il se venge en discriminant racialement. Sa prétendue supériorité en tant que blanc semble confirmée par les rencontres qu’il fait ; mais sous cette affirmation de supériorité, Rachid fait ressortir la faiblesse du personnage de façon très poétique.

Rentrer dans les partis de la haine par volonté d’appartenir ?

Même si « le parti » semble, pour un temps, mettre fin à la solitude du personnage principal, qui y trouve des camarades, il ne représente rien d’autre que ce carré bleu marine de lumière, qui nous est montré à plusieurs reprises pendant le spectacle – un carré dans lequel l’espoir semble se cogner. Pourtant, c’est sans doute la seule organisation qui a pris en main le personnage, l’a respecté dans sa dignité d’homme – en lui faisant croire en sa supériorité sur d’autres hommes, certes – mais c’est le seul qui lui a permis de marcher à côté d’un autre homme. Rachid Belkaïd nous montre donc que l’engouement pour ces partis de la haine est alimenté par un besoin de proximité avec autrui.

Une pièce mûre, réfléchie, qui provoque la réflexion, et qui n’a pas peur d’aller au bout de la rhétorique des idéologies racistes et xénophobes, pour mieux les dénoncer. On ne peut que vous conseiller d’aller la voir !

 

Adélaïde Dewavrin

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