Une rencontre entre le Jazz et les musiques orientales, le coup de cœur de Camille Pialoux pour l’album Aurora d’Avishai Cohen !

Avishai Cohen est un contrebassiste de Jazz de renom. Repéré par le célèbre pianiste (et claviériste et compositeur) Chick Corea, il tournera tout autour du monde avec les plus grands nom du Jazz mais également avec des illustres orchestres comme ce 18 novembre à l’auditorium de Lyon , où ce dernier fut accompagné du batteur Danier Dor et du pianiste Eden Ladin ainsi que de l’Orchestre National de Lyon. Ce fut l’occasion de sortir de vieux souvenirs marquants: l’album Aurora.

Mais qui est donc Avishai Cohen ?

Né à Jésuralem le 20 avril 1970, il y apprend le piano très jeune mais c’est à l’âge de 14 ans qu’il se tourne vers la contrebasse qui deviendra son instrument de prédilection. En 1992, il part pour New York City. C’est dans la ville qui ne dort jamais qu’il fera la rencontre de musiciens de jazz mais surtout de Chick Corea. En 1998, il signe son tout premier album Adama où l’on repère déjà des influences mixtes. Il a aujourd’hui composé 15 albums. Le dernier, sorti en février 2015, se nomme From Darkness sous le nom d’Avishai Cohen Trio. On trouve dans sa carrière une importance particulière du trio Contrebasse-Piano-Batterie. Lorsqu’il parle de cette formation il en parle avec des mots simples mais résumant son amour pour ce trio : « Avec ce trio, il y a une forme immédiate d’égalité entre les musiciens. Ici, trois ne font plus qu’un.»
Aujourd’hui sa réputation d’aventurier n’est plus à faire car il a prouvé au cours de sa discographie un travail où l’innovation est omniprésente et toujours au service de la musicalité et du monde du sensible. Lorsque l’on va le voir en concert on se rend compte de quelque chose de très important, il n’écrit ou ne joue pas simplement sa musique ; il est sa musique et il la fait partager avec tant de facilité avec son public.

 Aurora : un album plein de poésie et d’espoir

Sorti en 2009, Aurora est le onzième album d’Avishai Cohen. On retrouve dans cet album des musiciens qui l’avaient déjà accompagné dans des projets différents : le pianiste Shai Maestro, Itamar Doari aux percussions et Amos Hoffman à l’Oud. Cet instrument assez rare a un timbre vraiment caractéristique des musiques orientales et cet instrument est dans cet album particulièrement mis en valeur. C’est un album qui semble musicalement simple mais qui dévoile un travail très minutieux dans l’écriture. Il est composé de 12 titres, certains étant instrumentaux et d’autres avec voix.
Il y a dans cet album les codes propres du Jazz par le piano, la contrebasse, la batterie mais aussi par les structures des morceaux avec cette idée d’alternance entre des thèmes propres et reconnaissables et des passages d’improvisations. On retrouve également la logique du Jazz fonctionnant par grilles d’accords. Mais un des points forts et marquants de cet album et la manière dont Avishai Cohen intègre des éléments propres aux musiques traditionnelles arabes dans ces morceaux. Outre la présence du Oud, on retrouve les mélismes (ce sont des sortes de vocalises), les gammes arabisantes, les broderies très reconnaissables à l’oreille.

Cet album à la contrebasse mais également au chant est une première pour le musicien ! Et quelle voix ! Il oscille entre les langues (anglais, espagnol, hébreu), entre des mélodies très aériennes sans parole et des textes aux sujets très variés. Pour cet album, il a fait appel à la chanteuse Karen Malka qui apporte une sensibilité supplémentaire par ses interventions (elle n’est pas chanteuse soliste dans cet album).
Il n’y a pas de hiérarchie dans cet album ; aucune piste n’est plus importante qu’une autre. Si je devais seulement en citer 3 ou 4 je choisirais MorenikaAlfonsina Y El Mar, Aurora  et Alon Basela  mais avec beaucoup de difficultés.

Un des autres points très forts de cet album est son caractère intemporel. Il fait partie de ce que j’appelle les « albums d’une vie » ; ce sont des albums que l’on écoute lors d’un changement dans nos vies, lorsque l’on est nostalgique, lorsque l’on souhaite se recentrer. C’est un album qui, en plus d’avoir un côté introspectif, a un aspect très lumineux dans les mélodies et les arrangements. Il a un côté instinctif : les mélodies sont naturelles et douces pour nos oreilles.  C’est un album que l’on redécouvre à chaque écoute tant il y a à entendre.

Camille Pialoux

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