Valentine Goby nous entraîne pendant « sept jours » sur le difficile chemin de la reconstruction du vide laissé par un deuil : remarquable de sensibilité, de franchise et pour nous un véritable coup de cœur

Sept jours pour une fin et un commencement au nom de l’amour

Valentine Goby, après huit ans d’enseignement en lettres et théâtre, se consacre entièrement à l’écriture et de multiples projets autour des livres, ateliers et rencontres. Elle publie son premier roman La note sensible en 2002 et s’ensuivent, depuis, plus d’une trentaine de publications tous genres confondus. Valentine Gobie reçoit une multitude de récompenses pour chacun de ces romans en littérature générale et littérature jeunesse.

Retour au pays de l’enfance

Quatre enfants, membre d’une fratrie, se retrouvent dans la maison familiale pour le partage d’un héritage. La première arrivée sur les lieux est Louise : rebelle, dite « l’orpheline » par sa sœur Laure, caractère indépendant, passionnée de photographie depuis l’enfance elle en fait son métier. Son attachement à son frère Matthieu, qu’elle considère comme son jumeau, lui confère  un véritable ascendant sur lui. La deuxième, est Laure : portrait crachée de la mère, caractère doux, effacée, costumière de profession et mère d’une enfant prénommée Jeanne. Elle a un lien affectif plus fort pour son frère Xavier. Le troisième est Matthieu, arrivant en ULM et se posant dans la propriété familiale. Il est sous l’emprise de sa sœur Louise, de caractère souple, fuyant les conflits et sans grande affinité avec sa sœur Laure et son frère Xavier tout comme Louise. Il est le patron d’une école de vol en ULM et parapente depuis quelques années. Et enfin le dernier est Xavier… tant attendu par les trois autres. Une très grande assurance, un caractère directif et un grand sens du pragmatisme font de lui le décisionnaire de la fratrie. C’est un financier et il travaille dans une banque. Laure est son alliée, Matthieu est pour lui une personne « invisible » pourtant il l’a aidée financièrement dans son entreprise ; quant à Louise, c’est l’opposition permanente. Ils ont tous les quatre le même deuil à faire, véritable fil rouge qui les unit : celui de leur mère à qui ils vouent un véritable amour. L’heure du partage approche mais avant d’en arriver là, un autre travail attend chaque protagoniste de cette histoire familiale et l’auteure fait appel à un moyen surprenant pour arriver à la réunification des quatre membres de la fratrie pour remplir le vide créé par l’absence de leur mère.

th567U2K30valentine goby photo 2Valentine Goby ouvre la porte sur le monde des sentiments d’une fratrie, sa filiation emplie de ses incompréhensions, du deuil de l’être aimé et de son héritage. L’auteure commence son récit, par les paroles de la mère regardant ses quatre enfants : « ils sont assis, tous les quatre, sur le muret. Immobiles. Silencieux. La maison dans le dos. En face, la mer »,  cette descendance belle, digne semble unit… En fait, le commencement de ce livre est la dernière image de la maison familiale volets clos à la fin du livre. L’auteure, subtile, nous invite par ce moyen à pénétrer dans l’univers familial et découvrir le chemin parcouru par les quatre enfants devenus adultes pour en arriver à ce cliché décrit par la mère… de l’au-delà. La figure maternelle s’est éteinte et c’est justement la raison du retour des quatre personnages principaux au pays de leur enfance, de leurs sentiments et surtout sans le savoir faire table-rase des rancœurs passées. L’auteure, par ce premier portrait, nous donne le ton de ces retrouvailles familiales : l’héritage ! Mais quelle sorte d’héritage ? Valentine Goby fait preuve d’ingéniosité pour rassembler les quatre enfants pourtant si éloignés les uns des autres, et affectivement par groupe de deux : deux ensembles dans un grand ensemble qu’est la représentation d’une fratrie.

Sept jours d’immersion dans la tête de chacun

Valentine Goby nous promène dans les pensées de chacun de ses personnages à la manière d’un « tête-à-tête avec lui-même ». Elle y explore le monde de l’enfance mais également le présent, ce deuil difficile auquel ils doivent faire face malgré leurs rancœurs personnelles. Louise, Laure, Matthieu et Xavier vont avoir la parole  « intérieure » à tour de rôle, subtilité de l’auteure pour nous faire découvrir les pensées intimes de chaque membre de cette fratrie. Ces réflexions individuelles sont dans l’ordre d’arrivée des frères et sœurs mais également ponctuées de dialogues courts, mais efficaces, tout au long du récit. Petit clin d’œil, sans doute, de la part de l’écrivain : les deux personnalités les plus faibles, Laure et Matthieu, sont encadrées par les deux plus fortes personnalités Louise et Xavier dans l’ordre d’arrivée et du même coup dans leur tête-à-tête intérieur. Petit à petit les liens vont se dessiner autrement au fur et à mesure que le partage avance. Ils vont redécouvrir le monde de leur enfance et les souvenirs entassés çà et là dans l’antre de la maison familiale. Au fil des pages le lecteur découvre la difficulté de lier le deuil de l’être bienveillant, protecteur, rassembleur et surtout aimé avec un héritage matériel fait de meubles, de papier, de vaisselle,… et d’une demeure où, partout, plane l’ombre de la figure maternelle. Un problème reste en surface, celui de la maison : la vendre ou la garder ? Au début tout semble évident mais à la fin les choses semblent différentes et rien ne devient sûr… La dernière image du livre est la visite des quatre enfants au cimetière : un symbole d’amour distillé avec plaisir par Valentine Goby. De la fratrie du début arrivant les uns derrière les autres, on parvient au muret où ils sont tous les quatre assis côte à côte sans ordre précis et la maison dans le dos, donc une unité, et on termine par le recueillement. Mais cette fois-ci l’ordre à changer : Laure et Matthieu sont devant le caveau se tenant par la main, Louise et Xavier marchent côte à côte dans leur direction. Ils viennent de faire le deuil de leur mère et ils auront mis sept jours pour un commencement : celui d’un amour commun.

Valentine Goby réussit parfaitement bien à faire passer son message sur la difficulté de faire le deuil d’un être cher mais également sur les relations des membres d’une fratrie où certains sont en opposition. Et le coup de baguette magique de l’auteure nous ramène à la valeur essentielle de la vie : l’amour.

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Sept jours pour une fin et un commencement

Valentine Goby nous fait vivre au travers de son livre la dure réalité d’un deuil et par le biais de ses personnages, elle nous décrit le vide procuré par l’absence et ressentit de façon différente pour chacun des enfants. La prouesse de l’auteure réside dans le fait de faire cohabiter pendant sept jours la fratrie : ils s’observent comme ils ne l’ont sans doute jamais fait, se redécouvrent et finissent par tirer un trait sur les rancœurs de l’enfance. Les volets de la maison sont clos et démarrent pour eux un nouveau présent. Sept jours auront été nécessaires pour faire un long chemin : inscrire le mot fin sur leur enfance. Le travail de construction vient de commencer et leur avenir filial leur appartient ! Grâce au style de l’auteure assez simple dans l’écriture, son sens inné de la description et ses dialogues toujours à propos nous avons toujours l’impression d’être dans l’ombre de chaque membre de la fratrie. Le lecteur n’a aucun mal à ressentir les émotions décrites par les uns et les autres. Il n’est nullement question dans ce livre de soulever le problème financier d’un héritage mais uniquement d’un héritage spirituel et sa transmission. Nous comprenons aisément pourquoi sept jours suffiront car le travail accompli par la mère, de son vivant, est resté dans la tête de chacun de ses enfants : les pensées intérieures couchées tout au long de ces pages, par l’auteur, en est le fidèle reflet. Ce livre est un ouvrage intéressant sur le vide causé par le deuil et la reconstruction qui en découle.

Françoise Engler

 

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