Valjean, l’histoire d’un homme brisé

Du 7 au 30 juillet 2017, dans le cadre du festival Off d’Avignon, le Pixel Avignon accueillait, à 11h10, le spectacle Valjean, écrit et interprété par Christophe Delessart et mis en scène par Elsa Saladin, qui donnait vie au héros des Misérables faisant un bilan sur sa vie.

Les Misérables vu par Valjean

téléchargement (33)Christophe Delessart joue un Jean Valjean qui, arrivé à la fin de sa vie, écrit une lettre, adressée à Marius, l’époux de sa fille adoptive Cosette, dans laquelle il raconte ce qu’il a traversé. Grâce à cette lettre, il se remémore tous les événements de sa vie et permet de balayer la majorité des événements du roman de Victor Hugo. Toutefois, on regrette que certains passages importants soient laissés de côté. En effet, lors de sa fuite vers Paris, avec Cosette, il est accueilli par le Père Fauchelevent qui l’aide à le protéger de Javert, mais on ne nous explique pas pourquoi il l’aide, alors que c’est l’un des passages les plus iconiques du roman. Valjean, alors sous l’identité du Maire Madeleine sauve le Père Fauchelevent coincé sous une charrette, sous les yeux de Javert, en sachant que ce dernier le démasquerait. Cette scène en dit long sur l’évolution mentale du personnage. Étant donné que la pièce s’attarde sur le parcours de Valjean, il aurait peut-être été intéressant de développer ce moment où il cesse pour toujours d’être une mauvaise personne. À part cet événement, tous les autres grands moments sont présents, même l’Insurrection des républicains de Paris contre la Monarchie de Juillet mais sans être vraiment détaillée, le but étant de montrer comment il a sauvé Marius pour Cosette. L’écriture est admirable, le texte est fort et certains passages sont très proches du texte de Hugo. Bien qu’iconique du roman, le personnage de Gavroche disparaît puisqu’il n’est pas directement lié au chemin que fait le personnage. Justement, on aurait aimé voir un peu plus ce chemin intellectuel et moral dans le texte. On assiste à un résumé du roman du point de vue de Valjean, mais le texte n’insiste pas assez sur les pensées du personnage dans les grands moments de sa vie, on n’arrive pas à comprendre les réflexions profondes du personnage, chose que fait très bien Hugo. Il raconte les faits, mais ne les commente pas assez, il nous manque le véritable point de vue du narrateur. On attend un peu plus d’un spectacle sur ce personnage de Valjean, l’un des plus grands héros romantiques. Il s’agit d’une figure tourmentée qui regarde sans cesse vers son passé et cherche à changer pour Cosette, or son rapport avec sa fille est peu développé. On comprend qu’il risque tout pour elle, mais ce n’est pas assez exprimé, or pour une lettre livrée sous forme de témoignage, on attendait plus de sentiments personnels exprimés dans le texte, car si la mise en scène réussit à faire passer des réflexions, cela reste un peu léger.

Une mise en scène du sentiment

© D.R.
© D.R.

Plusieurs aspects de la mise en scène soulignent l’émotion du personnage, notamment lorsqu’il se regarde dans le miroir pour faire face à ses démons et regarder ce qu’il est devenu, ou ce qu’il aurait pu devenir. Certains regards en direction des chandeliers sur le bureau ou sur la lettre traduisent l’émotion d’un Valjean qui se penche sur sa vie. Christophe Delessart incarne également d’autres personnages, lors de dialogues entre Valjean et l’évêque par exemple, ou avec Javert, Fantine et les Ténardiers. S’agissant du récit d’un personnage, le comédien ne devrait pas interpréter différents rôles, mais comme dans un roman, lorsqu’une discussion est vraiment importante, celle-ci se fait au discours direct, ici on assiste au même procédé et finalement, c’est au travers des autres personnages, du regard qu’ils portent sur lui ou de celui qu’il leur porte qu’on ressent l’émotion de Valjean, l’émotion qu’on aurait aimé sentir plus dans son propre discours. La lumière, aussi, souligne les sentiments du personnage, lorsqu’il est plongé dans ses pensées, la scène se pare de bleu, tandis que le vert prend place pour évoquer l’inspecteur Javert et la justice. Le vert peut autant s’assimiler au patronyme du policier qu’à la couleur de l’espoir, l’espoir que la justice lui pardonne enfin ses crimes. La mise en scène est globalement intelligente et illustre bien les pensées du personnage même si elles ne sont pas assez exprimées et nous font plus penser à un résumé des Misérables du point de vue de Valjean qu’à une véritable réflexion sur ses actes.

Le spectacle n’est pas forcément ce que l’on espérait et la performance de Christophe Delessart ne parvient pas à nous emporter complètement dans les méandres et les interrogations du héros malgré le mimétisme du costume, mais le spectacle est une version intéressante du récit de Hugo.

Jérémy Engler

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