Vaudeville léger au théâtre de la Renaissance

Georges Feydeau, surnommé le « roi du vaudeville » écrit une comédie légère en trois actes, à partir du triangle amoureux universel du mari, de l’amant et de la femme en 1892, qu’il intitule Le système Ribadier. Du 11 au 13 mai, c’est au Théâtre de la Renaissance que vous pourrez assister à une représentation de cette pièce, avec une mise en scène de Jean-Philippe Vidal.

©Patrick Berger
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Quiproquos, rires et badinages 

L’histoire est assez simple, Robineau trompait sans cesse sa femme, tant et si bien qu’à la mort de l’infidèle, en apprenant son inconstance, la douce Angèle se transforme en furie, sans cesse sur les talons de son nouveau mari, Ribadier,  pour vérifier que lui, ne la trompe pas. Mais Ribadier possède une méthode infaillible, qu’il appelle son système, et qu’il utilise sur sa femme pour endormir ses soupçons avant d’aller s’encanailler ; il hypnotise sa femme qui tombe alors dans un sommeil profond.

Au milieu de la scène, un portrait de feu monsieur Robineau, l’ex-mari. Il a une position d’omnipotence, il surveille tout ce qui se passe, et son regard suit les comédiens sur scène ; comme si ce mariage était consacré par lui, et qu’il était le seul à tout savoir. Son visage, au fil de la pièce, dégouline en d’autres visages, et le portrait se floute, ce que l’on pourrait comprendre comme une volonté d’attirer l’attention sur l’universalité de l’intrigue. Un autre trait amusant du décor est que les motifs sur le parquet reflètent les motifs du pantalon de Ribadier : les deux maris appartiennent au salon, ce qui pourrait nous faire dire que tout pivote autour d’Angèle, la femme qui réunit les deux hommes.

On remarque, au fil de la représentation, l’évolution d’un certain cynisme, qui fait beaucoup rire. Ainsi, après être devenue veuve, Angèle s’est remariée avec Ribadier parce que ses initiales restaient du coup les mêmes et qu’elle n’avait donc pas à démarquer son linge. 

©Patrick Berger
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Le système Ribadier, un vaudeville dans toute sa splendeur

Le système Ribadier est donc tout à fait un vaudeville, c’est une comédie de l’exagération. Les actes, les gestes, les paroles des protagonistes, tout est exagéré, et cette exagération se retrouve dans le jeu des comédiens. Ils outrent le jeu, ils surjouent l’effarement, l’amour, le désespoir, ils crient, ils éclatent d’un rire qui sonne faux, si bien que les sentiments sont presque annulés. Ce mode de jeu s’inscrit bien dans la continuité du genre théâtral qu’est le vaudeville, néanmoins, après une heure de représentation, on peut trouver ce surjeu un peu agaçant. D’ailleurs, au texte vient s’ajouter toute une série de pantomimes, et de gestuelles à but humoristiques, qui servent à faire rire le spectateur. Cette exagération de tous les instants vise sans doute à décrédibiliser la vie de petits bourgeois que mène le couple. Quoi que comme tout vaudeville, cette comédie ne prétende par répondre à des intentions morales, puisqu’on le rappelle, le propos de cette pièce est l’adultère, elle est en quelque sorte également une comédie sociale, puisqu’on comprend que Georges Feydeau critique le monde de la petite bourgeoisie.

Quant aux personnages, plus que des entités psychologiques, ce sont des caricatures. Ainsi, Angèle, qui était si douce sous feu son mari, s’est transformée en harpie qui court après Ribadier, ce qui est un renversement du mode traditionnel du vaudeville, ou souvent s’est le mari qui court après sa maîtresse.

©Patrick Berger
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Les rebondissements sont légion dans cette représentation, grâce à des jeux d’ombre et de lumière. Le comique de répétition est omniprésent, et certains moments du spectacle surprennent parce qu’ils sont vraiment absurdes, notamment un épisode au cours duquel le mari cocufié, Savignet, conclut un marché avec son rival, Ribadier.

Pour conclure, nous pouvons dire qu’il s’agit là d’un genre un peu facile, avec des blagues quelquefois trop attendues pour être vraiment drôles, mais que cette pièce, de par la mise en scène plutôt originale de Jean-Philippe Vidal, reste une pièce à aller voir, si vous voulez un bon moment de distraction.

Adélaïde Dewavrin

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