Venez prendre une leçon de style, bordel !

Dans les rues d’Avignon, la musique est partout. Difficile de se repérer parmi les multiples interventions d’artistes de rue. Au détour d’un carrefour, avec un long portevoix blanc, un trio nous aborde : « Vous aimez le rock, Mesdames ? ». Le type est grand, la voix grave et vibrante, la moustache gris-argent, il est accompagné de deux acolytes. Ni une ni deux, les voilà à l’œuvre, a capella, au milieu des festivaliers et des passants. Le texte est décalé, le rythme balance : c’est décidé, le rendez-vous est pris pour le soir même à 19h30 au théâtre de l’Arrache Cœur (http://www.arrachecoeur.fr/).

Sous les feux de la lampe

La salle du théâtre est petite et plongée dans la pénombre. Parfait, nous voilà proche de la scène, dans une ambiance intime, renforcée par la voix basse, vibrante et sensuelle de Matthieu Aschehoug, fondateur du trio. Cette salle entièrement drapée de noir permet aux artistes de créer l’ambiance lumineuse de leur choix, à leur guise. En effet, c’est le chanteur qui manipule un petit boîtier aux boutons métalliques, posé sur son clavier pour éclairer tour à tour le batteur (Frantxoa Errecaret), le bassiste (Michel-Ange Merino) ou lui-même. Son clavier est éclairé par les lettres électrisées qui forment le nom du groupe : ASKEHOUG (http://www.askehoug.com/). Cette mise en lumière renforce le sentiment de proximité, et vous voilà au cœur d’un secret, dans le garage d’un groupe d’ami, dans une boîte cachée du temps de la prohibition. Le costume n’y est pas de mise, mais l’attitude oui. Et puis, l’habit ne fait pas le moine !

Dandy épidermique

sudouest.fr
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En effet, ne vous attachez pas aux apparences. Car derrière ces manières nonchalantes et les remarques pleines d’autodérision, c’est une réelle musique d’une finesse toute particulière qui nous est donnée d’entendre. Cultivant le goût de l’absurde, quelques minutes de live suffisent à vous convaincre que la blague a un sérieux goût de poésie, que l’esthétisme se définit autour du plaisir, d’une passion de l’écriture agile et fraîche, pétillante et profonde parfois aussi. Tout y est susurré élégamment, à coup de phrasés gantés, de riffs authentiques, et de rythmes dépoussiérés. Voilà des dandys chics à l’humeur taquine et à la complicité  évidente. Un beau trio pour un excellent moment de musique.

Jean Rock Fort

C’est par des moments de concert de ce genre que l’on se souvient pourquoi le rock reste notre amour de jeunesse. On redécouvre le plaisir que l’on avait à écouter des textes où la langue française peut se déployer à loisir, sur une musique savante et jamais ennuyeuse. La musique ici se fait surprenante, jamais évidente et toujours hypnotique. Elle rappelle ce rock solide de groupes comme Noir Désir, ce rock subversif et protéiforme d’un certain Gainsbourg. On salue la musique d’Askehoug pour ces diverses influences et son résultat unique, bien tourné, bien joué, bien chanté.

Alors venez voir Askehoug au théâtre de l’Arrache Cœur, jusqu’au 30 juillet pour le festival d’Avignon (http://www.avignonleoff.com/). Et nous, on en redemande : tant mieux, un nouvel album est prévu pour le mois de mars 2017 !

Margot Delarue

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