Quand la vidéo s’empare des émotions au MAC de Lyon

Du 2 juin au 9 juillet 2017, le Musée d’Art Contemporain de Lyon accueille la résidence de création de la jeune artiste française Lola Gonzàles. En parallèle de l’exposition « Los Angeles : une fiction », vous pouvez découvrir Les courants vagabonds, la vidéo réalisée à Lyon qui tente de lever le voile sur un mystère qui plane sur nos villes.

Le cinéma au service de l’art plastique

Diplômée de l’ENSBA (École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon), invitée à la Biennale d’Art Contemporain de Lyon en 2015, Lola Gonzàlez n’est pas une inconnue pour notre métropole. Sa notoriété dépasse d’ailleurs largement les frontières de notre nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes, comme en témoigne le Prix Meurice pour l’art contemporain qu’elle a reçu en 2016 et sa récente résidence à Los Angeles, ou ses futurs lieux d’exposition à Chicago ou Lisbonne.

Cette plasticienne utilise le cinéma afin de jouer avec ses codes et de créer des ambiances pour mettre en avant un travail sur le corps, la musique et la lumière.

Elle joue sur les ambiances, les ralentis, les perceptions ou l’absence de perception visuelle ou sonore. Les vidéos présentées pour cette exposition relèvent bien plus de la performance plastique que du cinéma. L’idée ici est de brouiller les repères et les perceptions avant même d’entreprendre tout récit. L’histoire, dans la plupart des vidéos, est secondaire, le but étant avant tout de déstabiliser le spectateur, de le faire se questionner sur ce qu’il voit, sur ce qu’il se passe. Ces vidéos détonnent et questionnent ! Elle utilise les techniques et codes cinématographiques pour créer une véritable œuvre plastique sur un format vidéo et non seulement une œuvre cinématographique.

De quoi parlent ces vidéos ?

Quatre vidéos sont proposées au MAC de Lyon, trois à voir dans la salle de réunion et une sur des coussins sur un écran géant, dans le noir et dans une ambiance feutrée. Cette dernière se nomme Les courants vagabonds et a été réalisé à Lyon entre l’Usine des eaux de Saint-Clair, le Parc de la Tête d’Or et l’île du Souvenir, la Place des Jacobins…

Dans cette vidéo, l’artiste propose un documentaire sur le phénomène des « courants vagabonds » qui seraient des âmes errantes sur Terre qui se mélangerait à la population. On assiste à des témoignages et des observations de ce phénomène. Comme dans la plupart des vidéos de Lola Gonzàlez, l’eau est abondamment présente et permet tout un jeu de ralenti et de passages des personnages qui entretiennent l’impression d’errances entre deux mondes. On ne voit jamais très clairement les visages de ces âmes qui finissent par se confondre avec les vivants dès lors qu’on les voit hors de l’eau. Ce documentaire étonnant est déconcertant et pourrait réussir à nous faire croire que ces « courants vagabonds » existent.

Si on retrouve le même groupe d’amis, devenus des comédiens au fil des expériences, les techniques de réalisation et les sujets sont un peu différents mais tout autant déstabilisant. Si Courants vagabonds tend vers un réalisme dans son traitement malgré le caractère fantastique de son sujet, les autres sont clairement fantastiques voire absurdes. Les personnages sont placés dans des situations qui leur semblent normales mais dont le sens paraît totalement nous échapper. Dans Summer Camp, on voit quatre hommes enchaîner des exercices physiques dans une maison tout en écrivant sur les murs des prénoms de femmes jusqu’à remplir chaque pan des pièces. Puis entre deux exercices, ces derniers chantent les prénoms inscrits comme un cantique ou une prière. Que sont ces prénoms ? Pourquoi s’entraînent-ils ? On ne le sait pas mais on devine une forme d’aliénation de l’identité et la rigidité d’un cadre d’exercices a priori militaires pour finir sur une destruction. La technique de réalisation alterne les plans d’exercices où l’on ressent bien la sueur et l’énergie que déploient les pratiquants et les passages chantés comme s’ils étaient sous hypnose.

© lola gonzàlez
© lola gonzàlez

Dans Veridis quo, on se retrouve devant un groupe de personnes qui apprend à vivre, à tirer, à se repérer sans utiliser leurs yeux. Puis le lendemain, ceux qui s’entraînaient la veille se retrouvent aveugles, on ne comprend pas pourquoi mais cela semble normal pour eux. Puis ils sont amenés devant une crique qu’ils doivent surveiller armés mais sans yeux… On nage dans l’absurde, ce qui nous amène à réfléchir sur le monde et sa violence aveugle. La réflexion est plus forte que le film mais la façon de les filmer sous tous les aspects nous donne une impression de vertige. Plusieurs actions se déroulent simultanément et nous ne savons plus laquelle choisir, notamment quand ils sortent de la maison pour s’entraîner à leur déplacement.

© lola gonzàlez
© lola gonzàlez

Enfin dans Rappelle toi de la couleur des fraises, le travail sur l’image est le plus intriguant. Chose que l’on voit peu au cinéma, le négatif se fait une place parmi ce groupe vivant au bord de l’eau. On voit comment des gens perdent petit à petit la couleur. S’ils vivent normalement et ne semblent pas s’affoler, leurs yeux ne distinguent plus la couleur et voient tout en négatif. On passe d’une perception globale dans des tonalités de couleur froide à ce que voient certains personnages en négatif. Plus le temps passe, plus cette vision négative s’étend à la communauté. Pourquoi ? Comment ? Personne ne le sait et ce n’est pas ce qui compte, avec cette œuvre, il faut s’arrêter à la composition des images car dans ce négatif, certaines couleurs subsistent. Leur traitement a évidemment une signification qu’on vous laissera découvrir. Lola Gonzàlez filme des scènes du quotidien en détournant la perception qu’on en a.

© lola gonzàlez
© lola gonzàlez

Il est très difficile de parler de ces œuvres car elles sont d’une grande complexité et unité. En parler à des gens qui ne l’ont pas vécu est particulièrement complexe car ces vidéos ne se regardent pas, elles se vivent, se ressentent et surtout questionnent notre rapport au monde.

N’hésitez pas à faire un tour au MAC de Lyon pour découvrir cette jeune artiste qui s’affirme de plus en plus comme une valeur sûre de l’art contemporain mondial.

 

Jérémy Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *