Vilaines, un spectacle de genre·s spontané·s

C’est dans une ambiance de bar tamisé que nous ont accueilli Léa Marchand, Julie Doyelle et Isabelle Deproit, les trois comédiennes de la compagnie Amadeus Rocket à l’origine de Vilaines, représentée pour la première fois au théâtre des Clochards Célestes ce 26 septembre.

Un théâtre de la spontanéité

Le dress code est de rigueur : robes et baskets à paillettes. Un petit coffre rouge repose sur la table ronde et les trois femmes nous observent comme on dévisage les nouveaux arrivants au comptoir d’un pub. Le temps que chacun prenne place, l’une des comédiennes part s’installer derrière un synthé et entame une intro musicale empruntée au cabaret. Les deux autres entament une discussion. Un peu alcoolisés, l’un reproche à l’autre de lui avoir fait honte en ramenant à leur soirée sa nouvelle petite amie, qu’il trouve laide. « On est à Paris, merde ! On est ingénieurs, on est beaux, on a un certain standing à tenir ! » Le ton est donné : le poids des conventions qui pèsent sur les existences sera décrié. L’autre ne tarde pas à répliquer, dans une brève tirade qui n’est pas sans intertextualité avec une célèbre chanson de Max Boublil, à savoir « Moi j’aime les moches ».

En effet, la compagnie Amadeus Rocket propose un théâtre spontané et sans filtre. Les épisodes qui se succèdent sont faits d’improvisations qui poussent les comédiennes à mobiliser toute leur culture immédiate afin de mieux rebondir sur les propos de la précédente. Les références et les clins d’œil à la culture populaire, bien qu’inconscients, sont nombreux. Le spectacle se compose ainsi de trois éléments : de chansons travesties : (« vous les hommes… vous le drame… »), de témoignages récoltés auprès de proches et de passant·e·s ou des articles de presse, et de sketchs improvisés.

Si les chansons ont bien été préparées à l’avance, les comédiennes ne connaissent pas, quant à elles, les enregistrements qui seront diffusés sur scène. Elles n’ont plus alors qu’à donner vie à ces extraits en tentant de leur apporter davantage de profondeur. La représentation demeure néanmoins plus comique que philosophique et ne s’embarrasse jamais de considérations philosophiques. Tel un tripode, la bruyante machine s’articule et se désarticule sur la scène pendant environ une heure et quart. Un format peut-être trop étriqué pour une pièce multipliant les transitions.

Une réflexion (accessible ?) sur notre appartenance à un genre

© Compagnie Amadeus Rocket
© Compagnie Amadeus Rocket

Cependant, le monument protéiforme se redresse et l’on découvre que les femmes ne sont pas les seules à souffrir de leur condition. Loin d’être de simples bourreaux, les hommes sont, eux aussi, pris en charge dans toute la complexité de leurs émotions. On suivra ainsi momentanément le parcours d’un jeune père de famille très angoissé à force d’être renvoyé à sa paternité ; la paternité en tant qu’acte nié dans la procréation de l’enfant. Pourtant, contrairement aux idées reçues, on ne devient pas père le jour de l’accouchement, mais bien en amont. En proposant un triptyque équilibré de la place des hommes et des femmes dans la société, la troupe est parvenue à fédérer les deux sexes autour de cette pièce.

L’apparente accessibilité du propos est néanmoins à questionner. Si une certaine intertextualité, notamment avec les sketchs de Florence Foresti, permet à chacun·e de s’approprier la pièce, il est néanmoins peu probable que le/la spectateur·rice non averti·e saisisse la pluralité des enjeux mis en perspective. Certaines notions auraient ainsi mérité un traitement moins léger, quitte à présenter quelques concepts clés à la manière de savant·e·s fous/folles. On reconnaitra toutefois l’aspect ludique de la pièce qui permet à un public non initié à ces problématiques d’aborder la question du genre sans lourdeur théorique ni militantisme exacerbé.

On peut ainsi présenter Vilaines comme une pièce prometteuse. La compagnie Amadeus Rocket propose déjà deux dates supplémentaires pour ceux qui n’auraient pas encore eu la chance de venir à leur rencontre. Rendez-vous les 27 septembre (théâtre des Clochards Célestes) et 4 mars (l’Improvidence) pour de nouvelles improvisations sans cesse renouvelées.

Céleste Chevrier Millet

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