Vincent Van Gogh vu par son frère

Du 7 au 30 juillet 2017, dans le cadre du Festival d’Avignon Off, le Théâtre du Centre accueillait un spectacle écrit par feu Léonard Nimoy et mis en scène par Paul Stein. La compagnie Next Arena ressuscite Léo Van Gogh, avec la pièce Vincent, qui rend hommage à son frère, peintre célèbre, à la Présence Pasteur à 17h45.

Au cœur de Van Gogh

© D.R.
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Cette pièce est inspirée de Van Gogh de Philip Stevens et repose sur la dense correspondance qu’entretenaient les deux frères. Cette pièce a d’abord été jouée aux États-Unis avant de poser ses valises en France en 2015. Justement, la pièce commence par l’ouverture d’une valise qui contient les lettres que Vincent envoyait à son frère Léo, qui nous a réunis quelques jours après la mort de son frère pour rétablir la vérité sur le défunt. Jean-Michel Richaud donne vie à Léo Van Gogh en le faisant paraître très ressemblant à Vincent, le mimétisme est époustouflant et nous permet de rentrer directement dans l’histoire en tant que spectateur d’une conférence donnée par Léo qui veut rétablir la vérité sur son frère.

Cette pièce se transforme en récit biographique de la vie d’adulte du peintre, à travers un portrait sans concession, mais honnête. Pour ceux qui ne connaissent pas dans le détail la vie de Van Gogh, c’est un excellent moyen de la découvrir. Le portrait n’est pas seulement élogieux, il nous livre les travers de l’artiste qui se nourrissait de la misère, qui était dépensier et qui s’abandonnait complètement dans le malheur avec une véritable fascination pour les pauvres, ce qui le pousse à devenir prêcheur et à faire vœu de pauvreté pour se rapprocher de ses paroissiens, au grand désespoir des religieux alentour. Le comédien nous fait entrer avec émotion dans l’intimité de Van Gogh, mais aussi dans la sienne, dans son rapport à son frère, qui mêle admiration et dévotion absolue. Évidemment, la présupposée folie de Vincent est expliquée, il ne nie pas qu’à la fin, certaines idées manquaient de cohérences, qu’il était capable de se contredire d’un jour à l’autre, mais que cette « folie » n’était pas aussi sévère que ne le disait Gauguin, mais qu’elle reposait sur une vision différente des autres et un abandon complet de soi. Si sa folie avait été aussi forte, comment aurait-il pu peindre ses plus belles œuvres à cette époque ? La relation avec Gauguin qui mènera à l’oreille coupée est très bien expliquée, mais dresse peut-être un portrait trop à charge.

© D.R.
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Un hommage à Van Gogh

En dénigrant ainsi Gauguin, Vincent s’en retrouve valorisé. Et même si les défauts du peintre ressortent, le but de cette pièce est avant tout d’honorer sa mémoire. Pour ce faire, la pièce modifie régulièrement la narration. On passe de moments où Léo raconte ce qu’il s’est passé, à des moments où il lit des lettres, ou encore joue soit le dialogue avec son frère, soit met en scène Vincent qui dithyrambe sur un sujet. Ces différents types de récits sont soutenus par la lumière qui est très jaune et chaude lorsque Léo raconte au moment présent, elle est toujours jaune mais moins chaude lorsqu’il joue un dialogue entre lui et son frère ou une correspondance entretenue par eux, pour terminer par être bleue et donc froide pour représenter le défunt. La lumière reflète les états de la vie, la chaleur du vivant contre le froid des morts, mais peut aussi se comprendre comme étant l’émotion que ressent Léo en évoquant son frère. La chaleur, car il est heureux de livrer sa version des faits et le froid pour montrer sa tristesse à l’évocation de son frère décédé. Pour dynamiser le spectacle, le metteur en scène a eu la bonne idée de mettre un cadre en fond de scène où sont projetées une centaine d’œuvres du peintre correspondant aux différents moments de sa vie. Ainsi, on comprend mieux l’histoire de certains tableaux et d’où venait son inspiration. La leçon d’histoire devient un véritable hommage à l’art pictural de Van Gogh.

Ce spectacle est d’une extrême sensibilité et retrace la vie du peintre avec objectivité et amour, nous plongeant dans l’univers haut en couleur de l’artiste, notamment à travers ses œuvres.

 

Jérémy Engler

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